Gryphe n° 26 (novembre 2016)

JPEGCe numéro de Gryphe est proposé en regard de l’exposition Impressions premières. La page en révolution de Gutenberg à 1530 qui cherche à montrer l’évolution de la page dans les premiers temps de l’imprimerie. Les premiers imprimeurs lyonnais ont été des acteurs majeurs de cette évolution et ont continué à influencer les formes du livre jusqu’à la fin du XVIe siècle.

À travers plusieurs études de cas, les articles examinent le rôle de la librairie et de l’imprimerie lyonnaise dans la diffusion des images, dans l’évolution de la typographie et de ses usages, et de façon générale dans l’édition des textes, qu’ils soient savants ou littéraires, anciens ou contemporains. Afin de mettre l’accent sur l’apogée de l’impression lyonnaise, nous ouvrons ce numéro avec l’article d’Estelle Leutrat, qui porte sur les années 1540 à 1570 à l’époque où se développe la gravure sur cuivre. Elle montre comment ces nouvelles images s’inspirent d’une tradition lyonnaise plus ancienne. L’ancienneté de cette tradition picturale dans le livre lyonnais est analysée dans l’article de Jean-Benoît Krumenacker, portant plus spécifiquement sur les éditions incunables du Propriétaire des choses, une célèbre encyclopédie médiévale. En outre, son article met en évidence les nombreux échanges entre les premiers imprimeurs lyonnais. Cependant, malgré de belles réalisations, force est de constater que dans le domaine de la typographie, la place lyonnaise a été vite dépassée par la capitale. Ainsi, William Kemp rappelle qu’après une période où fleurissent les caractères typographiques bâtards « lyonnais », les types gravés à Paris arrivent rapidement à dominer le marché.

L’article de Matthieu Cortat revient, quant à lui, sur la pratique lucrative de copie de caractères typographiques qui conduira plusieurs imprimeurs lyonnais à reprendre l’italique de l’imprimeur-libraire vénitien Alde Manuce et à contrefaire ses éditions d’auteurs latins. Ce phénomène a cependant favorisé la diffusion et le développement des caractères italiques en France, notamment par le biais des impressions lyonnaises. En matière d’édition de texte aussi, la librairie lyonnaise a su montrer son savoir-faire. Étudiée par Hélène Lannier à travers le cas particulier des relations entre Benoît Lecourt et Sébastien Gryphe, la vie intellectuelle lyonnaise du XVIe siècle est riche en rencontres et en échanges entre humanistes savants et libraires entreprenants. Parmi eux, Jean de Tournes tient une place à part, comme l’expose magistralement Michèle Clément. En effet, il utilise à bon escient son savoir-faire et son entregent pour éditer et promouvoir la poésie française et italienne.