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Nos collections patrimoniales couvrent l’ensemble des champs du savoir. Elles rassemblent des documents d’une grande diversité, par leur nature (imprimés, manuscrits, photographies…) comme par leur date de production (de la période mérovingienne à nos jours).

Fernand Rude

Mémoires du territoire, Inventaires d’archives , Archives politiques et sociales, vie culturelle

Fils d’instituteurs, Fernand Rude, né à Lyon le 13 juin 1910, poursuit des études en histoire-géographie et langue russe à la faculté des Lettres de Lyon et milite dès l’âge de 19 ans dans les organisations ouvrières et au Parti Communiste, auquel il adhère vers 1929. De 1934 à 1936, il travaille en URSS avec la collaboration des historiens soviétiques, mais prend cependant ses distances avec le Parti à son retour en France, peu après le premier procès de Moscou.

Engagé dans la Résistance dès 1941, sous le pseudonyme de "Pierre Froment", il collabore activement à la rédaction et à la diffusion de la presse clandestine, notamment à L’Insurgé qui fait sienne la devise des canuts : "Vivre en travaillant, mourir en combattant". Après avoir rejoint les maquis Franc-Tireur du Vercors en 1944, il est nommé sous-préfet de Vienne (Isère) à la Libération, tout en assurant des cours aux Instituts d’Etudes Politiques de Lyon et de Grenoble sur l’histoire du travail et sur le syndicalisme.

Parallèlement à ses diverses activités, il parachève sa thèse, commencée avant la guerre, sur Le Mouvement ouvrier à Lyon de 1827 à 1832 qu’il soutient en 1943 à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Publiée l’année suivante, elle reçoit le prix quinquennal Estrade-Delcros 1940-1945 de l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

Entre 1964 et 1969, Fernand Rude est chargé de mission dans la région Rhône-Alpes par le Ministre des Affaires culturelles, André Malraux. Homme d’action et de réflexion, il consacre sa retraite à la poursuite de ses travaux sur l’évolution du mouvement ouvrier lyonnais au XIXe siècle qui constituent, encore aujourd’hui, une somme de références essentielles sur ce sujet et donne lieu à plusieurs rééditions majeures, dont C’est nous les canuts (1977), ou à la publication de nouvelles études comme La Révolte des Canuts (1982), tous deux parus chez Maspero.

Toujours sur le même sujet, il rend possible, en 1970, la relecture d’une partie de l’histoire ouvrière lyonnaise en proposant, aux éditions d’Histoire Sociale, une réédition complète du journal L’Echo de la fabrique, principal organe des canuts.

En 1984, en collaboration avec la Bibliothèque municipale de Lyon - un lieu qu’il connaît parfaitement pour en avoir exploité quelques richesses -, il apporte enfin son concours à la réalisation de l’exposition C’est nous, les canuts : association, résistance, courage (novembre 1831 - avril 1834) venant célébrer le 150e anniversaire de la révolte de 1834, dont le catalogue, avec près de 500 numéros, constitue toujours une excellente introduction aux révoltes canuses.

"Jusqu’à la fin de sa vie, Fernand Rude continua à travailler dans son appartement du quai Saint-Vincent, rempli de livres et de manuscrits. Il continua à traquer les documents inédits, aux Archives Départementales du Rhône ou à la Bibliothèque de la Ville de Lyon. [...] D’après le témoignage de ses proches, les dernières semaines de sa vie furent illuminées par les nouvelles venues d’Europe de l’Est et qui annonçaient le retour de la Liberté faisant craquer les cadres des régimes bureaucratiques issus d’un stalinisme avec lequel il avait été l’un des premiers à rompre" [1].

Fernand Rude meurt à Lyon, le 12 mars 1990. La même année, ses fils cèdent à la Bibliothèque municipale de Lyon l’intégralité de ses archives composées à plus des deux tiers de dactylogrammes et de manuscrits, dont ceux de Pierre Charnier, fondateur des premières organisations du Mutuellisme à Lyon, qui firent l’objet d’une série d’articles dans la revue sur La Révolution de 1848.

Cette masse de dossiers renferme également journaux et revues, photographies et opuscules, réunis par l’historien autour des thèmes qui furent ceux de ses recherches comme des engagements militants de toute sa vie : la Résistance et la Libération, l’URSS depuis les premiers séjours qu’il y fit en 1933, les partis de la gauche française (P.C.F. et S.F.I.O.), les mouvements sociaux, le syndicalisme, le saint-simonisme, le fouriérisme, l’anarchisme… et les insurrections lyonnaises de 1831 et 1834.

L’Echo de la fabrique, une édition critique du journal des canuts.

[1] Latta (Claude), "Fernand Rude (1910-1990)", in Bulletin de la Société d’Histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, n° 7 (1991), p. 96.

Contact : Anne Meyer