Fête des mousselines à Tarare et l'industrie textile
Depuis plus de cent ans, la ville de Tarare met régulièrement la mousseline à l'honneur en drapant ses bâtiments et en décorant ses rues de rubans aux couleurs vives. Tous les 5 ans, cette Fête des Mousselines rend hommage à un savoir-faire industriel qui a fait la renommée et la richesse de la ville de Tarare. Concerts, spectacles et manifestations diverses se succèdent jusqu'à l'apogée du défilé de chars, couronné par la reine des mousselines.
Les mousselines, une histoire de famille
Georges-Antoine Simonet, Père des mousselines
Georges-Antoine Simonet nait à Tarare le 28 novembre 1710. Il reçoit une éducation supérieure à celle des enfants de son âge. En plus du tissage qui est presque la seule chose qu’on enseigne à cette époque aux enfants dans ce bourg, il s’intéresse très tôt à l’étude du dessin pour lequel il manifeste un goût précoce. Son père, un important marchand-toilier, décide alors de l’envoyer à Lyon pour qu’il suive la carrière industrielle dans la fabrique lyonnaise si renommée, qui offre alors un avenir brillant. Il fait de rapides progrès dans le dessin de fabrique. En 1735, il doit à son habileté d’être pris par l’importante maison Perret, en qualité de dessinateur-maître tout en restant ouvrier satinaire.
En plus de ses fonctions, on lui confie la délicate mission d’aller étudier la mode à Paris et de faire accepter les dessins dont il a surveillé la production. Après être resté plusieurs années, il quitte cette maison pour former une association pour la fabrication des étoffes de soie, d’or et d’argent.
En 1749, il épouse Jeanne-Nicole Dubois, orpheline et héritière d’une fortune considérable.
En 1751, à la mort de son associé et ami, Georges-Antoine Simonet décide de liquider leur commerce et peut alors suivre les inspirations de son esprit entreprenant.
Les premiers pas de la fabrique de mousselines
A cette époque, la Cour essaie de donner de l’essor à l’industrie nationale. Grâce à la persévérance du ministre Trudaine, le filage du coton s’impose. Cependant, l’épaisseur de ces étoffes est certaine, et Georges-Antoine Simonet entrevoit alors la possibilité de les rendre plus fines et plus déliées.
En 1757, il passe un mois en Suisse (Zurich et Saint-Gall) pour apprendre, en toute illégalité, à fabriquer la mousseline, tissu de coton très fin. Il revient en France avec tant de renseignements et de détails, qu’il peut faire monter les métiers nécessaires à la réalisation de son projet. Il installe un atelier rue Déguirasse, actuellement rue Anna Bibert, en vue de créer une industrie jusqu’alors inconnue. Convaincu de sa réussite, il informe le ministre Trudaine de son intention d’établir à ses frais une manufacture de mousselines à Tarare, sur le modèle de celles qui existent en Suisse. Georges-Antoine Simonet est alors désigné comme un homme généreux méritant de grands éloges.
En 1756, pour faire fonctionner sa manufacture, il fait venir de Suisse une famille qui forme hommes et femmes dans les diverses manutentions liées à son projet.
Avec des résultats décevants
Malheureusement, les premières mousselines, imitées de la Suisse, causent une énorme déception : les résultats ne sont pas à la hauteur de l’attente, la finesse et l’égalité des fils, éléments clefs d’un tissu léger, ne sont pas réunies. En effet, le coton filé à Nantua est grossier et inégal et le tissu produit présente les mêmes défauts. Tarare est alors un temps le seul lieu où le tissu se vend -à perte- aux paysannes qui en font fichus, bonnets ou robes.
Comme les pertes s’amplifient, Georges-Antoine Simonet décide alors de perfectionner la filature de sa manufacture en la développant sur les lieux mêmes où elle est utilisée. Par l’intermédiaire de Monsieur Brisson, inspecteur du commerce et des manufactures du Lyonnais, le ministre met à la disposition de Simonet des cardes et des rouets à filer qui sont distribués gratuitement dans le canton. Mais cette fois encore, ne disposant pas de fils de qualité, le résultat n’est pas au rendez-vous : la mousseline obtenue est encore plus grossière et inégale que celle réalisée avec les cotons du Bugey.
Georges-Antoine Simonet comprend alors que ses efforts sont inutiles : il ne parvient pas à combler ses pertes. Toute la dot de sa femme est absorbée et il doit vendre plusieurs propriétés pour payer les dettes contractées au service de la prospérité de son pays.
Laissant ses métiers à ses ouvriers, Georges-Antoine Simonet se retire à Charbonnières en 1773 (où il décède, oublié, en 1778), néanmoins convaincu de la réussite prochaine de son projet.
Réussite grâce à Claude-Marie Simonet
Son neveu Claude-Marie Simonet dit Le Jeune (1749-1822) reprend son projet et parvient à réaliser le souhait de son oncle. Dès 1786, il décide de faire venir de Suisse le coton humide en fuseau et de Manchester le coton filé à la mécanique. Les mousselines claires deviennent alors fort recherchées avec de nouvelles améliorations chaque année. La fabrique prospère dès 1789, avec alors 600 métiers et 2000 employés pour une production de 15000 pièces à un million de francs. De grands établissements de blanchiment et d’apprêts se créent à proximité des tissages à Tarare. Claude Marie Simonet devient alors le premier président de la Chambre consultative des Arts et Manufactures de Tarare.
Pour en savoir plus sur George-Antoine Simonet
Notice sur George-Antoine Simonet, créateur de la fabrique de mousselines de Tarare
Reproduction Notice sur George-Antoine Simonet, créateur de la fabrique de mousselines de Tarare
Georges-Antoine Simonet, 1710-1778 et les innovateurs textiles
Les fêtes de la mousseline au fil des ans
De 1893 à 1939
1893 : 1ère Fête des Mousselines les 8, 9 et 10 juillet. Inauguration de la statue en bronze de Georges-Antoine Simonet réalisée par Charles Bailly, sculpteur lyonnais. Voici le refrain du chant des Mousselines entonné à cette occasion :
Debout ! Tisseurs Mousseliniers !
Au travail que chacun s’apprête
Poussons notre agile navette
Animons battants et métiers :
Debout ! Tisseurs Mousseliniers !
De Simonet et de Jacquard
Poursuivons la pensée féconde,
Et sachons au progrès du monde
Apporter aussi notre part.
En hommage au créateur des mousselines, les rues de Tarare sont ornées d’arcs de triomphe multicolores faits de mousseline multicolore, 42 sociétés musicales.
1901 : 12, 13 et 14 octobre. Pose de la première pierre du barrage de La Turdine. Tous les quartiers de la ville prennent part à cette seconde édition.
1904 : 3 et 4 avril. Inauguration de l’école primaire supérieure et pavoisement des rues par la mousseline.
1911 : 6 et 7 août. Apparition du vocable « Fête des Mousselines » sur une série de cartes postales.
1912 : première Fête des Mousselines annoncée comme telle avec un comité des fêtes. Grâce aux 200 000 mètres de mousseline, l’édition de 1912 détient le record de métrage de mousseline pour la décoration des rues.
1913 : 2, 3 et 4 août. Meeting d’aviation par le pilote Marius Lacrouze. Il n’y aura pas de mousseline dans les rues à cause des grèves de février dans l’industrie textile.
De 1920 à 1924 : La Fête des Mousselines propose chaque année des courses cyclistes, de chevaux ou d’ânes ; des concours de boules, de manœuvre de pompes à incendie (1923) mais aussi des défilés de sociétés musicales, de chars fleuris… Apparaissent à cette époque les élections de la Reine des Mousselines, d’abord au niveau des usines, puis plus largement. Création par M. Cazin, directeur de l’Harmonie municipale d’une chanson « la valse des Mousselines » dont les paroles sont de Jean Dulck, maire de Tarare.
Pour donner plus d’intérêt et de magnificence à la Fête des Mousselines, les Tarariens décident de désigner une reine des mousselines, la première est élue en 1921. Puis se déroule en 1923 la première élection officielle des « reines de l’industrie locale et de leurs demoiselles d’honneur » : reine de la broderie, reine de la teinture et apprêts, reine du tissage ainsi que la reine des reines symbolisant l’activité féminine des ouvrières, la grâce et la jeunesse. Depuis, tous les critères d’éligibilité restent sensiblement les mêmes (âge, résidence, célibat,…) à l’exception de celui d’être considérée comme une bonne ouvrière.
De 1928 à 1939, d’autres Fêtes des Mousselines sont organisées lors d’inaugurations : celles de l’établissement d’hydrothérapie et du parc du « Vert Galant » en présence de E. Herriot en 1928 ; de l’hôpital-maternité en 1933 et de l’Hôtel des Postes en 1939. En plus des manifestations incontournables comme la décoration des façades et des rues, les défilés et concerts, chaque édition apporte ses particularités : médailles commémoratives, chanson, timbre…
Depuis 1955…
La guerre ayant mis un terme aux Fêtes des Mousselines, elles ne réapparaissent qu’en 1955 et ont lieu tous les cinq ans (années en 5 et en 0). Les rues, les monuments mais aussi certaines maisons particulières de Tarare se parent alors de voiles et de mousselines multicolores.
Au fur et à mesure des éditions, le programme s’intensifie : outre les inaugurations viennent s’ajouter des épreuves sportives régulières ou ponctuelles (moto-cross en 1955, course automobile de côte en 1970) et un feu d’artifice tiré chaque fois d’un lieu différent.
Mais le temps fort de la fête est le défilé, plus impressionnant d’édition en édition : aux camions fleuris et décorés ont succédé de véritables chars confectionnés durant des mois par des associations et entreprises locales. Voici quelques faits marquants :
1955 : inauguration de la station de traitement des eaux de Mouillatout, du lotissement de la plaine, de la place et du médaillon Georges-Antoine Simonet.
Depuis 1955, les années en 0 et en 5 sont bien particulières pour Tarare : ce sont des années Mousselines ! Cette année-là, sous l'impulsion du maire Joseph Rivière, un comité d'organisation met en place de nouvelles festivités à la gloire de la mousseline de Tarare. Ce célèbre tissu de coton fin et délicat, qualifié par Balzac de "voile d'air", a contribué au développement industriel et à la renommée de la ville.
1960 : première rencontre avec la ville d’Herrenberg (République fédérale d’Allemagne) dans le cadre du jumelage, apparition des animations culturelles : expositions
1965 : les spectacles de variété font désormais partie du programme. La première tête d’affiche est Annie Cordy
1970 : inauguration du lycée de La Plata
1985 : la mousseline polyester remplace le coton, 90 000 mètres de tissu sont utilisés pour cette édition
1990 : Inauguration de l’actuelle statue de Georges-Antoine Simonet en marbre de Carrare sculptée par Serge Castor. La précédente fut déposée en 1942 pour cause de récupération de bronze.
Depuis 1990, la reine des mousselines est choisie parmi les huit reines des quartiers de Tarare. Deux des sept deviennent dauphines et les cinq autres demoiselles d’honneur. Elles sont les véritables ambassadrices de la fête et représentent la ville durant cinq ans.
2000 : participation des communes des Sauvages et de Saint Loup pour la réalisation d’un char
2005 : 150 000 mètres de tissu pour la décoration ; confection de 85 dômes ; défilé de mode avec présentation de créations en mousseline par des maisons de couture lyonnaises dont celle de Nicolas Fafiotte.
Les Tarariens de toutes générations sont attachés à ces Fêtes des Mousselines, synonymes de travail et de fête et ont à cœur de les faire perdurer. Elles sont une survivance de la fierté de l’industrie textile et de ses savoir-faire. Au fil des éditions, elles sont devenues une commémoration joyeuse, très festive, colorée et unique en France. Leur succès, toujours confirmé, est dû à l’investissement et à la motivation des commerçants mais aussi des acteurs économiques dans la commune, le département et la région Rhône-Alpes.
En 2009, Laure Buisson, native de la région et écrivain, donne vie à Isabelle, reine des mousselines et lui imagine un destin dans un roman intitulé La reine des mousselines.
2010 : Pour cette édition intitulée « Tarare lève le voile sur les rythmes du monde » correspond au tricentenaire de la naissance de Georges-Antoine Simonet, avec deux évènements qui ont eu lieu à l’extérieur de Tarare :
- A Charbonnières où Georges-Antoine Simonet passa les cinq dernières années de sa vie, une exposition « Georges-Antoine Simonet et les siens » a été organisée par les municipalités et les sociétés d’études historiques de Tarare et de Charbonnières.
- A Lyon, un défilé de mode a été organisé à l’Hôtel de Ville, mettant à l’honneur le savoir-faire local des industriels du textile à travers le travail de 10 créateurs lyonnais et italiens.
2020 : En raison de la crise du COVID 19, la fête n'a pas eu lieu en 2020.
2025 : L'édition 2025 de juin 2025 a eu pour thème - « France, terre de talents ».
Rendez vous pour la prochaine édition en 2030!
Et puis, les mousselines sont aussi une friandise pour les gourmands !
Dans les années 1950, voulant honorer la célèbre étoffe et rappeler la grande activité textile de Tarare, un chocolatier de la ville a nommé « mousseline », sa spécialité : deux coques en nougatine garnies de praliné noisette, enrobées de chocolat noir. Aujourd’hui, le chocolatier Jean-Louis Poncept perpétue cette tradition.
Ressources sur Tarare et sa fête des mousselines
Tarare : des origines à nos jours . Edité en 1985 par la Commission mixte des affaires culturelles de Tarare avec la collaboration de la Société d’histoire et d’archéologie et des Monts de Tarare
Tarare . Document édité en 2001 par les Archives municipales et la Société d’histoire et d’archéologie des Monts de Tarare
100 ans d’histoire : Tarare au 20ème siècle , 2007
Le Tout Lyon en Rhône-Alpes : n°4853 du 15 au 21 août 2009
Industrie textile dans la région de Tarare
Bref historique
En 1573, l’activité textile est déjà l’activité principale de Tarare et de sa région. On y tisse le lin, le chanvre, certains tissus sont expédiés en Turquie et en Syrie.
A partir de 1664, l’activité est ébranlée par l’importation massive de toiles peintes rapportées par la Compagnie française des Indes orientales.
Ces toiles appelées « indiennes », imprimées avec des tampons de bois, apportent un air d’exotisme et de nouveauté. L’enthousiasme suscité, crée un marché prometteur pour la Compagnie des Indes et facilite aussi l’introduction en France de techniques de fabrication grâce à des marchands arméniens. Les productions locales moins onéreuses sont moins attrayantes, la chimie des colorants n’est pas encore maîtrisée. De plus, les soyeux et les lainiers supportent difficilement cette concurrence.
Pour protéger ses activités bien implantées et fortement exportatrices, la France promulgue en 1686, des lois interdisant non seulement l’importation des indiennes mais aussi la production des imitations imprimées ainsi que leur port et usage.
Le filage du coton apparaît alors dans les campagnes à l’égal de celui du chanvre auquel il ne nuit pas. Dans la région, c’est Etienne Mulsant (1733-1795), industriel à Thizy, qui l’introduit dans le tissage à la place du chanvre ou du lin.
Pendant longtemps les toiles de fil pur sont les seuls tissus produits en France, puis des futaines seront tissées étoffes croisées, serrées, rayées, moirées, d’aspect souvent très riche mais aussi des basins, étoffes croisées en coton. Cependant ces produits restent grossiers.
La publication de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert, de 1751 à 1772, permet de vulgariser les procédés techniques jusqu’alors conservés dans chaque fabrique.
Toujours très appréciées, les étoffes appelées indiennes entrent en fraude en France et un marché clandestin s’organise. Ainsi en 1754-1755, Louis Mandrin, chef d’une troupe de contrebandiers à la frontière du Dauphiné et de la Savoie, achète en Suisse ces étoffes afin de les revendre en France. Malgré les risques d’emprisonnement encourus, les femmes de toutes conditions cherchent à se les procurer. C’est ainsi que la Marquise de Pompadour fait sensation en décorant ses appartements d’indiennes de contrebande.
L’interdit n’est levé qu’en 1759 par Louis XV. Des indienneries se créent autour de Lyon : à Fontaines-sur-Saône en 1759, à Tarare et à Villefranche en 1772, à Pierre-Bénite en 1785, à Saint-Symphorien-d’Ozon en 1786. Après 73 ans d’interdiction, les artisans français ont recours au savoir faire des imprimeurs allemands ou suisses. Pendant plus de 150 ans, la technique de l’impression à la planche gravée en relief s’impose dans les manufactures régionales, n’accordant qu’une place secondaire aux autres techniques comme l’impression au cylindre ou à la plaque de cuivre. Longtemps dans l’ombre des soieries façonnées de Lyon, l’étoffe imprimée, sur coton, impose peu à peu ses qualités esthétiques et fonctionnelles.
Georges-Antoine Simonet essaie d’implanter à Tarare la fabrication d’un tissu léger à base de coton, fabriqué à cette époque, uniquement en Suisse et en Inde : la mousseline.
Ce tissu fin, voire transparent, présente à l’oeil une série de jours formés et séparés par des fils entrecroisés. Il est d’autant plus agréable à regarder que les jours se rapprochent davantage, jusqu’à un certain point, de la forme la plus parfaite possible, c’est à dire du carré.
L’apogée : vers 1840
En France, les premières mousselines sont fabriquées à Tarare vers le milieu du 18ème siècle, soit quinze ans avant les tentatives du même genre constatées en Angleterre. Claude Marie Simonet, neveu de Georges-Antoine, lance véritablement la fabrique de la mousseline tararienne. A cette même période vers 1788, l’industrie de la broderie, proche de celle de la mousseline, prend aussi son essor à Tarare et dans les bourgs voisins, ainsi que d’autres industries annexes comme la teinture, l’impression.
La fabrication de la peluche pour chapeaux d’homme et de velours introduite par M. Martin-Gubian en 1836 est une autre activité importante de Tarare.
Début 19ème siècle, Tarare compte 5000 métiers, l’industrie est particulièrement florissante entre 1845 et 1864. La fabrique de mousseline est réputée être la première d’Europe en 1846. La centaine de fabricants de Tarare réalise, en 1861, un chiffre d’affaires de vingt-cinq millions. La ville de Tarare est passée de 2 000 à 15 000 habitants et fournit du travail à 50 000 personnes de la région.
La fabrique de Tarare s’est faite remarquer très favorablement aux expositions industrielles : à Paris en 1855 et 1867 et à Londres en 1862.
Le déclin : 1860…
A partir de 1860, la prospérité de la mousseline diminue notamment à cause de l’apparition de concurrents étrangers. La fabrique de Tarare doit s’adapter et faire évoluer les usages de la mousseline conduisant à une diversification des produits. C’est d’abord la singalette, mousseline blanchie utilisée comme gaze à pansement avec comme extension le coton hydrophile puis la singalette brodée appelée plumetis trouve, quant-à-elle d’importants débouchés aux colonies en particulier pour le voile d’habillement. Apparaissent ensuite l’organdi, le linon pour robes et corsages mais aussi la tarlatane, étoffe à tissage très lâche et très apprêté utilisée pour la confection de robes de soirée, de coiffes ainsi que pour des modèles ou des patrons de couture. On l’emploie aussi en reliure pour les charnières de livres. Certains tissus de petite largeur, aux coloris vifs et chatoyants, appelés voile d’Algérie, sont destinés pour l’Afrique du Nord où ils servent de turbans ou de chèches. Ils sont un complément commercial non négligeable jusqu’à la décolonisation.
En 1932, la crise mondiale a gravement affecté les industries du textile et notamment celles du coton. La soie artificielle jusqu’alors employée depuis plusieurs années dans les broderies l’est dans le tissage vers 1925-1926. Le coton disparait complètement de certaines spécialités de Tarare où la soie artificielle se montre mieux adaptée.
Le renouveau : 1954…
Dans les années 1954-55, le voile d’ameublement est une branche textile en rapide croissance profitant de la reprise de la construction. La fabrique de Tarare redevient dynamique, en conquérant le quasi monopole du voile en tergal. Elle assure 80% de la production nationale et 78% de la production mondiale grâce à de nouvelles fibres artificielles et synthétiques. C’est un article à l’avant-garde des techniques nouvelles, utilisant un polyester, mis sur le marché en 1948 par Rhône-Poulenc, sous la marque Tergal. Difficile à travailler car très fin et fortement chargé en électricité statique, il va bénéficier du savoir-faire des artisans de Tarare qui savent adapter les machines au fil. La région de Tarare est ainsi prédisposée pour cette industrie de pointe. On passe du stade de l’échantillonnage en 1956, à celui d’industriel en 1957 et Tarare devient la capitale française du voile.
Les années 1958-1962 sont de nouveau un âge d’or pour les artisans tisseurs qui ont fait porter la largeur de leurs métiers jusqu’à des laizes allant de 2,40m à 4,20m. Ces fabricants devenus des industriels avec des usines ultra-modernes font travailler jusqu’à 4000 personnes et l’industrie textile se diversifie dans le tissu éponge, la confection, la teinturerie.
Puis durant les années 1960, de nouveau, l’industrie textile rencontre des difficultés croissantes. Le voile Tergal, certes de très bonne qualité, subit la concurrence d’articles moins chers venus de l’étranger et la décolonisation entraîne la fermeture des marchés coloniaux. En 1977, 114 des 255 établissements du canton travaillent pour l’industrie textile, soit 3277 salariés sur 4465 actifs. Les entreprises tarariennes du rideau unissent leurs efforts commerciaux sous une marque commune « Plein Jour » qui recueille une notoriété mondiale. En 1985, l’industrie du textile continue alors d’assurer 80% des emplois industriels de Tarare et de sa région, mais cette mono-activité est problématique pour l’essor de la région. En 2000, 63 entreprises de la filière textile emploient 1859 salariés sur l’ensemble du canton. En 2009, cette industrie n’est pas complètement éteinte mais seules quelques entreprises subsistent faisant travailler quelques centaines de salariés.
Et aujourd'hui
L'industrie textile en Auvergne-Rhône-Alpes reste aujourd'hui un secteur économique majeur : la région est la première région textile de France, avec environ 600 entreprises et 18000 emplois. Elle s'appuie sur son savoir-faire historique tout en se spécialisant dans les textiles techniques, le luxe et l'innovation. Aujourd'hui, la filière se développe encore grâce au recyclage et à l'eco-conception des matières textiles.
Ressources sur l'industrie textile
L’aventure textile en Rhône-Alpes de Valérie Huss, édité en 2005 par Le Dauphiné Libéré
Tarare, cité de la mousseline : essai d’histoire locale de Jules Maire, édité en 1934
Journal du Textile : n° 2029 du 2 février 2010
Le Tout Lyon en Rhône-Alpes : n°4881 du 27 février 2010
De pied en cap : patrimoine du textile et de la mode en Rhône-Alpes édité en 2008 par la Passe du vent
L’usine nouvelle : n°3195 du 3 juin 2010
Textiles techniques et fonctionnels : matériaux du XXIe siècle : exposition présentée du 15 octobre 2009 au 14 mars 2010 au Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne et au Musée de Bourgoin-Jallieu
Généalogie et histoire : n°153 de mars 2013
Article publié le 09/06/2010 par SBR - Modifié en juin 2016 par SBR, puis en juillet 2026 par ALTC.