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Lyon à la une - Galerie

Vive l’Empereur ! l Vive le Roi ! l Aux prises avec la censure l Un journal pour les canuts l Mieux vaut en rire
Lyon sous les eaux l Presse féministe ou féminine ? l Le drame se vend bien l Crime et châtiment
Au théâtre ce soir l De la vogue au caf’conc l Nos amis des bêtes l Marie face à Marianne
Les petits plats dans les grands l Vive la Russie ! l Allons à l’Expo ! l Place au progrès
Joutes, boules, courses…
l A la gloire de la cité moderne


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I / Vive l’Empereur !
Une presse sous influence

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Sous le Consulat puis sous l’Empire, la presse lyonnaise est soumise à l’arbitraire gouvernemental, via le préfet et ses services. Le Journal de Lyon, comme l’éphémère Bulletin de Lyon de Ballanche doivent se contenter de reprendre dans leurs colonnes les informations, soigneusement filtrées, du Moniteur parisien.
Un format réduit, une maquette austère et inchangeable, une pagination serrée, phagocytant le titre impersonnel des articles, un faible tirage qui en augmente le prix caractérisent cette presse aux ordres, avant tout bourgeoise et citadine.
A peine tolérée, la chronique locale, réduite à la portion congrue, se cantonne prudemment dans le compte rendu des visites officielles, des distributions des prix, des séances des sociétés savantes… Voire dans la rubrique littéraire, la critique théâtrale, le cours des monnaies et les annonces commerciales.
Même les évènements jugés d’importance par les autorités et bénéficiant à ce titre de nombreux articles successifs ne rompent pas l’immuable canevas. Ainsi les divers séjours du Premier Consul puis de l’Empereur, ou l’incontournable journée du 15 août destinée, chaque année, à célébrer… la Saint Napoléon. La presse doit rendre compte de la procession des autorités religieuses, civiles et militaires, des manifestations et illuminations, des joutes sur la Saône et du traditionnel feu d’artifice tiré sur le pont du Change.
Après la Première Restauration et lors des Cent Jours, époques d’un préfectoral « retournement de veste » du comte de Fargues resté légendaire, le Journal de Lyon se doit de souligner combien ses concitoyens se sont précipités « pour voir encore et saluer de leurs acclamations le Prince chéri dont ils avaient si impatiemment supporté l’absence. »
Avec reprise obligée de la fameuse formule napoléonienne placardée sur les murs de la cité : « Lyonnais, je vous aime ! »

 

II / Vive le Roi !
L’art au service de la monarchie

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En 1814, bien des journalistes se découvrent une fibre royaliste jusqu’alors soigneusement cachée… Des titres subsistent, d’autres apparaissent, naissent et meurent, toujours soigneusement contrôlés par la préfecture.
En d’autres mains, le Journal de Lyon est toujours la voix de son maître, rejoint par la très royaliste Gazette de Lyon. Tout au plus les informations lyonnaises et régionales ont-elles désormais leur place dans les pages intérieures. A preuve, certain « bulletin des évènements », ancêtre de notre rubrique des faits divers.
Le régime monarchique qui scelle alors la vie lyonnaise se manifeste tout particulièrement à travers deux évènements qui vont monopoliser la presse locale : l’édification d’un monument expiatoire et la pose d’une statue de Louis XIV.
Dans la plaine des Brotteaux, il s’agit de rendre hommage aux victimes de la Terreur rouge de 1793, sur les lieux mêmes où certaines furent exécutées. Dès 1814, la pose de la première pierre est, pour le Journal de Lyon, « une scène touchante, religieuse et funèbre, à laquelle a pris part la ville de Lyon tout entière ».
Place Bellecour, l’érection d’un monument au Roi Soleil ne demande pas moins de huit années en raison de problèmes financiers. Si la pose de la première pierre a lieu en mai 1821, sous le règne de Louis XVIII, l’inauguration n’a lieu que sous celui de son successeur, Charles X, en novembre 1825, précisément pour la Saint Charles.
Sorte d’opération publicitaire monarchique, la sculpture de Frédéric Lemot fut convoyée de Paris jusqu’à Lyon par voie terrestre, tirée par vingt chevaux, décorée de guirlandes et de drapeaux fleurdelisés.
La Gazette de Lyon ne dissimule pas sa satisfaction : « Une belle journée d’automne a favorisé la double fête que nous célébrions hier… Les cris de “Vive le Roi” se sont fait entendre… avec un enthousiasme et une ardeur dignes des beaux jours de la restauration. » Le journal ne peut cependant taire que « quelque tumulte a troublé les dernières dispositions de cette
fête. »

 

III / Aux prises avec la censure
L’éternel combat contre Anastasie

 

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Les relations entre tout régime politique qui s’impose et toute presse qui se respecte font inévitablement penser au jeu du chat et de la souris, via la censure de l’un sur l’autre.
Une censure traditionnellement symbolisée par Dame Anastasie armée de sa paire de ciseaux.
Les journaux du XIXe siècle symbolisent tout particulièrement la chose, tant le pouvoir y passe fréquemment de main en main.
A Lyon, en juillet 1871, le Guignol illustré joue les sceptiques, alors même que la République vient de remplacer l’Empire. Il est vrai que la marionnette chère au cœur des « gones » symbolise un humour populaire, volontiers frondeur, non dénué d’ironie mordante et maniant avec dextérité la trique plutôt que l’encensoir.
Bien des titres ont ferraillé avec les mesures procédurières que Dame Anastasie a imaginé au fil du siècle et au gré des changements de régime : le contrôle préfectoral quasiment permanent, les procès, l’avertissement, la suspension, la suppression… Mais également l’autorisation préalable au lancement de toute publication, le versement d’un coûteux cautionnement, le droit de timbre pour chaque numéro, à qui entend aborder la politique dans ses colonnes… Malheur à l’indiscipliné !
Ainsi l’éphémère Journal de Lyon et du Midi : lancé en mars 1821, il a déjà disparu en novembre.
Il devient alors Le Précurseur que le pouvoir royal redoute et traîne en justice. Son rédacteur en chef, Morin, se retrouve au tribunal puis en prison, occasion pour ses lecteurs de faire frapper une médaille de soutien, en juillet 1830.
Un rien plus libérale, la Monarchie de Juillet supporte tout aussi mal la critique d’un journal qui a l’audace de manifester sa sympathie aux canuts révoltés de 1831 et dont le rédacteur en chef, Petetin, ose écrire : « La cause des émeutes, c’est la faim. Elle ne se guérit pas avec des baïonnettes et des échafauds. »
Le journaliste se retrouve donc à son tour en prison et le journal change une nouvelle fois de nom devenant Le Censeur lequel, la République revenue, se croit autorisé, l’inconscient, à titrer en novembre 1849 un article de « Une » : « Du rétablissement du timbre des journaux ». En décembre, il a disparu.
Dans ces conditions, on comprend que le Journal de Guignol lancé le 30 avril a bien du mal à survivre, lui qui se proclame « drolatique, satirique, amphigourique, cascadeur, fouailleur et gouailleur, épatant, ébêtant et désopilant, très peu littéraire, mais par-dessus tout honnête canard. Paraissant quand bon lui semble, lorsqu’il le pourra et chaque fois que le besoin s’en fera sentir, Guignol se réserve d’aller de l’avant quand il aura assuré ses derrières. »
Traquée par le pouvoir, la feuille connaît une vie éphémère de 17 mois seulement, marquée par 4 procès, 6 175 francs d’amende et 16 mois et 8 jours de prison.
Puis la Cour impériale ordonne sa suppression pure et simple.
Le dimanche 2 décembre 1866 – date anniversaire du coup d’état – Guignol en personne annonce la chose à ses lecteurs : « Adieu les gones et canantes de Lyon. Oubliez pas vote pauvre Guignol, que tous ses malheurs, ils viennent ben un peu à cause de vous… »
Et la dernière page de l’ultime numéro est ornée d’un faire-part de décès encadré de noir, comme il se doit.

 

IV / Un journal pour les canuts
Aux sources de la presse ouvrière

 

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A des années-lumière de la presse bourgeoise et volontiers royaliste, se place l’apparition de L’Echo de la Fabrique, feuille hebdomadaire qui marque les véritables débuts de la presse ouvrière à Lyon.
« Sans défense jusqu’à ce jour contre les menées du commerce, en butte aux brutalités, aux injustices criantes de certains de MM. les négociants… les infortunés ouvriers ont choisi, pour arme défensive de leurs droits, la publicité », ne craint pas d’affirmer le traditionnel prospectus précédant la parution de l’audacieux et original média… dont il n’est pas neutre de constater que le premier numéro apparaît le 30 octobre 1831. Trois semaines à peine avant la première insurrection des canuts !
« Nous serons le journal de la CASTE PROLETAIRE tout entière » lance d’emblée l’équipe rédactionnelle dirigée par Marius Chastaing, 16 ans exactement avant le Manifeste communiste de Marx et Engels. Et les mots de « travailleur » et de « prolétaire » appartiennent au langage nouveau et commun de ce journal et de ses continuateurs comme L’Echo des travailleurs (1833-1834) que lance Chastaing très vite chassé de L’Echo, comme la Tribune prolétaire (1835), comme L’Indicateur (1834-1835).
La Révolution de 1848, la liberté de la presse qui marque la Seconde République, du moins à ses débuts, suscitent de nouveaux titres remplaçant, tout aussi brièvement, les précédents tués par la censure royale… Ils seront, à leur tour, engloutis par la censure impériale.

 

V / Mieux vaut en rire
Presse satirique et pouvoir politique

 

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Dès les lois libérales sur la presse de 1865, les publications satiriques fourmillent à Lyon : pas moins de 40 titres parmi lesquels, bien sûr, un Journal de Guignol d’ailleurs éphémère. Plus qu’à Paris dans le même temps ! Et pas moins de 155 jusqu’en 1900, principalement après les lois libératrices votées en 1881.
Ces journaux doivent d’abord se contenter de l’impact du texte. Mais ils vont rapidement en appeler à l’image, sous forme de caricatures parfois bon enfant, le plus souvent féroces. Même si bien des titres, tel Lyon comique illustré, se proclament volontiers « journal satirique, humoristique, non politique. »
Les cibles sont volontiers liées à l’actualité, avec quelques sujets de prédilections : les politiciens, bien sûr, mais aussi la magistrature, les forces de l’ordre, voire le corps médical.
Ainsi, Le Bonnet de coton peut-il croquer MM. les Sénateurs du département du Rhône, Le Figaro lyonnais railler M. Crestin, médecin et politicien, L’Ancien Guignol persifle sur les interminables chantiers qui trouent la ville, Thermidor célébrer ironiquement « Victor Ier », l’atrabilaire maire de Lyon, Victor Augagneur, dont le bref passage à l’hôtel de Ville, fait la joie des caricaturistes.
De son côté, Lyon amusant montre une Sarah [Bernhardt] quasiment anorexique, se produisant au Théâtre Bellecour (1885).
A ce petit jeu là, La Comédie politique (1871-1889) fait souvent mouche. Dans « Séduction et racolage », elle raille le maire et le préfet se disputant l’honneur de loger le président Felix Faure (1896). Dans « Ce qu’il fait de Jeanne d’Arc », elle raille son clérical confrère Le Nouvelliste, lequel a cru devoir placer une statue de la Sainte sur la façade de son nouveau bâtiment de la rue de la Charité (1899).
La scène drolatique suit bien sûr la presse satirique : une représentation du sérieux Parsifal de Wagner au Grand Théâtre, engendre celle d’un plus plaisant Sarsifal au théâtre Guignol.

 

VI / Lyon sous les eaux
Regards sur un siècle d’inondations

 

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Les deux cours d’eau qui traversent Lyon peuvent se révéler de terribles prédateurs liquides dont les crues dévastatrices s’abattent régulièrement sur la cité.
Le XIXe siècle n’y échappe pas, dès l’inondation de 1812 qui fait disparaître la rive gauche du Rhône sous trois mètres d’eau. Mais les deux plus graves crues se produisent en 1840 et en 1856.
Celle de l’automne 1840 voit le Rhône rompre la digue en terre de la Tête-d’Or et envahir la rive gauche comme la presqu’île. « C’était un effrayant spectacle que de voir, à la lueur des candélabres du pont de la Guillotière et des torches qui circulaient partout dans cette nuit de désastre, les débris emportés par le Rhône… Une grande quantité de familles sont réduites au plus extrême dénuement », signale Le Censeur.
On discute du problème à la Chambre des Députés, on vote des crédits, on élève une nouvelle digue en terre aux Brotteaux…
Celle-ci ne résiste pourtant pas au déferlement des eaux consécutif aux pluies diluviennes qui s’abattent sur le pays au printemps 1856. Dans la nuit du 31 mai, le Rhône rompt la digue en deux points et se déverse sur la rive gauche où les habitants, réveillés en sursaut, organisent au mieux les secours. Le reporter du Salut Public est frappé par « la vue de ces maisons écroulées, dont quelques ruines sortaient de l’eau, comme pour attester que là avaient habité des êtres vivants qui maintenant sont, les uns errant sans aucun asile et sans autre pain que celui de la charité, les autres devant Dieu. » La photographie, encore novice, a fixé ces images pour la postérité…
On interdit les constructions en pisé, on décide la construction d’une digue en dur, laquelle résistera aux nouveaux assauts de l’eau qui vont suivre : la crue de novembre 1896 et celle de janvier 1899, spectaculairement rapportées par l’image dans Le Progrès illustré ; celle de janvier 1910, qui emporte… la morgue de Lyon, alors simple bateau amarré sur un quai du Rhône.
On parvient à sauver le gardien, mais pas à récupérer l’unique cadavre entreposé là.

 

VII / Presse féministe ou féminine ?
Journaux de femmes et journaux pour dames

 

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Force est de le constater : dans cette presse d’hommes, reflet d’une société d’hommes, les feuilles écrites par les femmes, pour les femmes, ont bien du mal à s’imposer.
Il n’est pas vraiment étonnant de constater que le Rubicon est franchi par L’Echo de la Fabrique qui imprime plusieurs articles sur la condition des travailleuses. Ils sont empruntés à un titre créé à Lyon par une ancienne saint-simonienne, Eugénie Niboyet, première femme journaliste de la ville. Son hebdomadaire Le Conseiller des Femmes (1833-1834) vise à « élever les femmes à la hauteur de ce siècle ». L’expérience va tourner court et sa rédactrice va monter à Paris.
Dans le même temps, mais dans un genre bien différent, paraît Le Papillon (1832-1835), hebdomadaire dont le papier change de couleur chaque semaine et qui s’annonce comme « Journal de Dames, de Salons, des Arts, de la Littérature, des Théâtres et des Modes, rédigé par une société d’hommes, d’artistes et de gens de lettres ».
Pour leur part, les grands quotidiens lyonnais ouvrent petit à petit une rubrique « Mode » destinée à leur lectorat féminin, surtout dans les pages de leur supplément illustré.
La lectrice y découvre également les inévitables « réclames », en particulier celles des grands magasins apparus dans la cité à la faveur des travaux haussmanniens réalisés sous le Second Empire : A la Ville de Lyon devenu Le Grand Bazar, Les Deux Passages, les Grands Magasins des Cordeliers…
Le Progrès illustré (1890-1905) et L’Illustré du Sud-Est (1911-1913) accordent d’emblée une place de choix à la mode féminine. Pour sa part, Le Tout Lyon littéraire, artistique, sportif et mondain, hebdomadaire lancé en 1895, profite des manifestations diverses et variées, les concours hippiques en particulier, pour détailler la toilette des dames.
Comme son nom l’indique, La Broderie pratique de Lyon se veut plus populaire et plus pragmatique.

 

VIII / Le drame se vend bien
Désormais, le fait-divers aura sa rubrique

 

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Aucun lecteur de journal du XXIe siècle ne l’ignore : le drame se vend bien. Il inquiète, il apitoie, il effraie, donc il attire.
La presse lyonnaise du XIXe ne manque pas de puiser à cette inépuisable source de ventes, donc de revenus, dont les détails, soigneusement dosés, savamment distillés, ont la vertu de tenir le lecteur en haleine des jours durant.
L’éboulement du pont Morand, lors des crues de 1825, fait déjà grosse impression. L’explosion d’un bateau à vapeur sur le Rhône, un dimanche de mars 1827, fait sensation. Bien des titres lyonnais ouvrent largement leurs colonnes au drame. « Des portions de chaudières, de tuyaux et de bois lancées sur le quai, quoique le bateau fût au milieu du Rhône, ont tué ou blessé plusieurs personnes », révèle Le Précurseur à ses lecteurs.
Nouvel accident fluvial en juillet 1864, sur la Saône cette fois, où un bateau-mouche prend dangereusement du gîte. La presse lyonnaise fait le décompte des morts, alors qu’à Paris Le Monde illustré consacre même à l’affaire un dessin pleine page. Et le journal parisien récidive quand brûle le théâtre des Célestins, une nuit de mai 1880. Sur place, le pugnace Petit Lyonnais réalise un véritable reportage de l’incendie, heure par heure, avant de révéler le pot aux roses : le feu est parti du local des pompiers qui arrosaient, ce soir-là, le départ de l’un d’eux. Trop sans doute.
On l’aura devinée : la naissance de la presse populaire à un sou (soit 5 centimes), offre au fait-divers un nouveau tremplin. Au Petit Parisien de la capitale, correspondent Le Petit Lyonnais mais aussi Le Progrès de Lyon, Lyon Républicain, plus tard L’Express de Lyon, ces trois titres sacrifiant bien vite au supplément illustré hebdomadaire où le pouvoir des mots se double du choc des images.
Au fil des « Unes », le pompier héroïque et le sauveteur émérite y font pendant au jeune chauffard de la bicyclette, au lion de ménagerie goûtant fort la chair humaine et même au suicidaire solitaire et rural, trouvant le moyen de se guillotiner lui-même.

 

IX / Crime et châtiment
Sang et guillotine à la « Une »

 

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Si le drame se vend bien, le crime se vend mieux encore, offrant au lecteur l’horreur du meurtre, associée au réconfort de la cour d’assise où la société punit et condamne le coupable. Si possible par la peine de mort, concrétisée par l’une de ces exécutions publiques qui attirent tant les foules.
Lyon n’échappe pas à la règle commune et sacrifie très tôt aux « canards », ces feuilles épisodiques qui font leurs choux gras des crimes et délits. Ainsi celui d’Anthelme Perrin tuant Simon Devaux, un ouvrier ébéniste effectuant son tour de France et rencontré en bord de Saône. L’assassin s’attribue l’identité de sa victime et n’avouera la sienne que devant l’échafaud (1843). Ainsi ceux du sinistre Martin Dumollard, le tueur de bonnes qu’il vient « recruter » sur le pont de la Guillotière, avant d’aller les trucider en rase campagne, près de Dagneux, dans l’Ain (1862).
Presse populaire oblige : pour la seule année 1894, Le Progrès de Lyon, ne consacre pas moins de 24 « Unes » de son supplément illustré, à des drames en tout genre. Quant à Lyon Républicain théorise à merveille ce phénomène de société, le jour où il consacre la « Une » de son supplément illustré à un de ces jeunes délinquants alors qualifiés d’ « apaches», pointant son arme sur le lecteur.
Lors du triple parricide du quartier Monplaisir, commis par le jeune Jules Seringer, Le Petit Lyonnais, consacre un supplément narrant l’exécution publique où le condamné marcha à la guillotine « pieds nus et la tête couverte d’un voile noir » (1873). Quant aux « Assassins de la Villette », ils ont trucidé une bistrotière, presque à l’endroit où se trouve aujourd’hui la Bibliothèque de la Part Dieu. Le récit de leur forfait s’étale sur la dernière page de L’Express de Lyon illustré (1900).
Le crime passionnel fait évidemment les beaux jours des journaux. Celui du jeune Victor Grenetier poignardant la fille d’un voisin, qu’on lui refuse (1893). Celui de Busseuil, le criminel du Gourguillon. Comme son nom l’indique, Drames illustrés peut cumuler en « Une » jusqu’à trois crimes, dont « un parricide de 14 ans. »

 

X / Au théâtre ce soir
Spectacle, applaudissements et chahuts

 

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Depuis 1806, toujours sous l’autorité du préfet, Lyon ne comprend plus que deux salles bientôt rachetées par la ville, au répertoire soigneusement défini : le Grand-Théâtre, aujourd’hui Opéra national de Lyon, inauguré en 1831 et le Théâtre des Célestins, plus populaire, ouvert dès 1792, plusieurs fois détruit par des incendies, reconstruit par Gaspard André sous la Troisième République.
Très tôt, la presse accorde volontiers une place à la critique théâtrale dans ses colonnes. Certaines feuilles s’en font même une spécialité, tel Le Diable rose lancé en 1865, qui se veut, la « revue des théâtres et des salons par l’élite des beaux esprits lyonnais. » A la Belle Epoque, L’Express musical accompagne chacun de ses numéros d’une partition piano-chant, à interpréter chez soi.
Si la vie quotidienne des deux salles ne manque pas de soirées houleuses, devant un public lyonnais volontiers chahuteur, quelques grands moments scellent l’histoire du Grand Théâtre, telle l’apparition du répertoire wagnérien dans la décennie 1890.
En janvier 1913, pour la création en version française du Boris Godounov de Moussorgski, le directeur fait venir spécialement le metteur en scène des théâtres impériaux de Moscou et investit dans des décors neufs.
Au fil du siècle et de l’assouplissement des règles administratives, plusieurs autres théâtres ouvrent à Lyon tel le théâtre Bellecour construit par Jules Chatron, architecte attitré du principal commanditaire : l’industriel et mécène Emile Guimet.
Inauguré en 1879, richement aménagé, proposant une programmation éclectique, la salle de la rue de la République – aujourd’hui remplacée par un magasin FNAC – devient un haut lieu des spectacles lyonnais.
D’autant plus qu’en sous-sol, un cabaret chic, L’Assommoir, accueille les noctambules de la bonne société lyonnaise, jusqu’à ce que l’anarchiste Cyvoct y fasse exploser une bombe en 1882, ce qui contribue grandement à la faillite de l’établissement, en 1894.

 

XI / De la vogue au caf’conc
Echos de scènes, de coulisses et d’écrans.

 

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Très tôt dans le siècle, certains cafés lyonnais proposent à leur clientèle de siroter leur boisson en musique. Celle jouée par un pianiste, voire même par un petit orchestre, ou celle chantée par quelque accorte divette. Le Rhône illustré peut alors parler de « Duo d’amour au café-concert ».
Dénoncés par les théâtres auxquels ils font concurrence, surveillés par la mairie, ces cafés concerts attirent vite un large public. Des lieux deviennent mythiques comme le fameux Casino Kursaal de la rue de la République (aujourd’hui le cinéma Pathé), ses revues parfois coquines, ses opérettes volontiers légères et même ses projections cinématographiques, à partir de 1902.
Les Lyonnais épris de divertissements ont encore le choix entre les concerts symphoniques donnés l’été sous le kiosque de la place Bellecour, les spectacles des divers théâtres Guignol installés de par la ville, les passages de ménageries et de cirques tel le fameux Cirque Rancy, lequel à ses habitudes à Lyon.
Ils ont encore à leur disposition les fêtes et les kermesses, mais surtout la « vogue », ses manèges, ses lutteurs, ses stands de tir…
Et puis, il est régulièrement de grands évènements ludiques à ne pas manquer, à commencer par la venue du fameux William Frédéric Cody dit Buffalo Bill, qui parcourt le monde avec son grand spectacle itinérant, le Buffalo Bill’s Wild West Story.
Lors de ses deux passages, une efficace campagne de « réclame », par voie d’affiches et dans la presse lyonnaise, donne d’excellents résultats. En 1899, le premier spectacle se joue à guichet fermé devant 5 000 spectateurs et il a fallu en refuser 2 000. En 1905, le reporter de Lyon Républicain, qui est allé accueillir le grand homme et sa troupe en gare de la Part-Dieu à 5 heures du matin, livre un compte-rendu enthousiaste du spectacle dont il décline avec gourmandise les vingt-trois numéros : « les différentes exhibitions de cavaliers indiens, la manœuvre des artilleurs américains, les exercices de la cavalerie nègre, les originaux lancers de lassos mexicains… »

 

XII / Nos amis des bêtes
Animaux lointains et chiens au quotidien

 

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En juin 1827, des milliers de Lyonnais sont massés place Bellecour pour admirer « La Belle étrangère ». En l’occurrence une girafe offerte au roi Charles X par le pacha d’Egypte et en route pour Paris.
Les journaux multiplient les articles et Le Précurseur abonde en détails sur l’étonnant animal : « Pendant le voyage qu’elle a fait en marchant, elle n’a jamais manifesté l’envie de s’enfuir, mais témoignait souvent sa gaîté, comme font les jeunes chevaux… »
Déjà, en janvier 1813, on a présenté à Lyon un phoque pris sur les côtes de Dalmatie et en route, lui, pour la Ménagerie impériale. Il se prénomme « Turc », est nourri de carpes de la Bresse et obéit comme un chien. En avril 1829, c’est un lion qui trône dans une ménagerie installée près du pont Morand.
Si ces animaux lointains attirent les Lyonnais, certains autres, qui leur sont familiers, peuvent les embarrasser, voir les inquiéter : les chiens, dont la présence pose un problème récurrent aux édiles et à leurs concitoyens.
Qu’ils soient de compagnie ou à plus forte raison errants, ces vecteurs de la rage sans cesse renaissante sont une véritable hantise pour les parents et les autorités doivent régulièrement recourir aux grands remèdes : la distribution dans les rues d’appâts empoisonnés, dont la population est prévenue par voix d’affiches. Une fourrière municipale est même créée où les quadrupèdes contrevenants sont enfermés avant d’êtres récupérés ou tués.
Le mal n’est pas éradiqué pour autant et 79 cas de rage sont recensés en 1895. Le maire Antoine Gailleton décide alors d’instituer une médaille pour chien, obligatoire à porter pour les quadrupèdes lyonnais et délivrée dans les mairies d’arrondissement
La presse évoque largement l’affaire et les feuilles satiriques s’en donnent à cœur joie l’inévitable Comédie politique se gaussant des aventures canines de Monsieur le Maire.

 

XIII / Marie face à Marianne
Quand la presse se veut militante

 

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Par tradition, le culte marial est bien implanté à Lyon. Il inspire l’installation sur le clocher de la chapelle de Fourvière, d’une statue dorée de la Vierge, inaugurée le 8 décembre 1852, à l’origine des illuminations qui se perpétuent toujours dans la ville.
Dans la même optique est lancée l’idée de bâtir un nouveau sanctuaire, projet soutenu par L’Echo de Fourvière, feuille religieuse et politique fondée en 1863 par des catholiques ultra-conservateurs.
La lente édification de l’imposante bâtisse imaginée par l’architecte Bossan suscite bien des polémiques. Ses allures de forteresse dominant l’industrieuse cité des canuts, déclanche les passions. La presse lyonnaise se lance à fond dans le débat.
L’Echo de Fourvière ne craint pas d’affirmer que « les pèlerins assidus reconnaîtront dans la richesse des matériaux… l’accomplissement de leurs propres désirs. » Il peut compter sur l’appui du nouveau et combatif Nouvelliste, quotidien populaire de droite et de choc, clérical (il paraît encadré de noir quand décède l’archevêque), antisémite, bientôt antidreyfusard, mais également adversaire résolu du catholicisme social et désireux d’arracher les masses à l’influence « des feuilles de la franc-maçonnerie ».
Parmi les contempteurs se trouvent les journaux de gauche : Le Petit Lyonnais, Lyon Républicain, Le Progrès de Lyon. Mais aussi des titres modérés tel L’Express de Lyon et même le conservateur Courrier de Lyon qui parle de « pachyderme apocalyptique ». Le Salut public avoue que « si l’œil est ébloui, cette prodigalité accorde trop au regard et pas assez au recueillement ». Et d’évoquer la salle des fêtes d’un casino vénézuélien ! La presse satirique n’est évidemment pas en reste…
La guerre est déclarée : la municipalité radicale laïcise ses écoles primaires, enlève les croix des cimetières… En novembre 1880, lors de l’expulsion des Capucins et des heurts qui s’ensuivent, un jeune menuisier est mortellement blessé par un jeune bourgeois. Le Tribunal illustré montre la scène, parlant d’un « assassinat clérical », alors que Le Petit Lyonnais consacre un véhément supplément à ce meurtre.

 

XIV / Les petits plats dans les grands
Fêtes, réceptions et tragédies

 

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Lyon sait recevoir. La ville l’a montré avec l’Oncle. Elle le montre avec le Neveu : sitôt élu à la tête de la République, le prince-président se rend dans la ville en 1849. Devenu empereur, il y revient en août 1860 avec son épouse l’impératrice Eugénie et plusieurs journalistes et dessinateurs-reporters parisiens, dont ceux du Monde illustré.
Le tout-puissant préfet Claude Marius Vaïsse a bien fait les choses : le couple impérial, qui loge à l’hôtel de ville devenu préfecture, inaugure l’imposant palais du Commerce édifié au cœur du nouveau quartier du centre ville, sur la rue Impériale devenue aujourd’hui la rue de la République.
Une République qui va régulièrement envoyer ses présidents entre Rhône et Saône, depuis Sadi Carnot, nouvellement élu, en octobre 1888, jusqu’à Raymond Poincaré venu visiter l’Exposition internationale, en mai 1914, en passant par Félix Faure que Le Progrès illustré montre à son arrivée en gare de Perrache, décorant d’anciens employés du P.L.M.
Le second séjour de Sadi Carnot tourne au drame : le dimanche 24 juin 1894, juste après avoir visité l’Exposition qui se tient au parc de la Tête d’Or, celui-ci est assassiné rue de la République, dans le landau qui le conduit au Grand Théâtre, après un ultime banquet dont on a conservé le menu… tissé sur soie.
Sitôt connue la nationalité italienne de l’anarchiste Santo Caserio, auteur de l’attentat, et alors que le président agonise à la préfecture, une véritable chasse à l’Italien se répand dans la ville, malgré le couvre-feu proclamé par les autorités.
La presse lyonnaise est évidemment la première à consacrer des pages entières, « Une » comprise, à l’évènement. Lyon Républicain est de ceux-là. Depuis la mort de Carnot jusqu’à l’exécution de Caserio.
Le 2 juillet, rapportant les funérailles présidentielles, le quotidien lyonnais est paru encadré de noir.

 

XV / Vive la Russie !
Du contentieux anglais à l’alliance franco-russe

 

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L’Angleterre ne véhicule pas une image particulièrement flatteuse, dans la France des années 1880. Les rivalités coloniales en Afrique, la « reculade » de Fachoda, ravivent les vieux griefs.
La presse lyonnaise n’est pas en reste, qui soutient par le texte et l’image les Boers sud-africains luttant afin d’arracher aux Britanniques l’indépendance du Transvaal. L’Express de Lyon illustré fait sa « Une » sur un groupe de soldats anglais, armés jusqu’aux dents, fusillant à bout portant un vieillard sommairement équipé d’un simple tromblon, qui remplissait les fonctions de sentinelle.
Quand le président du Transvaal, Paul Kruger, arrivant de Marseille et en route pour Paris, passe par Lyon le 23 novembre 1900, il est intensément applaudi en gare de Perrache par une foule en délire, comme le souligne Le Progrès illustré.
Si le Lyonnais a pour l’Anglais un regard hostile, il a pour la Russie les yeux de Chimène. C’est que la jeune et démocratique République française, désireuse de trouver un soutien contre l’Empire allemand, n’hésite pas à tendre la main au régime autocratique de Saint-Pétersbourg. Lequel est fort intéressé… par les prêts français à venir, sous forme de ces fameux « emprunts russes » qui vont ruiner tant d’épargnants.
En octobre 1893, le passage à Lyon des officiers de la flotte russe, ancrée à Toulon, prend des allures d’apothéose. Le maire Gailleton y est allé de sa proclamation, affichée sur les murs de la ville et reprise dans la presse, demandant à ses concitoyens de pavoiser.
Les divers titres, même le sérieux et vénérable Salut Public, ne cachent rien à leurs lecteurs de la réception en gare de Perrache, du défilé sous les vivats jusqu’à l’hôtel de ville, de la Marseillaise et de l’Hymne russe chantés et interprétés place des Terreaux par cinquante sociétés musicales…
Le Progrès illustré consacre même à l’événement deux « Unes » successives.

 

XVI / Allons à l’Expo !
Le temps des expositions internationales

 

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L’ère industrielle ayant enfanté le temps des expositions internationales, Lyon y pense dès le Second Empire, réfléchit, s’interroge et, après la guerre et bien des hésitations, n’y sacrifie qu’en 1872… dans la précipitation.
On édifie, au parc de la Tête d’Or, un ensemble de pavillons répartis autour d’un grand édifice central, auquel Le Monde illustré se plait à consacrer une vue panoramique. Le retard pris par les travaux, un orage d’une rare violence qui brise les verrières… Tout conduit à l’inauguration d’une exposition inachevée, ce qui divertit fort le Journal amusant, mais prélude à un bilan financier catastrophique.
En 1894, les choses se présentent nettement mieux. L’exposition est chapeautée par la Chambre de Commerce, le monde des affaires se mobilise, la municipalité participe, on met en avant l’infrastructure hôtelière, on investit dans une affiche illustrée, on édite plans, guides et ce que l’on appellerait de nos jours des « produits de substitution »…
Installée dans le même site, plus largement investi, l’Exposition est inaugurée le 1er mai 1894. On se précipite pour admirer les divers palais : celui de la Ville et du Département, celui de la Viticulture, celui des Beaux-Arts, celui des Chemins de fer, mais surtout la Grande coupole, imposante construction de fer et de verre avec ses 220 mètres de diamètre, ses 55 mètres de hauteur. Là s’exposent la photographie, la soierie, la carrosserie, les vélocipèdes… « Un travail de géant a été fait » admire Le Courrier de Lyon.
La section coloniale convie le visiteur à l’exotisme : le palais indochinois, le palais de l’Algérie, les « villages nègres » et surtout le village annamite où une promenade en pousse-pousse s’impose, « offerte aux enfants » précise Le Salut public.
Les manifestations connexes ne sont pas moins prisées : le Concours de tir, le Concours international de musique, les fêtes nautiques… Pour présenter tout cela un Bulletin officiel de l’Exposition de Lyon, universelle, internationale et coloniale est même édité pendant un an.

 

XVII / Place au progrès
La technique à l’aide de la vie quotidienne

 

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L’éclairage public au gaz, qui fait son apparition à Lyon en février 1834 par de timides essais entrepris rue Saint-Dominique (aujourd’hui rue Emile-Zola), change la physionomie d’une ville jusqu’alors livrée à l’éclairage hypothétique et tremblotant des lanternes à huile. L’essayer, c’est l’adopter : en 1852, avec ses 17.000 lampadaires dispersés dans la cité, la Compagnie du gaz, sis dans le quartier Perrache, est devenue l’une des premières d’Europe.
C’est encore elle qui saute le pas, un soir du printemps 1887, quand elle livre la place des Célestins à l’éclairage électrique. Risques d’incendies obligent : les théâtres du centre ville vont en bénéficier les premiers, puis les particuliers, enfin les trolleybus.
En 1894, la Fée Electricité triomphe à l’Exposition : « Dès l’entrée du parc de la Tête d’Or, l’œil est ébloui par la clarté qui règne dans toutes les allées qui avoisinent la Coupole. Des candélabres… supportant des lampes à arc, répandent en effet, dans les jardins, une lumière comparable à celle du jour » note Le Progrès illustré.
Si l’électricité conquiert vite les transports en commun, ceux-ci ont d’abord connu la révolution de la vapeur. Dès 1829, celle-ci a permis au Pionnier de remonter des marchandises sur le Rhône, depuis Beaucaire, en huit jours seulement. Du jamais vu ! En 1865, elle permet aux « bâteaux-mouches » et à leurs passagers de remonter la Saône de La Mulatière à l’Ile Barbe. Consécration suprême : deux ans plus tard, Paris les importe sur la Seine… où ils officient toujours.
Bien vite, de nombreuses compagnies fluviales proposent aux touristes leurs croisières sur le Rhône, de Lyon jusqu’à Avignon.
En revanche, le transport fluvial ne résiste pas à la concurrence du transport terrestre concentré entre les mains de la puissante Compagnie des Omnibus et Tramways de Lyon (les fameux O.T.L. ancêtres des actuels T.C.L.), qui inaugure en octobre 1880 sa première ligne, Bellecour-Pont d’Ecully, avec des voitures à chevaux et des arrêts à la demande. En 1901, apparaît le premier tramway électrique ou trolleybus.
Pour mieux gravir ses collines, la ville adopte les funiculaires (toujours) appelés à Lyon « ficelles ». Inauguré dès juin 1862, celui qui relie la rue Terme au plateau de la Croix-Rousse, est le premier du genre en France. D’autres vont suivre, sur la colline de Fourvière, dont un spécialisé dans le transport des défunts, jusqu’au cimetière de Loyasse.
Pour sa part, le chemin de fer arrive très tôt dans la ville, via la ligne Saint-Etienne-Givors-Lyon achevée en 1832. Une affaire qui passionne la presse lyonnaise. « Décidément, nous pouvons espérer d’aller un jour à Paris en peu d’heures et à peu de frais », se réjouit Le Courrier de Lyon.
Ce n’est pourtant qu’un début.
En juillet 1854, la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon fait arriver sa ligne en gare de Vaise, prouesse saluée par la presse lyonnaise. La même année, la Compagnie Lyon-Méditerranée atteint la Guillotière. Reste à joindre les deux lignes : ce sera finalement en gare de Perrache, l’année suivante, juste avant que les deux sociétés ne fusionnent au sein de la Compagnie P.L.M., ancêtre de la S.N.C.F.
A l’Est, les choses sont plus simples. La ligne de Genève arrive en 1858 à la première gare des Brotteaux, remplacée en 1908 par la seconde désaffectée mais toujours debout.
Point commun à toutes ces lignes : le Guide Chaix qui répertorie les horaires divers et variés et devient indispensable à tout voyageur qui se respecte.
L’automobile, quant à elle, fait une entrée pétaradante et remarquée, dans les dernières années du siècle.
Cent ans auparavant, la voiture hippomobile posait, déjà, des problèmes de stationnement. La voiture automobile y ajoute la vitesse, contre laquelle le maire Gailleton doit prendre un arrêté de réglementation en mars 1900 : dix kilomètres à l’heure maximum !
Comme le montre ironiquement l’incontournable Comédie politique, sous le titre « Civilisation ! » : il n’est pas facile d’être piéton à Lyon.

 

XVIII / Joutes, boules, courses…
Le sport prend sa place

 

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Par tradition, les sports nautiques occupent une place de choix dans la ville aux deux cours d’eau. L’origine des joutes remonte au Moyen- Age, fêtes votives, anniversaires royaux et visites princières en donnant maintes occasions. Le XIXe siècle perpétue la tradition : en juillet 1814, la duchesse d’Orléans est ainsi accueillie. En 1842, l’une des premières photographies prises à Lyon a les joutes pour sujet.
Les Lyonnais aiment aussi nager. En eau vive, puis, décence oblige, dans des bassins, des « bêches », amarrées sur les quais du Rhône. Après 1908, ils se rendent aux Bains Pomerol où le bassin peut être couvert par un plancher en bois destiné… au patin à roulettes, qualifié de « skating ». Avec professeurs distingués, comme le montre L’Illustré du Sud-Est dont le reporter, revenant, séduit, de l’inauguration, confie à ses lecteurs : « comme spectacle, ce fut délicieux et, comme réception, ce fut charmant. »
A Lyon, les courses gagnent leurs lettres de noblesse en 1867, avec l’inauguration du Grand Camp, hippodrome qui devient vite un lieu à la mode. Le Tout-Lyon lui consacre ses colonnes et, dans Le Progrès illustré, Girrane, se plait à en dessiner les saynètes. Commentaires à l’appui : « Sur la pelouse ; Sieste et soulagement ; Les lorgneuses qui ne lorgnent pas que des chevaux… »
Loin du derby, de manière plus plébéienne, la boule est une vieille tradition pour la ville. Ici, de génération en génération, on joue « à la lyonnaise », avec des boules en bois cloutées. Là aussi, les journaux sont de la partie : en juin 1894, Lyon Républicain organise même un Grand concours de boules qui réunit 1.200 joueurs, cours du Midi (actuel cours de Verdun). Le Progrès de Lyon riposte avec le sien, qui se tient place Bellecour, en avril 1900, lors des fêtes de Pâques et va se perpétuer des lustres durant.
Tout comme la lutte et la boxe, la gymnastique a ses adeptes dans une ville où fut créée en 1842 la Société lyonnaise de Gymnastique. La première en France. En 1894, l’Union des sociétés de gymnastique de France, organise sa XXe fête fédérale à Lyon.
De même les Lyonnais pratiquent volontiers le tir dont ils reçoivent maints concours, occasions de belles médailles à remporter.
En 1895 est fondé le Football Club de Lyon, l’année suivante le Club sportif Lyonnais, en 1899 l’Athletic Club Lyonnais, la même année le Racing Club de Lyon qui deviendra le prestigieux Lyon olympique universitaire. Le L.O.U.
L’année précédente, dans le cadre de l’Exposition, l’inauguration d’un vélodrome au parc de la Tête d’Or a consacré l’anoblissement de la « Petite Reine ». En juillet 1896, Le Progrès de Lyon organise sa propre course. Le vélocipède plait et les sociétés se créent : Le Vélo Sport dès 1872, l’Auto Cyclophile, le Vélo Club Lyonnais…
Mieux, en juillet 1904, la ville sert d’arrivée à la première étape, Paris-Lyon, du tout nouveau Tour de France. Elle est gagnée par Maurice Garin, lequel a moins de chance l’année suivante, toujours à Lyon, lors de la deuxième édition : les quatre premiers sont disqualifiés, parmi lesquels Garin, accusé « de s’être fait tirer à certains moments par une motocyclette » précise Le Salut public.
Le sport automobile attire lui aussi les foules en juillet 1914, lors du Grand prix de l’Automobile Club de France, organisé dans l’Ouest lyonnais. La presse se mobilise, mais reste fair-play devant les résultats : trois voitures allemandes Mercedes monopolisent les premières places.
Seul Le Nouvelliste se lamente : « Cette magnifique, cette inoubliable journée s’est malheureusement terminée par une victoire allemande ».

 

XIX / A la gloire de la cité moderne
Exposition internationale et urbaine

 

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« C’est bien la cité moderne que Lyon a voulu symboliser dans son exposition » écrit le commissaire général Jules Courmont, dans l’introduction du Guide général de l’Exposition de 1914.
Lyon aura à nouveau son Exposition, tout aussi internationale et coloniale que la précédente. Simplement le lieu a changé : ce sera cette fois le sud de la ville, sur la rive gauche du Rhône, dans le nouveau quartier de la Mouche où Tony Garnier, l’architecte favori du maire Edouard Herriot, vient d’élever un immense complexe associant un marché aux bestiaux et des abattoirs.
Véritable prouesse technique avec ses 220 mètres de long, ses 22 mètres de haut et ses 17.600 m2, le grand hall, futur marché aux bovins, sera le clou de la manifestation, entouré par soixante pavillons.
Retardée par des grèves et des inondations, l’inauguration à finalement lieu le 22 mai, au milieu des gravats et sous les parapluies. « Le temps se prête mal à la visite, la pluie a détrempé le sol », avoue le reporter du Salut Public, signalant simplement que, dans le grand hall, « une grande partie des machines qui doivent l’occuper sont déjà en place. »
Dix jours plus tard, les journalistes reviennent lors d’une visite du président de la République, Raymond Poincaré. Rapidement, tout Lyon se précipite à l’Exposition, ouverte dès 7 heures du matin. Elle bénéficie d’un tramway intérieur et d’un service de pousse-pousse, fort goûté du public.
On admire les automobiles Peugeot comme les lampes Fotos « de fabrication exclusivement française », les corsets et les sangles Bernard, comme le stand des Eaux de Vichy. On investit le pavillon de la Manufacture des Gobelins, on musarde dans le jardin à l’anglaise de la section horticole. On accourt au village alpin ou dans les souks tunisiens…
Le visiteur peut disposer d’un Guide général de l’Exposition, lire Lyon-Exposition, le journal de la manifestation et remporter nombre de cartes postales en matière de souvenir.

 

 



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