Trésors !

bibliothèque Part-Dieu
20 mai - 23 août 2014

Thématiques et œuvres


Ici et ailleurs

Acquisitions, dons généreux, dépôt… les pièces exposées ICI sont venues enrichir les collections assemblées entre Saône et Rhône au cours des quinze derniers siècles de la longue histoire de Lyon. En différentes langues, elles racontent les idées et passions ayant motivé leur conservation, mais aussi la fascination exercée par l'AILLEURS, les voyages lointains et l'Orient mystérieux.


Certains de ces documents, venus du « bout du monde » au gré des échanges intellectuels et commerciaux, portent les marques d'itinéraires parfois périlleux, bravant censure et destructions. Ils sont le reflet d'influences croisées au point de rencontre des civilisations. Leur contenu, aux confins des religions et des grands courants de pensée, témoigne de l'humanisme renaissant comme des terribles conflits des siècles passés.


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Collection jésuite des Fontaines

En 1999, la Compagnie de Jésus a déposé à la BmL, grâce à l’action de la Ville et des établissements d’enseignement supérieur (Lyon 2, Lyon 3, l’Ens de Lyon et l’Université catholique), sa remarquable bibliothèque, auparavant conservée sur le domaine des Fontaines, près de Chantilly : 300 000 volumes publiés entre 1455 et 1999 (dont 37 000 titres antérieurs à 1800 et 200 incunables), une très belle collection iconographique, 800 manuscrits…


Rassemblée par la Compagnie à partir de sa reconstitution en 1814, la collection est très riche en sciences religieuses et spiritualité : textes sacrés de toutes religions, Bibles et Pères de l’église, catéchismes, histoire de l’église, mais aussi franc-maçonnerie et pratiques spirituelles hétérodoxes. Elle traduit également leur attention à l’ensemble des sciences humaines et sociales : histoire, géographie, langues anciennes et vivantes, et propose des fonds remarquables de littérature et d’histoire de l’art. Les pays étrangers sont très présents : fonds chinois (complémentaire de celui de la Bibliothèque), indien, ouvrages sur l’Afrique et le Maghreb, l’Amérique du Sud...


Le lecteur trouvera pour chaque sujet des éditions anciennes comme des publications scientifiques contemporaines. Ce fonds est toujours vivant : dans le prolongement de la Collection des Fontaines, la BmL acquiert des ouvrages scientifiques autour du fait religieux.


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Pañcatantra [manuscrit en écriture grantha sur ôle]

Pañcatantra [manuscrit en écriture grantha sur ôle]

Pañcatantra [manuscrit en écriture grantha sur ôle]
Inde, Tamil Nadu ?, XVIIIe siècle ?
SJ AR 2/318
© collection Bibliothèque municipale de Lyon

Pañcatantra [manuscrit en écriture grantha sur ôle]

Pañcatantra [manuscrit en écriture grantha sur ôle]
Inde, Tamil Nadu ?, XVIIIe siècle ?
SJ AR 2/318
© collection Bibliothèque municipale de Lyon

Ce manuscrit a été identifié au XIXe siècle comme une version tamoul du Pañcatantra. Il est rédigé en écriture grantha, qui peut également être utilisée pour le sanskrit.


Recueil en cinq parties, d’où son nom, de fables anthropomorphes visant à l’éducation du prince, le Pañcatantra est un des textes les plus diffusés au monde : il en existerait 200 versions, en soixante langues. Du sanskrit, il a été traduit, parfois très librement, dans toutes les langues du sous-continent. Les traductions persanes (VIe siècle) puis arabes (VIIe siècle) le diffusent largement, sous le nom de Livre de Kalila et Dimna (du nom des deux chacals mis en scène dans la première fable). Traduites en grec (XIe siècle), en hébreu (XIIe siècle), et surtout en castillan (XIIIe siècle), puis en latin (XIIIe siècle), ces fables prennent pleinement place dans l’imaginaire occidental. À partir de la traduction de Gilbert Gaulmyn (1644), la France les connait sous le nom de Fables de Pilpay, dont La Fontaine s’inspire et auxquelles il rend hommage au même rang qu’à Ésope.


Les versions indiennes n’atteignent la France qu’au XVIIIe siècle. Après la traduction d’une version turque par Antoine Galland et Cardonne en 1724-1778, Maridas Poullé, Indien de Pondichéry converti au catholicisme, donne dans les années 1780 la première traduction française de la version tamoule. Déposée à la Bibliothèque du roi, elle rencontre moins d’échos que la version abrégée des versions en tamoul, télougou et kannada dues à l’abbé Dubois en 1825. En 1871, Edmond Lancereau donne une traduction à partir du sanskrit, puis, en 1878, M.J. Baulez, missionnaire de la congrégation des Missions étrangères, fait paraître à Bangalore une nouvelle traduction française du texte tamoul.


Le texte est rédigé sur des ôles (du tamoul öllei : feuilles) de palmier qui constituent le support traditionnel des manuscrits indiens. Aérées, bouillies puis séchées, les feuilles de palmiers sont ensuite coupées aux dimensions choisies, pressées par paquets de cinq cents puis cuites et apprêtées. Réunies en liasses, elles sont percées d’un ou deux trous par un fer brûlant. Le scribe utilise la liasse dans le sens de la longueur ; il y grave le texte au stylet métallique, puis révèle l’écriture à l’encre ou au noir de fumée. Protégé par deux ais de bois, le manuscrit est ensuite maintenu par des cordelettes de soie ou de coton passées dans les trous.


La présence de ce manuscrit est révélatrice des liens des jésuites français avec l’Inde, et en particulier avec la province du Madurée (actuel état du Tamil Nadu), fondée en 1606 et dépendant de 1814 à 1952 des jésuites français. Les jésuites accordent une grande attention aux religions et aux langues indiennes, et en particulier au tamoul. Le riche fonds d’imprimés indiens de la Collection des Fontaines, déposée à la BmL en 1999, témoigne de cet intérêt.


« Si par caprice tel ou tel désirait une métamorphose en arbre, […] il pourrait choisir le palmier talipot […]. Pour se rattraper de n'avoir rien fait d'autre qu'attendre pendant des décennies le temps de sa floraison, il est sublime, généreux, immense, grandiose, extravagant. Puis épuisé, il meurt. »
Michel Onfray, Le désir d'être un volcan.


Aller plus loin

- La Collection jésuite des Fontaines

- Base Provenance : Maison Saint-Louis (Jersey, GB)

- Les manuscrits sur ôles, ou feuilles de latanier, dans une exposition virtuelle de la BnF, L’aventure du livre

- Palmier tallipot

- Feuille de palmier tallipot


Torah [manuscrit en hébreu]

Torah [manuscrit en hébreu]

Torah [manuscrit en hébreu]
Allemagne ?, XVIIe siècle ?
SJ AR 1
© collection Bibliothèque municipale de Lyon


Torah [manuscrit en hébreu]

Torah [manuscrit en hébreu]
Allemagne ?, XVIIe siècle ?
SJ AR 1
© collection Bibliothèque municipale de Lyon

Le rouleau manuscrit de la Torah est ici présenté au passage entre les livres de l'Exode (en hébreu Chémot) et du Lévitique (Vayiqra) .


Fabriqué selon des règles rituelles extrêmement précises, de l’apprêt du parchemin à l’écriture du texte, ce rouleau est endommagé (un des supports en bois est cassé) ; il est désormais impropre à la lecture en synagogue lors du Shabbat et des fêtes juives.


D’après une mention figurant sur le rouleau, il aurait servi auparavant dans diverses synagogues d'Allemagne et de France durant plusieurs générations aux XVIIIe et XIXe siècles, avant d’être donné à la Compagnie de Jésus en 1847 et d'être conservé dans les bibliothèques de l'école sainte Geneviève, puis de Jersey, et enfin de Chantilly.


« Car en six jours, le SEIGNEUR a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent. »
Exode (20,14). Traduction Œcuménique de la Bible.


Aller plus loin

- La Collection jésuite des Fontaines

- Base Provenance : Maison Saint-Louis (Jersey, GB)

- Base Provenance : École Sainte-Geneviève (Paris)

- Une question du Guichet Du Savoir sur les textes du judaïsme


Bible, Al-Kutub al-maqdasîyatu bi-llisâni al-`arabî... (Les Livres saints en langue arabe…) [manuscrit en arabe]

Bible, Al-Kutub al-maqdasîyatu bi-llisâni al-`arabî... (Les Livres saints en langue arabe…)

Bible, Al-Kutub al-maqdasîyatu bi-llisâni al-`arabî... (Les Livres saints en langue arabe…) [manuscrit en arabe]
Damas ?, 1724
SJ AR 1/119 à 121
© collection Bibliothèque municipale de Lyon


Bible, Al-Kutub al-maqdasîyatu bi-llisâni al-`arabî... (Les Livres saints en langue arabe…)

Bible, Al-Kutub al-maqdasîyatu bi-llisâni al-`arabî... (Les Livres saints en langue arabe…) [manuscrit en arabe]
Damas ?, 1724
SJ AR 1/119 à 121
© collection Bibliothèque municipale de Lyon

Dans le souci d’unité normative qui caractérise la Contre-Réforme, Urbain VIII (1568-1644) souhaite que les chrétiens d’Orient puissent disposer d’une traduction arabe de la Vulgate, c’est-à-dire de la traduction latine due principalement à saint Jérôme qui, depuis le Concile de Trente (1545-1563), est considérée comme la seule traduction valide.


Cette première traduction intégrale est confiée à Filippo Guadagnoli et à l’archevêque de Damas Sarkis-Al-Rizzi (Sergius Risius), qui vient à Rome avec des manuscrits orientaux de textes bibliques, et se fait aider notamment par l’entourage de Malatyûs Karma, à Alep. Formé au Collège Maronite de Rome, Sarkis-Al-Rizzi avait établi la première imprimerie de la région en 1610, au couvent de Qozhaya. Il supervise l’entreprise de 1625 à sa mort. Guadagnoli, minime et professeur d’arabe à la Sapience, en prend alors la tête. En 1650, une Bible latin-arabe est imprimée sur les presses de la Congregatio de propaganda fide - qui l’interdit immédiatement jugeant que l’usage des sources arabes de la Bible a entraîné un écart trop important avec la Vulgate. Amendée par Echellensis et Maracci, une deuxième version, cette fois parfaitement conforme à la Vulgate, est éditée en 1671, et précédé d’une préface relatant les étapes de son élaboration.


Le manuscrit exposé est une copie de cette traduction ; il est ouvert à la page de la Genèse. La traduction littérale du titre en français est : « Les Livres saints en langue arabe avec la copie latine imprimée par une sainte assemblée responsable de la diffusion de la foi chrétienne au service des Églises orientales » . La mention correspondant à « avec la copie latine » est raturée de fines hachures rouges, traduisant l’abandon de la partie latin au moment de la copie manuscrite.


À partir du XVIIe siècle, le livre imprimé suscite auprès des chrétiens d’Orient un engouement qui entraîne le renouveau du livre manuscrit. Le travail du copiste est moins coûteux que le recours aux imprimeurs, rares au Levant ; il permet aussi d’échapper au contrôle romain qui pèse sur les textes imprimés. Une étude plus précise serait nécessaire pour savoir si le manuscrit est conforme à l’impression de 1671, ou bien reprend des éléments de la traduction de 1650.


Gardes des contreplats en papier dominoté doré-gaufré, papier ivoire.


Très vraisemblablement copié en Syrie ou au Liban, cette bible entre dans les collections jésuites au XIXe siècle (bibliothèque de l'école Sainte-Geneviève à Paris, puis de la maison Saint-Louis à Jersey, puis des Fontaines à Chantilly), avant d'être déposée à la BmL avec la Collection des Fontaines.


« Voici Damas, voici le verre et le vin
J’aime… et l’amour est parfois assassin
Je suis le Damascène… Si vous autopsiez mon corps
En couleraient des grappes de raisin et des pommes
Et si vous m’ouvriez les veines avec votre poignard
Vous entendriez dans mon sang les cris de ceux qui nous ont quitté. »

Nizar Qabbani (1923-1998). Traduction Éric Gauthier.


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- Base Provenance : École Sainte-Geneviève (Paris)

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