Depuis sa création il a 50 ans, l’école des loisirs n’a cessé d’innover et de publier de nouveaux talents avec succès, tout en préservant son indépendance et son esprit artisanal. Le 11 rue de Sèvres vous ouvre ses portes. Découvrez l’histoire et les coulisses de cette célèbre maison d’édition.
André François était le Harry Landon des dessinateurs : lunaire, tendre et drôle. Ses affiches avaient une qualité personnelle. Elles ne vendaient pas, elles charmaient. C’est Robert Delpire qui l’a imposé, notamment avec une campagne pour le Nouvel Observateur. André François était sur tous les murs de Paris dans les années soixante. C’était un homme célèbre.
Moi je travaillais comme maquettiste dans une obscure maison d’édition scolaire : les Editions de l’Ecole. Nous publiions des livres pour l’enseignement privé, c’est-à-dire les écoles catholiques. La révolution de 1968 secoua tout. Les écoles catholiques ne voulaient plus de livres confessionnels, elles voulaient les mêmes livres que les écoles publiques. Jean Fabre, éditeur et directeur de la maison d’édition, décida que les livres des Editions de l’Ecole s’adresseraient désormais aussi aux établissements publics.
Tous les programmes avaient changé après 1968 et il fallait donc refaire tous les livres. Toutes les maisons cherchaient à capter l’esprit nouveau. Je pensais qu’une couverture réalisée par André François nous donnerait le petit coup de pouce incitant les enseignants à - au moins - ouvrir nos livres.
J’ai donc écrit à André François pour lui demander s’il accepterait de nous faire la couverture de «morceaux choisis de la littérature française» s’adressant à des classes de sixième, je crois. Jean Fabre, motivé par l’enjeu, m’autorisa à proposer la somme astronomique de 3000 francs. André François accepta. Quoiqu’il demanda un petit supplément, ce qui a failli faire capoter l’affaire. Mais l’espoir de séduire les « publics » devait peser. Bref, on a eu le papillon !
Très fiers, on a publié nos morceaux choisis avec cette couverture.
Malheureusement, elle n’a pas eu l’effet souhaité. Echec et mat !
Sauf que les Editions de l’Ecole avaient commencé à publier une toute petite collection de livres pour enfants, sous la marque l’école des loisirs. En 1968, elle ne devait pas compter plus de vingt titres au catalogue. Mais 68 enfla les voiles de la petite marque. Coup sur coup, l’école des loisirs publia Tomi Ungerer et Maurice Sendak. Cette fois-ci c’est André François qui vint me voir avec un titre qu’il avait publié en Angleterre « You are ri-di-cu-lous ! » Ce n’était pas un livre facile, mais c’était tout André. Nous l’avons publié.
Arthur Hubschmid