Lyon sur tous les fronts !

Une ville dans la grande guerre

Lyon poste frontière

Ville d’échanges et de circulations

Lyon bénéficie d’une situation géographique qui la place au cœur de multiples circulations. Elle joue, à toutes les échelles, un rôle d’interface : au niveau régional d’abord avec la Suisse, d’où arrivent les « rapatriés » en provenance des territoires occupés mais aussi la littérature pacifiste qui parvient jusqu’à Lyon souvent par l’intermédiaire de la censure.

Pendant la Première Guerre mondiale, Lyon abrite les trois catégories de « réfugiés » : les évacués sur ordre des autorités militaires ou civiles, les réfugiés ayant fui l’invasion, les rapatriés ayant subi l’occupation.

Les rapatriés des départements occupés, ayant transité par la Suisse et la Haute-Savoie. (Genève et Evian) y sont accueillis. Pour prendre en charge ces réfugiés, un service d’assistance est créé au début de l’année 1915 et installé à l’Hôtel de Ville. À Lyon fonctionne également, à partir de septembre 1914, le Bureau de recherches des réfugiés belges et français. Différentes œuvres sont créées afin de répondre aux besoins de ces populations civiles à l’image du Comité lyonnais de secours aux rapatriés.

Cette importante présence des réfugiés (Édouard Herriot estime que le nombre de réfugiés à Lyon s’éleva à 25 000), ainsi que l’implantation de nombreux services pour leur venir en aide, font bien de Lyon une plaque tournante des réfugiés de la Première Guerre mondiale.

La proximité de Lyon avec Genève, ville neutre, siège de nombreuses organisations internationales, favorise aussi l’ « échange » des idées.
Jusqu’au déclenchement de la guerre, il existe de multiples courants pacifistes, très différents et divisés. Mais, à Lyon comme dans le reste du pays, malgré quelques manifestations notamment place Bellecour, désemparés par la rapidité des évènements et les Unions sacrées, souvent mobilisés sous l’uniforme, ces courants sont réduits au silence ou à des prises de position isolées.
Sur le plan européen, les pacifistes tentent plusieurs fois de se réunir dans des pays neutres (Zimmerwald -septembre 1915- et Kienthal -avril 1916- en Suisse). Cette dernière devient un intense foyer d’agitation artistique où se mêlent Allemands et Français opposés à la guerre, pacifistes, activistes, expressionnistes, dadaïstes s’exprimant dans des revues qui tentent de passer les frontières. Romain Rolland représente la figure tutélaire mais il n’y a pas de front uni de ces intellectuels.

Très connu notamment grâce à son roman Jean-Christophe, couronné par l’Académie française en 1913, âgé de 48 ans lorsque la guerre éclate, Romain Rolland n’est donc pas mobilisable. Il reste en Suisse. Alors qu’il ne s’était jamais engagé dans le moindre combat idéologique, y compris lors de l’Affaire Dreyfus, il se retrouve incarner le pacifisme à la suite de la publication de huit articles parus dans le Journal de Genève d’août à décembre 1914 et repris en novembre 1915 dans un recueil intitulé Au-dessus de la mêlée.
Quel fut l’écho des ces publications pacifistes ? Assurément très modeste, puisque la plupart, ne purent rentrer en France ou en Allemagne.
C’est par la censure qu’elles sont parvenues dans le fonds de la bibliothèque (voir la constitution du fonds).

En effet, le contrôle de l’information revêt, en temps de guerre, une importance capitale pour les autorités civiles et militaires. Tous les belligérants y eurent recours. En France, le 2 août 1914 est créé le Bureau de la presse, qui est chargé de la coordination des efforts de la censure : trois services distincts, chacun en charge d’un support médiatique : les quotidiens nationaux et départementaux, les livres et les périodiques (hebdomadaires et revues) et les télégrammes. Les commissions de contrôle de presse complètent le dispositif dans les 21 régions militaires françaises. Enfin, le contrôle postal aux armées est mis en place progressivement à partir de 1915, avec comme fonction première la connaissance du moral des combattants.