Lyon sur tous les fronts !

Une ville dans la grande guerre

Le travail d’un maire et d’une bibliothèque

Orages de papier à Lyon

Lorsque la guerre éclate Édouard Herriot est maire de Lyon depuis 1905. Bien implanté localement, il est soucieux de faire de Lyon une grande ville dynamique, reconnue sur la scène internationale. Il est à l’origine de nombreuses initiatives pour pallier aux difficultés de la guerre : assistance et œuvre, gestion des denrées, développement des structures d’accueil pour les blessés et réfugiés.
Gestionnaire de la ville, il reste un normalien attaché aux lettres et à la culture. Il est donc un personnage incontournable dans le fonds de la guerre : il préface de nombreux témoignages et études et signe lui-même des ouvrages en forme de plaidoyer pour la gestion du quotidien en temps de guerre, l’aide aux plus démunis et la lutte économique pour la reconstruction de la France.

La délibération municipale du 19 avril 1915 institue la constitution d’un « fonds de la guerre » à la bibliothèque de Lyon. Pour remplir cette tâche, sans équivalent à cette date en France, le bibliothécaire Richard Cantinelli s’assure le concours de collaborateurs français et étrangers - universitaires, industriels, particuliers, agents consulaires et diplomatiques - capables de l’aider à acquérir et cataloguer les documents de tout ordre, paraissant dans le monde entier, sur le conflit (pays alliés, neutres ou ennemis). Pour cela, des commissions par langue sont instituées : elles rassemblent ces diverses personnalités en fonction de leur compétence linguistique afin que la diversité du fonds soit effective. La collection est progressivement alimentée par des ouvrages issus de la censure postale, par des dons et des échanges avec des bibliothèques françaises mais aussi par des achats auprès des principaux libraires. A Paris les époux Leblanc rassemblent une collection similaire à celle de Lyon, elle constitue aujourd’hui la base de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine.

A partir de 1917, un catalogue du fonds de la guerre est publié afin de faire connaître le travail réalisé. C’est plus de quinze mille documents qui sont ainsi collectés et catalogués. A partir de 1919, avec la fin du conflit et les difficultés financières, le budget pour les acquisitions est largement réduit et le fonds tombe progressivement dans l’oubli.

L’objectif initial était pourtant sans équivoque : « Cet ensemble formera plus tard un énorme dossier où seront conservés de façon durable les preuves irréfutables de notre droit et le souvenir de nos luttes et de nos sacrifices (...) Le public, les historiens à venir ne pourront se dispenser de recourir à ce fonds où se trouveront, côte à côte les témoignages les plus divers, rassemblés dans un esprit de parfaite impartialité. »