Lyon sur tous les fronts !

Une ville dans la grande guerre

Un quotidien de guerre

La société en guerre

Très rapidement la guerre marque de son empreinte les sociétés. L’extrême violence et la mortalité des premières semaines de guerre couvrent l’arrière d’un voile de deuil bien visible dans les rues des villes. Si l’histoire du soldat inconnu vivant apparaît comme une simple anecdote, elle demeure néanmoins représentative de la douleur des familles françaises.

Amnésique, ce soldat qu’on nomma Anthelme Mangin d’après l’un de ses bredouillements, fut reconnu à la gare des Brotteaux par des centaines de familles comme un mari, un fils ou un frère. En effet, on compte 250 000 poilus disparus entre 1914 et 1918. Peu à peu, à ce chagrin omniprésent s’ajoutent d’autres peines et privations, notamment pour l’alimentation et le chauffage dont les prix augmentent et nécessitent la mise en place du rationnement.

Outre la création d’une monnaie de nécessité, les carnets de pain se diffusent et les arrêtés municipaux réglementent les consommations d’énergie et alimentaires les plus élémentaires des ménages lyonnais, à savoir, entre autres l’éclairage, le charbon et les produits laitiers. Les affiches patriotiques se diffusent en ville pour encourager l’arrière à accepter les privations : « Nous saurons nous en priver » peut-on lire sur l’une d’elles où des enfants sont représentés devant une confiserie. Pour distraire les blessés, des concerts et des conférences sont organisés, souvent au profit des œuvres de guerre.

Alors que les hommes se battent sur le front, à l’arrière la vie des femmes et des enfants est bouleversée. Les premières, par exemple, embrassent des métiers – souvent épuisants – qui étaient autrefois réservés aux hommes. Des grèves, échos des mutineries du front, éclatent à Lyon comme dans de nombreuses villes afin d’obtenir des meilleurs conditions de travail. La Bourse du travail apparaît alors comme le lieu privilégié des réunions de syndicats. Quant aux enfants, à l’école et dans le jeu, la guerre fait son apparition et devient omniprésente : partout la propagande dénigre les « Boches » et glorifie les Alliés, même sur les papiers de bonbon.

Ainsi, les loisirs, qui pourraient, le temps d’un moment de détente, permettre d’échapper au conflit, sont bien souvent mis au service de la patrie : la propagande parcourt les livres pour enfants comme Bib et Bob et la guerre et L’histoire d’un brave petit soldat. Dans ce dernier ouvrage, le jeune soldat, après avoir été médaillé pour avoir tué des Allemands, meurt touché par une balle à la tête avec gloire. La propagande envahit donc l’ensemble de la société jusqu’au monde de l’enfance.

À Lyon, même si Guignol et Gnafron ne perdent pas tout à fait leur gouaille de Gones à l’encontre des puissants, ceux-ci se tournent encore plus volontiers contre les « Boches » abhorrés. Vêtu de l’uniforme bleu horizon et portant un casque Adrian et un fusil Lebel, Guignol lui-même apparaît en jeune combattant afin d’exhorter les jeunes à partir au front. Les femmes s’identifient quant à elles davantage à Madelon qui travaille à la fabrication d’obus dans une usine de guerre. Les différentes publications et objets de la vie quotidienne comme les cartes postales ou même les jouets pour enfants suivent ce même élan patriotique et servent la propagande : la culture, elle aussi, fait la guerre.