Le ménage des champs :

du savoir agricole antique aux livres d’agriculture de la Renaissance

Mettre en livre les connaissances botaniques : l’exemple du blé

par Thomas Lorson, Pascal Luccioni et Magdeleine Nivault

La Renaissance voit fleurir les ouvrages illustrés pouvant servir à connaître et reconnaître les plantes. Ces livres, d’abord dans la continuité des manuscrits médiévaux, cherchent bientôt à retrouver et à s’approprier les connaissances de l’Antiquité et remettent à l’honneur l’idée des savants grecs, selon qui rien ne vaut l’autopsie, c’est-à-dire le fait d’avoir vu les plantes soi-même. Après une première exploration de la botanique médicale antique au XVe siècle, en Italie notamment, c’est l’Europe du Nord qui prend le relais : les ouvrages de Brunfels, puis de Fuchs, font date dans l’histoire de l’illustration botanique, et auront une riche postérité. La Réforme, à laquelle adhèrent plusieurs de nos auteurs, contribue au choix des langues vernaculaires, en face du latin : si Dodoens publie l’Historia frumentorum en latin, il avait aussi publié le Cruyde-boeck (« livre d’herbes », 1554) en flamand. En revanche, si les Commentarii de Matthioli deviennent si célèbres, ce n’est pas dû à la diffusion confidentielle de l’édition italienne (1544), mais bien à sa traduction latine de 1554, suivie par diverses éditions dans d’autres langues de l’Europe.

1.

Fig. 1a. Grant herbier en françoys contenant les qualitez vertus et proprietez des herbes arbres gommes et semences, Paris, 1521, page de titre. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 106136. {JPEG}

Fig. 1a.

Fig. 1b. Grant herbier en françoys contenant les qualitez vertus et proprietez des herbes arbres gommes et semences, Paris, 1521, f. 79v-80r. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 106136. {JPEG}

Fig. 1b.

Fig. 1c. Grant herbier en françoys contenant les qualitez vertus et proprietez des herbes arbres gommes et semences, Paris, 1521, colophon. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 106136. {JPEG}

Fig. 1c.

Fig. 1a, 1b et 1c. Grant herbier en françoys contenant les qualitez vertus et proprietez des herbes arbres gommes et semences, Paris, 1521, page de titre, f. 79v-80r (double page) et colophon.
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 106136 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books

L’imprimeur Jacques Nyverd publie en 1521 ce Grant herbier, compilation anonyme de traités botaniques et d’herbiers médiévaux comme le Circa instans de Platearius (XIIe siècle). Des gravures sommaires, encadrées d’un épais trait noir, illustrent la plupart des articles, classés par ordre alphabétique. La page de titre est caractérisée par l’alternance d’encres rouge et noire. On peut y lire la devise de Nyverd : « Soli Deo honor et gloria » (honneur et gloire à Dieu seul), note religieuse à laquelle fait écho un « Deo gratias » à la fin du texte. La dorure des tranches, la simplicité des gravures, le colophon qui mentionne la date d’impression, la disposition en deux colonnes bien délimitées par une réglure rouge, les caractères gothiques, les quelques mentions religieuses rappellent les caractéristiques des manuscrits médiévaux.


2.

Fig. 2a. Otto Brunfels (1488-1534), Herbarium, Strasbourg, 1536, tome III, p. 201. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 150453. {JPEG}

Fig. 2a.

Fig. 2b. Otto Brunfels (1488-1534), Herbarium, Strasbourg, 1536, tome III, p. 202-203. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 150453. {JPEG}

Fig. 2b.

Fig. 2a et 2b. Otto Brunfels (1488-1534), Herbarium, Strasbourg, 1536, tome III, p. 201 (illustration « triticum ») et p. 202-203 (chapitre « De tritico » ; double page).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 150453 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books

Cet “Herbier” élaboré par Otto Brunfels propose un classement thématique des plantes. Le titre initial du premier des trois volumes, paru en 1530, Herbarum vivae eicones, en dit bien le projet : il s’agit de montrer les plantes « sur le vif ». Le blé est le premier d’une série de chapitres consacrés aux céréales. Une illustration en pleine page (gravure sur bois) précède l’article, et mentionne le nom allemand (« teutonice ») de la plante, en caractères gothiques qui contrastent avec la police romaine utilisée pour le texte latin.


3.

Fig. 3a. Leonhart Fuchs (1501-1566), L'Histoire des plantes, Lyon, 1558, portrait de l'auteur et page de titre. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 488477. {JPEG}

Fig. 3a.

Fig. 3b. Leonhart Fuchs (1501-1566), L'Histoire des plantes, Lyon, 1558, p. 443. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 488477. {JPEG}

Fig. 3b.

Fig. 3a et 3b. Leonhart Fuchs (1501-1566), L’Histoire des plantes, Lyon, 1558, portrait de l’auteur et page de titre (double page) et p. 443 (« Du Bled, ou Froment. Chap. CCLI. »).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 488477 ; exemplaire consultable en ligne dans numelyo

Face à la page de titre de cette traduction du De historia stirpium (Bâle, 1542), Fuchs est représenté sur le même modèle que Dioscoride. Un si grand soin est apporté à la finesse des illustrations qu’un poème liminaire dit que « c’est un Jardin embelly de verdure ». Les chapitres sont classés par ordre alphabétique, selon le nom grec de la plante. Le chapitre « Du Bled, ou Froment » décrit trois variétés de blé, dont deux sont précisément représentées en gravure.


4.

Fig. 4. Antoine du Pinet de Noroy (1510-1584), Historia plantarum, Lyon, 1561, p. 124 (« Triticum »). Bibliothèque municipale de Lyon, 811248 {JPEG}

Fig. 4.

Fig. 4. Antoine du Pinet de Noroy (1510-1584), Historia plantarum, Lyon, 1561, p. 124 (« Triticum »).
Bibliothèque municipale de Lyon, 811248 ; exemplaire consultable en ligne dans numelyo

Ce livre de tout petit format, avec une couverture rudimentaire en parchemin, est facile à transporter sur le terrain. La plus grande partie de la page est occupée par une illustration qui permet d’identifier la plante dans la nature. Autour, quelques indications sont issues des livres de Matthioli ou de Fuchs : le lieu où pousse la plante, ses principales vertus, ses noms les plus courants.


5.

Fig. 5a. Rembert Dodoens (1517-1585), Historia frumentorum, leguminum, palustrium et aquatilium herbarum, Anvers, 1569, p. 20-21. Bibliothèque municipale de Lyon, 305860. {JPEG}

Fig. 5a.

Fig. 5b. Rembert Dodoens (1517-1585), Historia frumentorum, leguminum, palustrium et aquatilium herbarum, Anvers, 1569, p. 24-25. Bibliothèque municipale de Lyon, 305860. {JPEG}

Fig. 5b.

Fig. 5c. Rembert Dodoens (1517-1585), Historia frumentorum, leguminum, palustrium et aquatilium herbarum, Anvers, 1569, p. 34-35. Bibliothèque municipale de Lyon, 305860. {JPEG}

Fig. 5c.

Fig. 5a, 5b et 5c. Rembert Dodoens (1517-1585), Historia frumentorum, leguminum, palustrium et aquatilium herbarum, Anvers, 1569, p. 20-21, p. 24-25, p. 34-35.
Bibliothèque municipale de Lyon, 305860 ; exemplaire consultable en ligne dans numelyo

Ce petit livre traite en latin des plantes de culture, des graminées et légumineuses, et de quelques plantes aquatiques. Un index latin et un index grec indiquent qu’il s’agit d’un livre à destination des érudits. Notons que le blé occupe la première place, dans le titre mais aussi dans le livre, inaugurant une série sur différentes céréales : plusieurs variétés de blé sont présentées et illustrées par une gravure en pleine page. Dodoens, médecin flamand, devint par la suite médecin de l’empereur d’Autriche Rodolphe II, avant de revenir en Flandres.


6.

Fig. 6. Commentaires de M. P. André Matthiolus sur les six livres de Pedacius Dioscoride, Lyon, 1572, p. 272-273. Bibliothèque municipale de Lyon, 21715 {JPEG}

Fig. 6.

Fig. 6. Commentaires de M. P. André Matthiolus sur les six livres de Pedacius Dioscoride, Lyon, 1572, p. 272-273.
Bibliothèque municipale de Lyon, 21715 ; exemplaire consultable en ligne dans numelyo

Cet imposant in-folio comporte des tables de correspondances exhaustives, des articles massifs et des références antiques abondantes en manchettes. La présence de nombreuses illustrations finement insérées dans le texte, mises en couleur à la main sur cet exemplaire, indique qu’il s’agit d’une édition riche et savante. L’article « Du fourment » comporte trois grandes gravures précises (les trois « fourments » sont, dans l’ordre, un blé, un maïs et un sarrasin) et des informations complètes.