Le ménage des champs :

du savoir agricole antique aux livres d’agriculture de la Renaissance

Comment lit-on les livres d’agriculture ?

par Claire Varin d’Ainvelle et Michel Jourde

La lecture d’un ouvrage, notamment lorsqu’il est voué à transmettre un savoir, suppose une appropriation du texte, qui se manifeste souvent par la pratique de l’annotation manuscrite. Précieuses pour les historiens d’aujourd’hui, ces marques d’usage ont longtemps été plutôt une cause de non-conservation des livres. Par ailleurs, leur présence dans les exemplaires n’étant pas corrélée à la présence d’un ex-libris, ces annotations restent le plus souvent anonymes et non datées, en dehors des quelques exemplaires de travail utilisés par un savant pour préparer une édition ou réviser une traduction.

1. Signaler

Fig. 1a. Olivier de Serres, Theatre d'agriculture, 1603, p. 349 (soulignements sur le colombier). Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 492095. {JPEG}

Fig. 1a.

Fig. 1b. Olivier de Serres, Theatre d'agriculture, 1603, p. 443 (soulignements sur les vers à soie). Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 492095. {JPEG}

Fig. 1b.

Fig. 1c. Opera agricolationum, Venise, 1514, f. 78v-79r (double page, avec accolades). Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 492953 {JPEG}

Fig. 1c.

Fig. 1d. Crescenzi, Ruralia commoda, 1490, sig. m4v-m5r (double page, avec manicules). Bibliothèque municipale de Lyon, Rés inc 1004 {JPEG}

Fig. 1d.

Fig. 1e. Libri de re rustica, Gryphius, 1535, t. 1, p. 227 (trèfle). Bibliothèque municipale de Lyon, 349582. {JPEG}

Fig. 1e.

Fig. 1a et 1b. Olivier de Serres, Theatre d’agriculture, 1603, p. 349 et p. 443 (soulignements sur le colombier et les vers à soie – les seuls de l’exemplaire).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 492095 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books
Fig. 1c. Opera agricolationum, Venise, 1514, f. 78v-79r (double page, avec accolades).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés A 492953 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books
Fig. 1d. Crescenzi, Ruralia commoda, 1490, sig. m4v-m5r (double page, avec manicules).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés inc 1004 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books
Fig. 1e. Libri de re rustica, Gryphius, 1535, t. 1, p. 227 (trèfle).
Bibliothèque municipale de Lyon, 349582 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books : tome 1 ; tome 2 ; tome 3

Les marques manuscrites servent d’abord à signaler un moment de la lecture particulièrement intéressant, afin que le lecteur ou d’autres lecteurs retrouvent plus facilement le passage ainsi repéré. La forme de signalement la plus élémentaire consiste en un soulignement ou un trait de plume en marge, qui peut se transformer en « accolades » (ou « festons »), prendre la forme graphique d’une main tendant l’index vers le passage à signaler (« manicule ») ou former un « trèfle » (ou « moucheture »), ensemble de trois points et d’un trait. Le plus souvent, dans ces livres d’agriculture, ces marques sont discontinues, concentrées sur telle ou telle partie du livre, témoignant d’une lecture sélective des livres.


2. Compléter

Fig. 2a. Libri de re rustica, Lyon, Gryphius, 1535, t. 2, p. 20. Bibliothèque municipale de Lyon, 349582. {JPEG}

Fig. 2a.

Fig. 2b. Columelle, Les Douze livres…, 1555, page de garde. Bibliothèque municipale de Lyon, 319438. {JPEG}

Fig. 2b.

Fig. 2c. Columelle, Les Douze livres…, 1555, p. 213. Bibliothèque municipale de Lyon, 319438. {JPEG}

Fig. 2c.

Fig. 2d. Libri de rustica, Gryphius, 1533, p. 39 (annotations sur le texte de Varron). Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 107333 {JPEG}

Fig. 2d.

Fig. 2a. Libri de re rustica, Lyon, Gryphius, 1535, t. 2, p. 20 (étoile et note sur le texte de Columelle, avec renvoi vers deux passages de Palladius).
Bibliothèque municipale de Lyon, 349582 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books : tome 1 ; tome 2 ; tome 3
Fig. 2b et 2c. Columelle, Les Douze livres…, 1555, page de garde et p. 213 (ajouts manuscrits sur les mesures de surface).
Bibliothèque municipale de Lyon, 319438 ; exemplaire consultable en ligne dans numelyo
Fig. 2d. Libri de rustica, Gryphius, 1533, p. 39 (annotations sur le texte de Varron).
Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 107333 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books

La marque manuscrite peut devenir une annotation à proprement parler, qui ajoute un contenu textuel à celui que présente le livre. Ces annotations peuvent d’abord servir à compléter les instruments typographiques de la lecture : manchettes supplémentaires sur le modèle des manchettes imprimées, renvois internes vers d’autres passages du livre, précisions introduites dans une table des matières. Elles peuvent aussi servir à apporter une correction ou une information complémentaire, par exemple pour indiquer les équivalences entre systèmes de mesure anciens et modernes. Elles peuvent enfin constituer de véritables commentaires, plus ou moins continus, qui sont souvent la trace d’une situation d’enseignement.


3. Le livre, support d’écriture

Fig. 3a. Agostino Gallo, Les Secretz de la vraye agriculture, 1571, page de titre. Avignon Bibliothèques, 8° 1787. {JPEG}

Fig. 3a.

Fig. 3b. Agostino Gallo, Les Secretz de la vraye agriculture, 1571, page de garde fin. Avignon Bibliothèques, 8° 1787. {JPEG}

Fig. 3b.

Fig. 3a et 3b. Agostino Gallo, Les Secretz de la vraye agriculture, 1571, page de titre et garde fin (double page).
Avignon Bibliothèques, 8° 1787

Dans ses espaces vierges, le livre peut enfin devenir support d’une écriture moins dépendante du texte lu, mais qui demeure associée à lui. À la fin d’un exemplaire de la traduction française d’Agostino Gallo (1571) qu’il a acheté en 1627, un lecteur provençal nommé « Louis de Barrier avocat » insère en 1635 une « Instruction utile pour tous ceux qui se plaisent aux Jardins », sorte de pense-bête indiquant les dates où il convient de semer et planter les melons, les courges, les oignons…