Le ménage des champs :

du savoir agricole antique aux livres d’agriculture de la Renaissance

Columelle en toutes langues

par Michel Jourde

Les traductions françaises de Meigret et de Cotereau s’inscrivent dans un mouvement européen de traduction des corpus agronomiques, favorisé par la diffusion imprimée et par l’étude philologique de ces textes antiques. Ces traductions répondent aussi à une nouvelle attente des lecteurs, que ce soit dans le cadre de la vie aristocratique ou dans celui du marché du livre imprimé. À partir de la fin du XVe siècle, l’œuvre de Columelle est ainsi traduite successivement en allemand, en français, en italien et en portugais.

1.

Fig. 1a. Über die Landwirtschaft, f. 1v. Württembergische Landesbibliothek (Stuttgart), Cod. cam. et oec. 2° 1. {JPEG}

Fig. 1a.

Fig. 1b. Über die Landwirtschaft, f. 2r. Württembergische Landesbibliothek (Stuttgart), Cod. cam. et oec. 2° 1. {JPEG}

Fig. 1b.

Fig. 1a et 1b. Über die Landwirtschaft, f. 1v et f. 2r.
Württembergische Landesbibliothek (Stuttgart), Cod. cam. et oec. 2° 1

La traduction connue la plus ancienne est allemande : réalisée par Heinrich Österreicher (vers 1450-1505), abbé de Schüssenried en Haute-Souabe, elle est connue par un manuscrit offert en 1491 au comte Eberhard V de Wurtemberg et à sa femme Barbara de Gonzague, intitulé Über die Landwirtschaft, conservé aujourd’hui à Stuttgart. La traduction couvre les six premiers livres de Columelle.


2.

Fig. 2. Das Ackerwerck, Strasbourg, 1538, page de titre. Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg, R.10.010 {JPEG}

Fig. 2.

Fig. 2. Das Ackerwerck, Strasbourg, 1538, page de titre.
Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg, R.10.010 ; exemplaire consultable en ligne dans Numistral

La première traduction imprimée est également allemande : publiée à Strasbourg en 1538 et dédiée à un notable de la ville, Pierre Schere de Schwarzenburg, elle joint au traité de Columelle celui de Palladius, sous le titre général Das Ackerwerck (le « travail des champs »). La page de titre de l’in-folio détaille les différents aspects du savoir agronomique : céréales, vigne, fruits, arbres, jardin, élevage, avec des ajouts concernant la bière ou des recettes médicales et culinaires. Le traducteur, le médecin érudit Michael Herr (vers 1495-vers 1550), a publié également une traduction des Geoponica en 1545 (Der Veldtbaw, oder das Buch von der veldarbeyt), plusieurs fois rééditée. Il est aussi l’auteur d’une compilation zoologique illustrée (Beschreibung […] aller vierfüssigen thier […], Strasbourg, 1546).


3.

Fig. 3a. Columella, De l'agricoltura, Venise, 1544, page de titre. Bibliothèque municipale de Lyon, 398358 {JPEG}

Fig. 3a.

Fig. 3b. Columella, De l'agricoltura, Venise, 1559, page de titre. Bibliothèque municipale de Lyon, 398359 {JPEG}

Fig. 3b.

Fig. 3c. Columella, De l'agricoltura, Venise, 1564, page de titre. Bibliothèque municipale de Lyon, 398360 {JPEG}

Fig. 3c.

Fig. 3a. Columella, De l’agricoltura, Venise, 1544, page de titre.
Bibliothèque municipale de Lyon, 398358 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books
Fig. 3b. Columella, De l’agricoltura, Venise, 1559, page de titre.
Bibliothèque municipale de Lyon, 398359 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books
Fig. 3c. Columella, De l’agricoltura, Venise, 1564, page de titre.
Bibliothèque municipale de Lyon, 398360 ; exemplaire consultable en ligne dans Google Books

Une traduction italienne paraît en 1544 à Venise, signée par Pietro Lauro, de Modène (vers 1510-vers 1568), qui accomplit alors pour divers imprimeurs vénitiens les travaux de traduction les plus variés, allant de classiques grecs et latins aux romans espagnols contemporains. Ses traductions agronomiques incluent les Geoponica et deux opuscules lexicographiques latins de Charles Estienne. La traduction de Columelle, rééditée en 1559 et 1564 par d’autres libraires, toujours dans un format in-8° maniable, ne se présente pas comme une œuvre savante : elle prétend seulement, comme l’écrit l’imprimeur en 1544, rendre accessibles « les sources vives des préceptes de l’agriculture » afin de restaurer la « dignité » de cette dernière. Un vaste index (15 pages en 1544, resserré ensuite en 11 pages imprimées dans un corps plus petit), placé au début du livre, permet au lecteur de circuler plus commodément dans l’ouvrage.


4.

Fig. 4a. Bibliothèque nationale de France (Paris), département des manuscrits, Portugais 12, f. 177r. {JPEG}

Fig. 4a.

Fig. 4b. Bibliothèque nationale de France (Paris), département des manuscrits, Portugais 12, f. 265v. {JPEG}

Fig. 4b.

Fig. 4a et 4b. Bibliothèque nationale de France (Paris), département des manuscrits, Portugais 12, f. 177r (début) et f. 265v (début de « Declaraçaõ d’alguñas palauras deste capitolo terceyro do terceyro livro »).

Un manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France a transmis une traduction partielle de Columelle en portugais. Il s’agit d’un manuscrit autographe, non daté, de Fernando Oliveira (vers 1507-vers 1582), célèbre pour avoir publié la première grammaire portugaise en 1536. Également auteur de traités sur la navigation et le combat naval, voyageur lui-même, Oliveira devint en 1552 chapelain des rois du Portugal. Sa traduction concerne le prologue, le premier, le deuxième et le début du troisième livre de Columelle. Les accents du prologue – la nécessité de restaurer le prestige de l’activité agricole – résonnaient fortement dans le Portugal du XVIe siècle, où le développement du commerce et des voyages maritimes conduisait à délaisser l’exploitation des terres. Oliveira insère dans sa traduction quelques excursus proposant des équivalences entre les désignations latines des mesures, des monnaies ou des semences et les termes portugais en usage, confirmant ainsi la visée pratique de sa traduction.