Dans les marges
30 ans du fonds Michel Chomarat à la bibliothèque

Populaire : vies et formes culturelles oubliées

Un fort intérêt pour le populaire structure le fonds Chomarat, intérêt étroitement lié à l’existence de classes, de hiérarchies sociales et culturelles. Ce populaire désigne d’abord les « gens de peu », les individus de basse condition sociale, oubliés et anonymes aux yeux de l’histoire. À leur sujet, les bibliothèques – comme plus généralement la culture – restent souvent silencieuses. Le fonds Chomarat tente de conserver des traces de celles et ceux dont il ne reste plus rien, et en particulier de conserver leurs voix : lettres, photographies, cahiers de chansons ou cahiers d’écoliers, dessins d’enfants, etc.

Ce goût pour le populaire vise aussi des formes culturelles dévaluées, estimées de faible intérêt et peu conservées. Il en est ainsi des livres populaires, à l’image de la « bibliothèque bleue » et des almanachs, livres bon marché vendus par colportage, « lus jusqu’à tomber en poussière, et méprisés par les collectionneurs et les bibliothécaires qui ne les considéraient pas comme de la “littérature” » (Robert Darnton). Il en est de même pour l’imagerie religieuse, banale et quotidienne : images de masse vendues par colportage, peu valorisées esthétiquement, jugées comme ne relevant pas de l’art, et donc absentes à ce titre de l’histoire de l’art.

Sacré Cœur de Jésus {JPEG}

Sacré Cœur de Jésus. Lithographie, Lyon, Bernasconi aîné, 1874
Bm Lyon, Chomarat Est 25154

Alors qu’Épinal (Vosges) est bien connu comme premier centre français d’impression d’images populaires, religieuses et non-religieuses (notamment avec Pellerin), la singulière contribution de Lyon a été exhumée par Michel Chomarat. Comme la famille Bernasconi, de nombreux imprimeurs, immigrés d’origines lombardes et du Tessin, s’étaient installés dans le populaire faubourg de la Guillotière au XIXe siècle. L’histoire de l’image croise celle de l’immigration.