AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

André Combe (1928-1986)

"Certes, il est jeune, mais au moins, comme cela, il durera". Édouard Herriot ne s’est pas trompé le 6 juillet 1954 en faisant approuver par son Conseil l’embauche d’un titulaire pour cette discipline peu commune de carillonneur municipal de la Ville de Lyon. Le Maire de Lyon entend ainsi perpétuer une tradition qu’il a lui même initiée, mais aussi pourvoir un poste on ne peut plus officiel que le prétendant occupe depuis près de deux ans, faisant de lui l’un des plus jeunes carillonneurs de France.

Né à Lyon le 14 mars 1928, André Combe est issu d’une famille de musiciens - une mère pianiste, un père violoniste et un grand-père paternel... maître-carillonneur à Lyon de 1878 à 1911 - qui a tôt fait de l’orienter vers cet instrument hors normes. Jeune encore, il joue du piano, avant de prendre des cours avec Louis Chavand, alors titulaire du poste de carillonneur de la Ville de Lyon.

Dès lors, son métier va se confondre avec sa passion. A la fin des années 1940, on lui confie le carillon de Saint-Georges qui ne comprend que cinq cloches, puis celui de Saint-Irénée. Et enfin celui de l’église Saint-Paul, vieil instrument demeuré pratiquement intact, muni de onze cloches, dont le bourdon qui est un véritable chef-d’œuvre du fondeur Gédéon Morel et une cloche historique de Léonard Dupont datée de 1626. Sur cet instrument officia longtemps Joseph-Marius Moulin, titulaire du poste pendant quarante ans jusqu’à son décès sur le fameux clavier dans la nuit du 25 décembre 1931.

En 1952, André Combe prend en charge le carillon du beffroi de l’hôtel de ville conjointement à celui du Mas-Rillier (Ain) où officiait jusqu’alors son maître. A Lyon, il lui revient la tâche d’alerter la ville toute entière de la venue d’un hôte de marque, de l’inviter à pavoiser ou à se recueillir. Mais André Combe ne sonne pas les cloches. Il joue du carillon, il sacrifie chaque fois sur cet autel à la fonction éminemment diplomatique un ou deux kilos, beaucoup de sueur en raison de la température ambiante dans les combles de l’hôtel de ville... et la peau de ses mains, malgré d’illusoires protections en cuir.

Houphouët-Boigny, le roi de Norvège, Richard Nixon et tant d’autres ont été émus lors de leur passage à Lyon d’être accueillis, dès l’escalier d’honneur, sur l’air connu de leurs hymnes nationaux ou d’entendre s’égrener un refrain de leur pays. Chaque année, en de trop rares occasion apportées lors les dimanches d’été ou par certaines fêtes, notamment le temps de la Foire de Lyon, André Combe peut faire tinter les nombreuses cloches du beffroi de l’hôtel de ville. Depuis 1947, la date du 4 juillet renouvelle aussi un rendez-vous sacré : la fête de l’Independence Day que Lyon est seule en France à commémorer et pour laquelle André Combe peaufine annuellement un programme qui le rend célèbre outre Atlantique.

Ses états de services comme sa connaissance de l’art campanaire valent à André Combe d’être élu président de l’Association des carillonneurs de France. Expert près la Cour d’appel de Paris, chargé d’inventaire par le Ministère de la Culture et de la Communication, le carillonneur lyonnais se livre à une tâche de bénédictin : répertorier, inscrire et faire classer le plus grand nombre de cloches historiques afin de les protéger. En juillet 1980, par le biais de cette entreprise, il découvre ainsi le plus vieux bourdon du monde, portant la date de 1471, dissimulé par une trappe au sommet du clocher de l’église Saint-Nizier.

Après trente-trois ans à la tête du carillon municipal, André Combe meurt dramatiquement à l’hôtel de ville de Lyon, le 10 novembre 1986. Quelque jours plus tard, le jours de la Sainte Cécile, un groupe constitué par les Amis d’André Combe se déclare officiellement en association afin de sauvegarder, avec l’appui des plus hautes instances, le très riche patrimoine du carillonneur. Notamment l’abondante correspondance échangée avec ses confrères français et étrangers qui est abandonnée après décès dans l’appartement qu’il occupa à proximité de l’hôtel de ville.

Quelques œuvres d’André Combe disponibles à la BML