AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

Domenico Cavagnolo (1883-1937)

Un facteur d’accordéon venu d’Italie

Domenico Cavagnolo, né en 1883 à Vercelli, petit village italien dans le Piémont, va devenir un des plus grands facteurs d’accordéons en France.

Devenir un bon facteur d’accordéon demande beaucoup de compétences. Il faut être à la fois bon menuisier et bon accordeur. Domenico commence par apprendre le métier dans un atelier de son village, avant d’ouvrir le sien en 1905, à l’âge de 22 ans.

Il se marie à Angela et ils ont deux fils, Pietro et Ermanno. La situation économique est difficile en Italie à cette époque, Domenico est obligé de travailler très dur et de faire travailler toute sa famille avec lui. L’atelier est également leur maison, l’établi se transformant en table pour le dîner le soir venu.

Au début des années 20, un ami parti s’installer en France lui conseille de venir le rejoindre. Au sortir de la Grande-Guerre, la France a besoin de bras pour reconstruire la France, mais elle a aussi besoin d’oublier le cauchemar qu’a été 14-18. Les français veulent s’amuser, danser, rire, se changer les idées. Et l’accordéon, instrument de la bourgeoisie au 19ème, est devenu en ce début de 20ème siècle, l’instrument populaire par excellence. Il y a donc un marché à prendre.

Domenico va saisir cette opportunité et venir s’installer à Villeurbanne avec femme et enfants, mais aussi cousins et cousines, pour ouvrir son entreprise dans la banlieue lyonnaise, au départ cours Emile Zola, puis 48 rue Jean-Claude Vivant.
Ils arrivent en 1924, en même temps que de nombreuses autres familles italiennes. La crise économique et la montée du fascisme de l’autre côté des Alpes poussent les familles à émigrer en France.

Désormais, Domenico qui signait ses accordéons « Cavagnolo, Vercelli, Italia », signera « Cavagnolo, Lyon, France ». La marque devient française, et, après des débuts modestes mais un travail acharné, elle va rapidement rencontrer le succès. Peu de fabricants existent en France, et la demande est grandissante.

En 1928, Domenico, également accordéoniste chevronné et passionné de musique, fonde « l’Amicale des accordéonistes Lyonnais », pour laquelle le musicien V. Marceau, a créé la « Marche des accordéonistes lyonnais », devenue une sorte d’hymne nationale des accordéonistes. L’association s’installe à Villeurbanne à côté de l’atelier Cavagnolo, 50 rue Jean-Claude Vivant, au café Jayet où ont lieu les répétitions. Le maître de musique était Mario Brusorio. L’orchestre se produira de nombreuses fois, et notamment place Bellecour.

Les accordéons Cavagnolo vont rapidement se faire une réputation auprès de nombreux artistes de l’époque qui vont commander leurs instruments chez eux. C’est le cas de V. Marceau, comme nous l’avons vu plus haut, mais aussi de Marcel Azzola, l’accordéoniste de Jacques Brel, celui de Barbara, ou encore celui d’Edith Piaf, Marc Bonel.

Domenico meurt à l’âge de 54 ans, en 1937, et laisse derrière lui une entreprise florissante que ses fils, Pietro et Ermanno, puis ses petits-enfants, Paule, Françoise et Claude vont faire prospérer jusqu’à aujourd’hui.

L’entreprise est aujourd’hui installée à Beynost, dans l’Ain, et les Cavagnolo n’en sont plus propriétaires. Mais Claude Cavagnolo, installé à Orange, à lancer sa propre marque, les accordéons « Légende ».