AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

Max Orgeret (1904-1978)

Son père Jean-Marie Orgeret venait d’une famille de charrons, fut employé de commerce et fréquenta l’Ecole des Beaux-arts de Lyon. En 1893, il fonda une société artistique baptisée La Fauvette, qui organisait des concerts de variété. Lui-même se produisait comme caricaturiste sous le pseudonyme de Jy Aimo. En épousant Marguerite Gonet en 1897, fille d’André Gonet propriétaire du magasin de musique Gonet-Musique (instruments et partitions), il oriente cette entreprise vers l’édition de partitions de chansons populaires.

C’est dans cet univers que leur fils unique, Max, nait en 1904. En 1930, celui-ci prend les éditions Lyon-chansons en main et déplacera le magasin du passage de l’Argue au 25 rue Palais-Grillet. Jusqu’à la fin des années 1950, il développe dans une grande ampleur les activités d’éditions musicales initiées par son père. Grâce à lui, la boutique Orgeret devient un incontournable acteur de la musique populaire lyonnaise. Son abondant travail en a même fait l’égal des éditeurs parisiens. Il ne délaissera jamais la vente de partitions, mais, suivant la vogue de la musique enregistrée, ira ensuite vers la vente de disques, toujours dans la même boutique et avec le soutien précieux de sa femme Yvonne. Il meurt en 1978, mais sa librairie musicale lui survivra jusqu’en 2004, puisqu’Yvonne et leur fils cadet Jacques l’ont reprise jusque-là.

Le fonds Orgeret à la Bibliothèque municipale de Lyon

Le fonds Orgeret est partiellement inventorié et accessible sur rendez-vous.

En 2004, la boutique Orgeret ferme, victime de la diversification des modes de diffusion de la musique, qui ne fait plus la part belle à la musique imprimée. En novembre de cette année-là, la BmL acquiert pour 60 000 euros le fonds Orgeret via Jacques, le fils cadet de Max Orgeret, le dernier à avoir tenu la boutique. Il est traité par la section Documentation régionale.

Ces 300 cartons ont depuis été conditionnés dans des boîtes d’archives mais à ce jour, l’inventaire n’est pas encore achevé. Une grande partie du fonds a toutefois été traitée, on y accède sur le site de la BmL et est consultable sur demande préalable auprès de la responsable du service, Mme Anne Meyer. Il est stocké au silo 13 de la bibliothèque de la Part-Dieu, dont il occupe 3 travées.

Ce fonds est original à plus d’un titre : il retrace l’activité d’une maison d’édition et librairie musicale aux XIXe et XXe siècles, son volume est très important et ses supports variés. En effet, il a été évalué à 30 mètres linéaires, 2 cm représentant 100 chansons, soit environ 150 000 doubles feuilles (format le plus répandu) ! De nombreux artistes locaux doivent la postérité aux Orgeret. Citons le compositeur Félix Antonini, l’humoriste Benoist-Mary, le dessinateur Emmanuel Cocard, ou l’auteur de pièces de Guignol Albert Chanay, parmi bien d’autres. Bien sûr, ce fonds contient beaucoup d’œuvres non éditées par Orgeret, seulement vendus par la librairie. Il offre donc un panorama très large de l’histoire de la chanson lyonnaise mais également française, voire mondiale, car on y trouve beaucoup d’œuvres populaires latino-américaines et anglo-saxonnes.

Les documents d’archives liés au fonctionnement de l’entreprise représentent 76 boîtes de type Cauchard. Ils permettent de retracer l’activité de la maison de la fin du XIXème au début des années 1970. La majorité d’entre eux concernent l’intense activité éditoriale de 1930-1950 et donc par conséquent le travail de Max-Adrien Orgeret. Outre des factures diverses, des papiers administratifs, les rapports avec la SACEM-SDRM, des contrats de cession de droits d’auteurs, de la correspondance professionnelle (clients, particuliers, institutions, association, etc.), on y trouve classés par titre de chanson toutes les étapes qui mènent une œuvre musicale à l’édition définitive : le manuscrit, la maquette, les épreuves, le calques, les négatifs, les dessins d’illustrations, les notes de l’éditeur, etc. Tout cela organisé par Max Orgeret dans des dossiers sur la couverture desquels figure la liste des chansons contenues.

Orgeret éditait également beaucoup de textes courts, eux aussi destinés à un usage amical, familial et festif. Blagues, sketchs, monologues, pièces en 1 acte, pièces de Guignol, forment une partie importante du fonds. Des choses souvent typiquement lyonnaises, comme les textes de la Mère Cottivet de Périgot-Fourquier, qu’incarnait Benoist-Mary.

Concrètement, voici ce que contient le fonds Orgeret qui a déjà été inventorié :

  • des partitions d’un format légèrement inférieur au A4, le plus utilisé. Il y en a 51 boîtes. Cote C…
  • des partitions petit format : 30 boîtes. Cote D…
  • des opérettes : 38 boîtes. Cote E…
  • des textes le plus souvent comiques : 22 boîtes. Cote B…
  • des dossiers auteurs, exclusivement ceux édités par Max Orgeret : 11 boîtes. Cote A…

Un autre élément fait la richesse du fonds : le matériel d’impression. 1664 typons répartis dans 144 boîtes. Ils se divisent en deux catégories. Les plus nombreux sont ceux sur lesquels une illustration ou une partition est retranscrite. Il s’agit de plaques en zinc clouées sur du bois. La gravure se faisait à l’acide nitrique.
Ensuite viennent les clichés, principalement des portraits d’artistes, reproduits par similigravure. La similigravure est la transformation d’une photographie en « trame », c’est-à-dire un réseau plus ou moins dense de points opaques. Mentionnons également les plaques d’étain, souples et travaillées suivant la technique de la taille douce (avec un burin). Elles servaient à obtenir l’épreuve en négatif de l’œuvre. Il y en a 115 réparties dans 6 boîtes. 3 pierres lithographiques enrichissent également le fonds. Elles servaient à l’impression de certaines couvertures. Contrairement à ce qui précède, ce n’est pas de la gravure. Les « pierres litho » sont poreuses, on dessine dessus avec des crayons spéciaux à base de savon et d’huile. L’encrage se fait au rouleau et adhère uniquement sur le crayonné, le reste est chassé à l’eau. Le dessin peut alors être reporté sur papier.

Orgeret n’éditait pas de livres, mais en vendait. Ils ont été classés par thème.

  • le chant : 27 boîtes
  • la musique : 4 boîtes
  • l’opéra : 7 boîtes
  • la danse : 3 boîtes
  • le solfège : 10 boîtes
  • les catalogues (partitions et disques) : 12 boîtes

Hors du domaine musical, nous trouvons dans ce fonds des livres de :

  • théâtre : 7 boîtes
  • poésie : 1 boîtes
  • humour : 1 boîte
  • jeux enfantins de l’époque, magie : 1 boîte
    Ainsi que des livres aux sujets très divers, souvent en lien avec la voyance, l’amour, des choses plutôt légères.

Tout format et éditeurs confondus, il reste du fonds Orgeret 297 boîtes de chansons à inventorier, 7 boîtes d’opérettes, 12 boîtes d’œuvres textuelles et 29 boîtes de manuscrits.