AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

Ninon Vallin (1886-1961)

Elle est considérée comme la plus grande cantatrice française de la première partie du 20ème siècle. De ces artistes dont la renommée, planétaire, est supérieure à l’étranger que dans leur propre pays.
Elle naquit le 8 septembre 1886 à Montalieu-Vercieu, petit village de 100 habitants de l’Isère, 3ème des 4 enfants de Marie et Félix-Philippe Vallin, clerc de notaire.
Son enfance iséroise est heureuse, tout juste traversée par une coqueluche qui lui fera dire plus tard « Ce sont ces terribles quintes de toux qui m’ont donné cette voix ! »
En 1896, elle rentre au pensionnat de Saint-Laurent-en-Brionnais. Dans cette institution religieuse elle s’intéressera principalement à la musique, qui y tenait une grande place, et à l’apprentissage de la géographie. Elle tète là les deux mamelles de sa vie future, vie faite de musique et de voyages.
Mais c’est de retour dans le giron familial –les Vallin vivent alors dans la Drôme au Grand-Serre- que la voix exceptionnelle de Ninon est remarquée. Madame Bogenez-Charton, une grande bourgeoise en villégiature, convainc ses parents de l’inscrire au conservatoire de Lyon. Sa grande-sœur Marie-Blanche l’accompagnera dans cette aventure. Ninon commence également à chanter devant du public, à l’église de Nantoin, où elle rendait souvent visite à sa cousine Estelle dont elle fut très proche. Les paroissiens étaient saisis par sa voix.
Puis c’est à Bourgoin (aujourd’hui Bourgoin-Jallieu), qu’elle fait sa 1ère expérience comme soliste au théâtre de La Glacière. Le premier soprano de l’Opéra de Lyon tombé malade, Ninon obtient la place dans Ruth et Booz, opéra oratorio dirigé par Georges M. Witkowsky. Nous sommes en 1909.
Le 6 juillet 1910, elle obtient le 1er prix d’art lyrique du conservatoire de Lyon, elle a 24 ans.
Witkowsky et le compositeur Vincent d’Indy, ses deux mentors, la persuadent d’aller à Paris pour se lancer vraiment. Ils la font bénéficier de leurs relations et elle fait des apparitions dans des opéras (Parsifal, Les Scénes de Faust…) Elle apprend sa vie d’artiste.
Claude Debussy l’impose pour interpréter toutes les voix féminines de son chef d’œuvre Le Martyre de Saint-Sébastien. Sa carrière démarre réellement. Elle interprétera avec un succès grandissant d’autres œuvres de Debussy.
En 1912, elle est engagée par Albert Carré, directeur de l’Opéra et de l’Opéra-comique. Après des prestations remarquées, elle joue le rôle qui, comme le dit son biographe Patrick Barruel-Brussin, la propulsera au firmament lyrique : Louise, dans l’œuvre du même nom de Gustave Charpentier.
Le remplacement d’Albert Carré à la tête de l’Opéra par un directeur avec qui elle ne s’entend pas la pousse à partir en Espagne, où elle est accueillie par le grand compositeur Manuel De Falla. Elle s’imposera à Madrid et Barcelone, ce qui constitue le début de sa carrière internationale.
Grâce à sa maîtrise de l’espagnol, elle signe en 1916 un contrat pour une tournée en Amérique du Sud. Cela tombe d’autant mieux que sur le plan personnel, elle vient de se séparer de son mari, le chef d’orchestre Eugenio Pardo, épousé 3 ans plus tôt.
Sa tournée sud-américaine durera… 20 ans ! car du Mexique au sud de l’Argentine on ne jurait que par elle. Soucieuse de l’existence de sa mère, elle achète pour elle à distance une belle résidence à Millery, la Sauvagère, où chaque été de 1951 à 1957 elle donnera des concerts sur une scène champêtre installée dans le parc de cette propriété.
Sa popularité a enfin gagné l’Hexagone : salles combles à Paris comme en province, enregistrements vendus à plus d’un million d’exemplaires, pluie de récompenses…
En 1947 et 49, elle étend sa notoriété lors de tournées en Australie et en Nouvelle-Zélande, puis retournera fréquemment en Amérique du Sud jusqu’en 1955 avant d’arrêter sa carrière de chanteuse en 1957.
Elle se retire alors à La Sauvagère, sa chère villa, puis la vend en 1959. Sans doute était-elle devenue trop grande et trop coûteuse en énergie pour être entretenue. Une légende colle à la fin de vie de Ninon Vallin, qui veut qu’elle aurait été ruinée. Mais ce cliché mozartien ne reflète en rien la réalité. Si elle se replie dans un appartement de Sainte-Foy-Les-Lyon, c’est par choix. Elle terminera sa vie dans une clinique lyonnaise en 1961, un 22 novembre, jour de la Sainte Cécile, patronne des musiciens.