AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

Paule de Lestang

D’une famille originaire du Nord de la France qui s’installe à Lyon après la Guerre franco-allemande 1870, Pauline Caloin nait à Lyon, le 12 décembre 1875. Dès l’âge de trois ans, elle manifeste des dons artistiques et se fait entendre comme pianiste dans les concerts organisés par son père, professeur de musique et organiste de l’église de la Rédemption [1]. Entrée au Conservatoire de Lyon, elle y étudie la harpe et le clavier, puis, ayant remporté à l’âge de quinze ans un Premier Prix de piano, elle entreprend l’harmonie auprès du directeur Aimé Gros (1839-1901). Son mariage en 1893 avec André Borel de Lestang, avec lequel elle aura un fils tué à la guerre en 1917, l’oblige cependant à quitter le conservatoire. Mais, sur les conseils de Gabriel Fauré qui l’avait repérée en 1898 lors de l’un de ses passages à Lyon, elle aura tôt fait de se consacrer au chant et de mener une double carrière, comme cantatrice et pianiste.

Après des débuts favorables, elle se fait entendre en 1898 et 1899 aux concerts symphoniques créés par deux professeurs au Conservatoire, Joseph Jemain (1864-1954) et Hippolyte Mirande (1862-19..), à la Salle Philharmonique du quai Saint-Antoine. Paule de Lestang s’impose à Lyon dès 1905 aux Grands concerts que vient de créer G.M. Witkowski, mais aussi à ceux que le jeune musicologue Léon Vallas - qu’elle épousera en seconde noces en 1936 - institue sous l’égide de la Revue musicale de Lyon dans le but de servir la jeune musique. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, sa voix révèle ainsi au public lyonnais les mélodies de Claude Debussy, Henri Duparc, Moussorgsky, Stravinsky et le jeune Maurice Ravel.

Sa renommée comme interprète gagne bientôt Paris où quatre récitals de chant, consacrés aux maîtres français contemporains, sont donnés salle Pleyel en février 1912. Ils lui apportent la consécration. Dans l’entre-deux-guerres, elle est régulièrement appelée dans la capitale pour chanter des oeuvres nouvelles, soit à l’ancienne Société nationale, soit à la Société musicale indépendante, où elle créée maints pages en présence des auteurs, tels les premiers essais d’un jeune compositeur : Georges Auric (1899 -1983).

Passée la guerre, elle consacre son activité entre les concerts et l’enseignement. À ses talents de cantatrice et de pianiste, s’ajoute dorénavant ceux de claveciniste. Elle y acquière une maitrise qu’attestent les séances données entre 1919 et 1925 aux "Petits concerts" organisés par Léon Vallas où, tour à tour cantatrice, pianiste et claveciniste, elle interprète plus de la moitié des oeuvres qui y sont proposées. Elle est par ailleurs chargée d’enseigner au Conservatoire le chant, puis l’accompagnement au piano, discipline qui marquera deux générations d’élèves. Elle y forme par exemple, sous le titre de "Choeur de chambre", un choeur féminin recruté parmi ses meilleurs disciples. À la faveur d’un congé, elle entreprend deux séries de concerts aux États-Unis, à Washington et à New-York en 1933 et 1935, ou encore enregistre à la fin des années 1920 quelques disques pour Gramophone - "La Voix de son maître".

Atteinte par la limite d’âge, Paule de Lestang quitte le Conservatoire en 1942, mais continue à accueillir, dans son studio de la rue Vendôme, de nombreux professionnels issus du monde de la musique venus solliciter ses conseils. Elle décède le 16 juin 1968 à Lyon.

Notes

[1Ancien chef de musique à Colmar, Louis Caloin (1836-1898) s’installe à Lyon vers 1870 comme professeur de piano et organiste. Chef de plusieurs sociétés musicales, telle que la Lyre Lyonnaise qu’il dirige quelques années, Louis Caloin compose par ailleurs des oeuvres pour piano. Aux environs de 1880, il est par exemple l’auteur d’une curieuse partition, Ne chantez plus la Marseillaise, qui, sur des vers de Jules Célès, suppliait ses contemporains à renoncer à la Marseillaise qu’ils considéraient comme une "ode à la guerre civile".