AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

La presse et la critique musicale lyonnaise

"Je ne crois pas, qu’à part celui de banquier ou d’homme politique, il existe au monde un métier plus tristement inutile que celui de critique", écrivait Vincent d’Indy en 1902, au lendemain de la création de Pelléas et Mélisande [1]. Quelques années plus tard, le 30 mai 1911, lorsqu’Antoine Sallès, critique musical en titre du Salut Public, fut appelé à siéger pour la première fois à l’Académie de Lyon, il consacra son discours de réception au rôle de la critique lyonnaise au XIXe siècle [2] en affirmant cependant que le jugement péremptoire de Vincent d’Indy était à son sens bien trop "absolu", et que la critique pouvait rendre de grands services à la musique.

Dans la longue liste des critiques lyonnais qu’il dressa à cette occasion - critique musicale encore marquée par un amateurisme très net -, se retrouvaient des hommes politiques, comme Antoine Gailleton (1829-1904), des romanciers comme Paul Bertnay (1846-1928), des avocats tel qu’Auguste Pérut (1828-1901) et des médecins, comme le docteur Georges Linossier (1857-1923) qui, rattaché au Salut Public, donna nombre de chroniques musicales appréciées sous le pseudonyme de "Philippe Artaud". Rares sont cependant les musiciens, et l’on n’en comptait sur cette fin de siècle que deux ou trois : les compositeurs Prosper de Sain-d’Arod (1814-1887), au Courrier de Lyon ; Hippolyte Mirande (né en 1862) et Ernest Garnier (1858-1932), au Progrès de Lyon.

La plupart de ces critiques étaient encore en activité au début du siècle suivant – et pour certains jusque dans l’après-guerre –, époque faste pendant laquelle se créa, en décembre 1904, le Cercle de la critique de la presse quotidienne lyonnaise qui regroupa, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, les principaux rédacteurs investis de la critique théâtrale et musicale dans chacun des cinq grands quotidiens de Lyon. Ce Cercle fut l’équivalent des fameux dîners parisiens dits des "Mille regrets", qui comprenaient dans la capitale les critiques de théâtres et les secrétaires de rédaction, si souvent obligés d’opposer un refus gracieux aux quêteurs de billets. À Lyon, les secrétaires de rédaction ne firent pas partie de ce groupe d’élite, raffiné quintette dont le président, le vice-président, le secrétaire et le trésorier alternèrent chaque mois par roulement. Ils se réunissaient lors de séances conviviales, généralement tenues autour d’une bonne table, pour discuter des intérêts du Grand-Théâtre et menaient, de concert, de véritables campagnes pour exiger des directeurs de l’Opéra les améliorations nécessaires au répertoire. On notera au passage que le Grand-Théâtre constituait à cette époque presque toute la musique, si bien qu’il est souvent délicat de faire la part entre ce qui appartient à la critique musicale, à la chronique théâtrale ou dramatique telles qu’on les conçoit aujourd’hui ; un journaliste pouvant s’occuper indifféremment des trois domaines, on ne s’étonnera donc pas de les retrouver dans ce cercle.

Parmi les quelques grands quotidiens lyonnais de la fin du XIXe siècle cités par Antoine Sallès, la plupart existaient encore au siècle suivant, au moins jusqu’aux années 1920, et pour certains jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale : L’Express de Lyon, dont la création, sous la direction d’Emmanuel Vingtrinier (1850-1931), remontait à 1883 et se poursuivit sous divers titres jusqu’en 1925 ; le Salut Public, le Nouvelliste de Lyon et le Lyon républicain, frappés d’interdiction, cessèrent donc de paraître à la Libération ; enfin, le Progrès de Lyon, le seul parmi ces quotidiens à avoir traversé le siècle sans trop d’encombres jusqu’à nos jours, exception faite d’une interruption de plusieurs années entre 1942 et septembre 1944. Encore faudrait-il ajouter à ces quelques titres les nouveaux venus, tel que La Dépêche de Lyon, devenu le Sud-Est républicain puis Le Rhône (1920-1925), mais qui n’a pas réussi à s’affirmer durablement, et ceux apparus postérieurement au chaos de la Seconde Guerre mondiale, principalement L’Écho - Liberté, né de la fusion des petites feuilles de la Libération et, dans une moindre mesure, Dernière heure lyonnaise, édition lyonnaise du Dauphiné libéré. Deux quotidiens qui viendront concurrencer le Progrès sur son propre territoire.

On n’oubliera pas également la presse hebdomadaire ou mensuelle, quelque fois spécialisée : La Chanson (1902-1914), publication des sociétés chansonnières dirigée par Camille Roy ; L’Express musical (1903-1914) de Maurice Reuschel, supplément de L’Express de Lyon et organe du mouvement artistique et orphéonique de la région lyonnaise (1903-1914) ; la Revue musicale de Lyon de Léon Vallas qui, sous différents titres et avec quelques interruptions, va couvrir la période de 1903 à 1929 ; la revue Spectacles (1929-1939) de Jules et Jean Clère, offrant d’intéressants articles et quantité d’anecdotes sur la musique populaire. Enfin, quelques publications de la presse culturelle ou littéraire qui accordèrent une place importante aux petites scènes lyonnaises et à ses acteurs : La Vie Lyonnaise, fondée en 1914 par Gabriel Berthillier (1871-1947) ; le Tout Lyon, revue mondaine de Paul Duvivier (1869-1956) ; le Passe-Partout et le Cri de Lyon.

Bien que fortement datée, la communication d’Antoine Sallès est aujourd’hui d’autant plus précieuse qu’elle reste l’un des rares documents à mettre en valeur l’influence de la critique lyonnaise sur l’évolution du goût musical. Outre les documents d’archives, la documentation sur le rôle de la presse en région et son influence sur l’opinion lyonnaise est en effet très lacunaire. De manière très générale, nous ne disposons aujourd’hui que de quelques annuaires, des mémoires restés pour la plupart confidentiels et une poignée d’articles. En tout et pour tout, quelques dizaines de documents épars sur le Progrès, sur le Nouvelliste de Lyon, sur les journaux de la Libération... Si ce ne sont quelques recueils de souvenirs, nous ne disposons de quasiment rien sur les journalistes actifs à Lyon entre 1900 et 1960, et encore moins sur la critique musicale lyonnaise pendant cette période. On se prend alors à imaginer les dizaines de volumes que formerait la compilation des dizaines de milliers d’articles écrits presque quotidiennement dans la presse lyonnaise sur ce sujet. Une anthologie qui reste à constituer...


Quelques membres de la critique musicale lyonnaise au XXe siècle

L’astérisque (*) signale un renvoi sur cette même page.

 

Raoul Cinoh (1859-1923)

Originaire de la Drôme, Raoul Chion, plus connu sous le pseudonyme de Raoul Cinoh, fit ses débuts dans le journalisme au Tintamarre de Paris vers 1877. Entré comme rédacteur au Progrès de Lyon (1880), il passa ensuite par la rédaction du Courrier de Lyon, avant de prendre la critique musicale et dramatique du Lyon républicain (1886), poste qu’il ne devait plus quitter jusqu’à la ses "adieux au public", le 5 octobre 1921. Historiographe passionné des deux grandes scènes municipales et échotier spirituel de la vie musicale lyonnaise, il y donna pendant trente-cinq ans ses "Feuilles volantes", y tint successivement les rubriques "En passant", les "Propos d’un Gone" et le "Carnet de la quinzaine". Comme auteur dramatique et revuiste, Raoul Cinoh avait fait jouer quelques pièces au Casino et aux Célestins, seul ou en collaboration avec ses confrères Victor Gourraud (1848-1919)* et Antoine Deschavannes (1863-1931), jusqu’à s’associer à Francisque Verdellet, directeur du nouveau théâtre de L’Eldorado. Parmi celles-ci, on notera Ah ! la Gui... la Gui... la Guillotière !, fameuse revue locale produite par ce théâtre à partir du 27 juillet 1894 et qui connaîtra un énorme succès avec plus d’une centaine de représentations. Raoul Cinoh compta parmi les cinq membres fondateurs du Cercle de la critique lyonnaise dont la première réunion fut l’objet d’une drôlatique "Feuille volante" (Lyon républicain, 22 janvier 1905). Également membre de l’association des journalistes de la presse quotidienne lyonnaise ; il en fut le secrétaire avant d’en assurer la présidence deux ans avant sa mort en remplacement du journaliste Louis Clapot (1849-1922).
[IMAGE] : Caricature, Le Tout Lyon, 5 octobre 1913.
[IMAGE] : Chomarat A 6030 ou Chomarat A 6031.

Emile Ducoin (1855-1943)

Journaliste, Emile Ducoin entra en 1885 à la rédaction du Nouvelliste de Lyon où il fut d’abord chargé des informations politiques avant de se consacrer à la critique théâtrale et musicale, domaines dans lesquels il fit autorité pendant près d’une trentaine d’années. Officier de réserve, incorporé comme sous-intendant de 2e classe à l’intendance militaire de la 14e région pendant la Première Guerre mondiale, il abandonna volontairement la profession pour une carrière militaire et devint, à ce titre, le président du Cercle des officiers de la garnison. Emile Ducoin était membre associé de l’académie Delphinale (depuis 1894) et du comité de la Société lyonnaise des Beaux-Arts.
[IMAGE] : Caricature, Le Tout Lyon, 5 octobre 1913.

Charles Ducoin (1886-1915)

Docteur en droit, c’est en raison de sa compétence en matière de sociétés que Charles Ducoin fut placé à la tête du contentieux de la Chambre syndicale des agents de Change de Lyon. Amateur des arts et des belles-lettres, en particulier de la musique, il suppléa quelque fois son père, Emile Ducoin (1855-1943)*, au Nouvelliste de Lyon, journal auquel il donna des articles de critique musicale. Incorporé comme sergent au 42e régiment d’infanterie coloniale pendant la Première Guerre mondiale, il meurt lors de la bataille de Champagne.

Henry Dumoulin (1915 ?-1996)

Critique musical, fils spirituel du musicologue Léon Vallas (1879-1956)* qui l’avait désigné en 1956 à sa succession au Progrès de Lyon, Henry Dumoulin se doublait aussi d’un fin pédagogue en tant que conférencier, puis comme professeur de la classe d’art lyrique du conservatoire de région où il régna pendant une trentaine d’années. Spécialiste de l’art lyrique, il avait lui-même tâté de la vie d’artiste et sa voix de ténor le désigna dans sa jeunesse pour chanter le rôle de mime dans la Tétralogie de Wagner au Grand-Théâtre de Lyon. Henry Dumoulin était devenu une figure incontournable de la vie musicale lyonnaise de l’après-guerre à tel point que Jean-Guy Mourguet en avait fait l’une des marionnettes de son Théâtre de Guignol.

Henry Fellot (1881-1944)

Violoniste et musicologue, la carrière de journaliste d’Henry Fellot commença au début du XXe siècle aux rédactions du Tout Lyon et de L’Express de Lyon où ses chroniques musicales furent fort suivies. Parallèlement, de 1903 à 1910, il collaborait à la Revue musicale de Lyon de son confrère Léon Vallas (1879-1956)*. Après un bref passage de deux années au Nouvelliste de Lyon, Henry Fellot poursuivit sa carrière dans les colonnes du Salut Public et enfin dans diverses revues telles que La Vie Lyonnaise et Notre Carnet où il seconda Pierre Giriat* en s’occupant plus spécialement du théâtre lyrique. Ardent défenseur du wagnérisme, il s’intéressa dans le même temps aux ensembles vocaux, créa l’Ensemble vocal des Heures ainsi que la Chorale de Lyon-La Doua, jusqu’à prendre la direction des chœurs de l’Opéra de Lyon suite à la transformation de l’institution en régie municipale (1942). Henry Fellot fut l’un des membres du Cercle lyonnais de la critique. À sa mort, Edouard Millioz (18..-1957) lui succéda au Salut Public, de janvier 1944 jusqu’à la suppression de ce journal à la Libération.
[IMAGE] Portrait in Spectacles, 15 janvier 1933.

Alexandre Fréval (1860-1921)

Fondé de pouvoirs de l’Imprimerie Benoît Arnaud, Alexandre Fréval prit en charge la critique musicale de la Dépêche de Lyon. En 1920, après la fusion de ce titre avec le journal Le Rhône, il continua d’exercer les mêmes fonctions au sein du nouveau journal, Le Sud-Est républicain. Alexandre Fréval rejoignit le Cercle de la critique de la presse quotidienne lyonnaise qui regroupa, de 1905 jusqu’en 1914, les principaux rédacteurs investis de la critique théâtrale et musicale dans chacun des grands quotidiens de Lyon, à savoir : Henri Delaroche, Victor Gourraud* et Félix Desvernay pour Le Progrès de Lyon ; Raoul Cinoh* du Lyon républicain ; Emile Ducoin* du Nouvelliste de Lyon ; Henry Fellot* et Marc Mathieu* de L’Express de Lyon ; Antoine Sallès* (Amaury) du Salut Public, et Alexandre Fréval de La Dépêche de Lyon.
[IMAGE] : Caricature, Le Tout Lyon, 5 octobre 1913.

Pierre Giriat (1886-1979)

Musicien, compositeur et critique musical, Pierre Giriat fut attiré très jeune par la composition musicale, la direction d’orchestre et par toutes les disciplines littéraires et artistiques. Après un passage éclair par le Conservatoire de Bruxelles, il devait suivre, de 1909 à 1914, le cours d’harmonie et de composition de Vincent d’Indy à la Schola Cantorum de la rue Saint-Jacques à Paris. C’est là qu’il acquit, en plus d’une solide maîtrise de la composition, une admiration pour l’oeuvre de César Franck et qu’il eut pour amis les compositeurs Albert Roussel (1869-1937) et Louis Vierne (1870-1937). Revenu à Lyon au lendemain de la Grande Guerre, il succédait en 1924 à César Geoffray (1901-1972) à la tête des "Fêtes du Peuple", pupitre qu’il devait animer pendant plus de trente ans. Grâce à lui, cette chorale qui réunissait jusqu’à deux cents amateurs prit à Lyon une part considérable dans la diffusion populaire de la musique. Parallèlement, il enseignait la théorie supérieure au Conservatoire de Lyon et révélait aux mélomanes lyonnais, par l’intermédiaire de ses "Quarts d’heure" sur les ondes de Radio Lyon, maintes partitions classiques et contemporaines. Après avoir signé la rubrique musicale de la Revue fédéraliste, Pierre Giriat prenait en charge la chronique des concerts de la revue Notre Carnet dirigée par Tancrède de Visan. Il fut surtout, après la Seconde Guerre mondiale, un critique musical averti au sein de plusieurs publications, plus particulièrement à Dernière heure lyonnaise dont il fut l’un des premiers collaborateurs – une rédaction qu’il ne quittera que peu de temps avant sa mort – et au Tout Lyon où il assurait la critique hebdomadaire de l’Opéra. Comme compositeur, il laisse plusieurs partitions de musique de chambre et des mélodies, notamment sur des textes du poète lyonnais Louis Pize (1892-1976). Peu joué dans sa propre ville, il avait cependant vu son drame lyrique, Le Cyclope, d’après Euripide, créé à l’Opéra de Lyon en 1943 avec Henry Dumoulin* en tête de distribution...
[IMAGE] : Caricature in Lyon républicain, 29 mars 1933.

Victor Gourraud (1848-1919)

Né à Draguignan en 1848, Victor Gourraud avait débuté tout jeune dans la carrière de journaliste. Dès 1872, il collaborait au Courrier de Lyon, avant de passer, en 1884, à la rédaction du Petit lyonnais. Deux ans plus tard, il entrait au Le Progrès de Lyon, journal dans lequel il fit l’essentiel de sa carrière. Éprit de littérature et d’art, il fut tour à tour un reporter pittoresque, un chroniqueur littéraire et artistique, et un critique dramatique averti. À partir de 1897, il signa également, sous le pseudonyme de "Jacques Mauprat", nombres de chroniques dans le Progrès illustré, supplément littéraire du Progrès de Lyon. Membre (1897) puis vice-président de l’Association des journalistes de la presse quotidienne lyonnaise, Victor Gourraud fut enfin l’un des membres fondateur du Cercle de la critique.

Léon Gourraud (1881-1953)

Fils de Victor Gourraud (1848-1919)*, ancien critique dramatique et doyen des journalistes du Le Progrès de Lyon, Léon Gourraud fut le condisciple au lycée Ampère d’Henri Delaroche* (18..-1936), futur directeur du Progrès, où ils goûtèrent, dit-on, l’enseignement d’un certain Édouard Herriot alors jeune professeur agrégé de rhétorique. Sur les traces de son père, Léon Gourraud entra naturellement au Progrès à l’âge de vingt ans. Il y fera toute sa carrière, occupant successivement à peu près tous les postes jusqu’à en assurer le secrétariat général à partir de 1929. Journaliste de valeur et musicien averti, il publia à son tour des chroniques dramatiques et musicales très remarquées. Avant la Grande Guerre, Léon Gourraud avait également rempli les fonctions de secrétaire pour la presse au Grand-Théâtre alors placé sous la direction du baryton Gaston Beyle (1860-1932).

Albert Gravier (1895-1982)

Né à Lyon le 3 décembre 1895, Albert Gravier fit ses études à l’École Chaponnay, puis à l’École normale d’instituteurs où il deviendra professeur de mathématiques spéciales, profession qu’il exerça également dans diverses institutions, notamment dans la classe d’architecture de l’École des Beaux-Arts de Lyon. Mais sa vocation profonde était ailleurs. Excellent pianiste lui-même, conférencier disert, animateur radiophonique et membre, depuis 1931, du comité d’enseignement du Conservatoire, Albert Gravier était un passionné de musique. Il consacra une grande partie de son activité à la défendre dans la presse lyonnaise, particulièrement au quotidien L’Écho - Liberté, et prit une part active aussi, comme collaborateur permanent de la revue Résonances dirigée par Régis Neyret. En dehors des nombreuses études qu’il a publiées dans les revues spécialisées, Albert Gravier laisse deux ouvrages de vulgarisation parus dans la collection "Nos amis les musiciens" des Éditions du Sud-Est, l’un sur Robert Schumann (1958), l’autre sur Ludwig van Beethoven (1963).

Edmond Locard (1877-1966)

Médecin légiste, ancien élève des professeurs Léopold Ollier et Alexandre Lacassagne, fondateur en janvier 1910 puis directeur pendant plus de quarante ans du laboratoire de police technique dans les combles du Palais de Justice de Lyon, Edmond Locard fut un touche-à-tout de génie, traitant avant autant d’aisance et de talent de criminologie, d’herboristerie, de philatélie ou de musique (liste non exhaustive). Il collabora ainsi très jeune au Tout Lyon où il prit en charge la chronique musicale. Le 6 octobre 1921, il succédait à Raoul Cinoh (1859-1923)* comme critique musical du Lyon républicain. Edmond Locard fut le membre actif de nombreuses sociétés locales, parmi lesquelles se trouvait l’amicale des "Fervents de l’Opéra" dont il assura plusieurs années la présidence d’honneur aux côtés d’un autre critique, Henry Fellot*.
[IMAGE] : portrait Vermard P0702 B02 11 125 00012

Marc Mathieu (1856-1942)

Docteur en médecine, Marc Mathieu fut un critique musical redouté, d’abord au Nouvelliste de Lyon, puis à L’Express de Lyon (ca 1881-1908) où il signait ses articles par l’initiale de son surnom : "L.". En décembre 1907, sa plume acide lui avait valut d’alimenter la rubrique des faits divers suite à son agression par l’un des ténors du Grand-Théâtre, Victor Garnier (dit Granier) ; une sombre histoire, certes anecdotique, mais qui fut détaillée en 1950 par Léon Vallas* au cours d’une série de "causeries" radiophoniques à Radio-Lyon. Marc Mathieu avait publié en 1897, avec la complicité de son confrère Antoine Sallès*, du Salut Public, une brochure réunissant les articles écrits dans leurs journaux respectifs à l’occasion de la première représentation en France des Maîtres chanteurs de Nuremberg au Grand-Théâtre de Lyon. Collaborateur de la Revue musicale de Lyon, il publia également en 1906 le recueil des articles qu’il avait rédigés dans cette revue sur le Répertoire lyrique. À sa mort, ses héritiers léguèrent à la Ville de Lyon, pour son Grand-Théâtre, une petite collection de partitions de chefs d’orchestre qu’il avait lui-même réunie.

Georges Michet (1894-1982)

Ancien secrétaire à la Chambre syndicale des agents de change de Lyon, Georges Michet se tourna vers le journalisme en assurant la critique musicale du Progrès de Lyon de 1931 à 1948. En 1924, Georges Michet avait épousé Suzanne Favier (1899-1980), qui fut pendant de nombreuses années la critique théâtrale et littéraire attitrée du Progrès et de la revue Résonances. Les archives de Suzanne Michet sont aujourd’hui conservées à la Bibliothèque municipale de Lyon.

Maurice Reuchsel (1880-1968)

Deuxième fils du compositeur et organiste Léon Reuchsel (1840-1915), Maurice manifesta très tôt des dispositions pour la musique. Violoniste précoce, il donna ses premiers concerts dès la fin des années 1880. Après des études au Conservatoire de Paris, il revint rapidement à Lyon, ville où il fut pendant une dizaine d’années l’organiste de la Paroisse du Bon-Pasteur avant d’occuper la tribune de l’église de la Rédemption de 1915 à 1950. Avec son frère, le pianiste Amédée Reuchsel, il organisa des concerts de musique de chambre où les exécutions d’œuvres anciennes et modernes étaient généralement précédées d’une conférence et créa la Société lyonnaise des instruments anciens, un ensemble fort critiqué par Léon Vallas* qui se faisait un plaisir à lancer des attaques contre le "clan" Reuchsel. À l’aube du XXe siècle, Maurice Reuchsel avait pris le sceptre de la critique du quotidien L’Express de Lyon, jusqu’à fonder un supplément bimensuel, L’Express musical, "organe du mouvement artistique et orphéonique de la région lyonnaise", qui continua à paraître jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale. Au milieu des années 1930, il seconda de temps à autre Henry Fellot* au Salut Public, avant de prendre en charge, de 1936 à 1944, la nouvelle rubrique hebdomadaire des "Échos radiophoniques". Outre les articles écrits presque quotidiennement depuis 1900, à L’Express de Lyon, au Nouveau journal ou au Salut Public, Maurice Reuchsel laisse enfin une œuvre abondante comme compositeur. Écrivain prolixe, il est l’auteur de quelques ouvrages sur la musique, particulièrement sur les instruments à cordes, tels que La musique à Lyon (1903), L’école classique du violon (1906) ou bien encore Les instruments à cordes et à archet (1935).

Antoine Sallès (1860-1943)

Avocat à la Cour d’appel de Lyon (1887), adjoint du 2e arrondissement puis conseiller municipal de Lyon, Antoine Sallès fut dès 1886 le critique théâtral, le chroniqueur littéraire et artistique de diverses feuilles lyonnaises, en particulier du Salut Public, journal où, depuis 1894, il signait ses articles soit sous nom, soit sous le pseudonyme "Amaury". Il abandonna cette charge en février 1919 au profit de son confrère Léon Vallas (1879-1956)*, tout en poursuivant une carrière politique jusqu’à la députation en 1928. Antoine Sallès fut l’un des membres fondateurs de l’académie des Pierres-Plantées, sous le pseudonyme de Tony Bonrencontre, et membre de la Société littéraire et de l’Académie de Lyon (1909-1943). Ancien sociétaire du Cercle lyonnais de la critique, il succéda à Raoul Cinoh (1859-1923)* à la présidence de l’association des journalistes de la presse quotidienne lyonnaise suite au décès de ce dernier. Sa passion pour les questions se rapportant au passé de Lyon, au théâtre et à la musique - il fut notamment un intime du compositeur polonais Ignacy Paderewski (1860-1941) -, l’amena à publier de nombreuses études musicales : Les chansons de Pierre Dupont (1904), L’Opéra italien et allemand à Lyon au XIXe siècle (1906), Liszt à Lyon (1911), L’évolution de la musique française au XIXe siècle (1915), Les premiers essais de concerts populaires à Lyon, 1826-1876 (1919), Camille Saint-Saëns à Lyon (1922), Le Grand-Théâtre et le public lyonnais (1923), Le Freischütz de Weber au Grand-Théâtre de Lyon (1914) ou bien encore L’Enseignement de la musique à l’école, discours prononcé à la chambre des députés le 6 décembre 1928.

Henri Verpillat (1877-1928)

Ancien employé des chemins de fer et président de l’Union des agents de la voie Paris-Lyon-Méditérannée (P.L.M.), Henri Verpillat occupa également le poste de secrétaire général de l’une des plus anciennes fanfares de la Ville de Lyon, la Fanfare lyonnaise, fondée en 1857 par Joseph Luigini (1822-1898), ancien chef d’orchestre du Grand-Théâtre de Lyon. Par l’intermédiaire de cette société, il consacra une grande part de son activité au développement des sociétés musicales. Ses connaissances étendues en la matière l’amenèrent à collaborer à plusieurs journaux lyonnais. Il publia ainsi dans La Dépêche de Lyon - journal où il secondait le critique Alexandre Fréval* -, des chroniques orphéoniques appréciées par les sociétaires de chorales et de fanfares de la région.

Robert Proton de La Chapelle (1894-1982)

Né à Lyon en septembre 1894, Robert Proton de La Chapelle a mené à la fois une carrière de musicologue, de compositeur, d’animateur et de romancier. Adjoint au Maire de Lyon en charge des Beaux-Arts dès 1941, puis de nouveau sous les mandatures de Louis Pradel entre 1965 et 1977, Proton de La Chapelle veillait de fait sur l’ensemble des affaires culturelles de la Ville. On lui doit notamment la création du Festival international de Lyon, la construction de l’Auditorium Maurice-Ravel (aujourd’hui orchestre national), du Théâtre du 8e (actuelle Maison de la Danse), de la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu, du Musée de la civilisation gallo-romaine, ainsi que du Conservatoire national de région à Fourvière. Sans oublier qu’il mena également une carrière d’industriel et d’écrivain... Mais c’est surtout comme critique musical - sous le nom de plume de Robert de Fragny et sous la signature "R. de F." - que son nom fut connu du grand public. Son activité journalistique commença en 1920, au Nouvelliste de Lyon, avant de se poursuivre après la Seconde Guerre mondiale à L’Écho - Liberté puis au Journal Rhône-Alpes. Pigiste en charge de la critique musicale de L’Écho - Liberté - en alternance avec Albert Gravier (1895-1982)* -, il créa en 1954, avec Régis Neyret, la revue culturelle Résonances où musique et théâtre tenaient une place importante. Compositeur de pièces pour piano, de messes, d’opérettes et d’oeuvres pour orchestre, R. Proton de La Chapelle se doublait d’un fin musicologue. Il laisse deux livres d’histoire de la musique, l’un sur Maurice Ravel qu’il avait fort bien connu, l’autre sur la cantatrice Ninon Vallin qui lui avait confié ses souvenirs. Quelques mois avant sa mort, paraissait le recueil de ses propres souvenirs sur Cinquante ans de vie culturelle à Lyon.

Document(s) annexe(s)

- "Feuilles volantes [ : Le Cercle de la critique lyonnaise]" / Raoul Cinoh in Lyon républicain, 22 janvier 1905.

- "Cinquante ans de critique musicale : les dangers de la critique", Causerie de Léon Vallas à Radio-Lyon, le 13 juillet 1950.

Notes

[1"À propos de Pelléas et Mélisande (essai de psychologie du critique d’art)" / Vincent d’Indy in L’Occident, no.7, juin 1902. Repr. in Revue musicale de Lyon, no.25, 5 avril 1908, p.705-713. [En ligne] : http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k57556725/f1 (consulté le 15-11-2017).