AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

La Salle Rameau

Adresse

29 rue de la Martinière, Lyon 1er

Dates

1908-2016

Capacité approximative

1800 places à l’origine, puis 900 places pour raison de sécurité

Genres musicaux représentés dans ce lieu

Concerts classiques et de musique contemporaine, jazz (Louis Armstrong et Ray Ventura lors de la même saison 1934-1935) mais aussi conférences, pièces de théâtre, galas de bienfaisance…

Personnalités liées à ce lieu

Georges Martin Witkowski est à l’origine de la construction de cette salle. Elle accueille l’orchestre de la Société des Grands Concerts et est louée pour toutes sortes de manifestations, par exemple par Irma Grignon-Faintrenie pour les Heures.

Quel rapport avec E. Herriot ?

Edouard Herriot soutient le projet de construction de la salle et la fréquente régulièrement.

Histoire du lieu

La création de la Société des Grands Concerts en 1905 par Georges Martin Witkowski, avec son orchestre de quatre-vingt musiciens, met en évidence l’absence de salle de concert suffisante à Lyon.

Le premier concert organisé par la Société a lieu aux Folies-Bergère, mais rapidement, la salle montre ses limites en acoustique. La solution est dans la construction d’une nouvelle salle.

Comme pour la fondation de la Schola Cantorum et la Société des Grands Concerts, Georges Martin Witkowski élabore un projet viable financièrement en s’appuyant sur des fonds privés et en sollicitant faiblement la Municipalité, ce qui lui donne une indépendance certaine et suscite l’adhésion d’un Maire peu enclin à financer la culture.

Lors du conseil municipal du 25 février 1907, Edouard Herriot présente l’avant-projet des architectes Clermont et Riboud, qui travaillaient déjà sur le nouveau quartier de la Martinière. L’emplacement choisi, entre la rue de la Martinière, la rue Louis Vitet, et la rue Hippolyte Flandrin, a de nombreux atouts : le quartier est neuf, central et bien desservi. La nouvelle salle, au premier étage, devrait pouvoir accueillir 1800 personnes, le rez-de-chaussée comprendrait un vaste local sur sous-sol avec un établissement de type brasserie.

Le montage financier est particulière avantageux. La Ville fournirait le terrain. La Compagnie immobilière du 1er arrondissement prendrait en charge les études et la construction du bâtiment, dont la Ville serait propriétaire. La dépense serait couverte par un emprunt en bons remboursables, donnant également droit à un abonnement gratuit à tous les concerts. La Compagnie serait chargée pendant 60 ans, sous le contrôle de la Ville, de la gérance de la salle, encaissant les deux tiers des bénéfices.

Edouard Herriot soutient le projet en ces termes pragmatiques : « Il y a pour le public fréquentant auditions et conférences et pour toute la population en général, un intérêt considérable à ce que Lyon possède une salle où il soit aisé de vulgariser la musique, où la population puisse s’associer aux manifestations artistiques diverses. Or, nous pouvons atteindre ce but sans rien débourser d’avance et nous nous réservons le tiers du revenu net produit par la location de l’immeuble… Cet immeuble sera d’un très bon revenu. » Malgré tout, la municipalité accordera des subventions à l’orchestre et participera à la décoration de la façade. La salle prend le nom du célèbre compositeur de passage à Lyon entre 1713 et 1715.

Léon Vallas dans une Causerie à Radio-Lyon, le 22 juin 1950, raconte avec humour cet épisode.

L’inauguration, le 8 novembre 1908, avec la 9e Symphonie de Beethoven dirigée par Georges Martin Witkowski, donne lieu à quelques fausses notes : Vincent d’Indy refuse d’y participer en raison de la présence d’un membre du gouvernement Clemenceau (anticlérical) et le Maire, dans son discours oublie de citer les noms des porteurs du projet, Witkowski et Maurice Vallas, président de la Société des Grands Concerts.

Rapidement, la salle devient une référence nationale, tant par les qualités du bâtiment que par l’ingéniosité du montage financier.

La salle Rameau accueille l’orchestre philarmonique de Lyon jusqu’en 1975, année de la mise en service de l’Auditorium Maurice-Ravel, dans le quartier de la Part-Dieu.

Comment a fonctionné ce lieu pendant la Seconde Guerre Mondiale (éventuellement la Première ?)

Fin 1942, après l’invation de la zone sud, désormais occupée, la salle Rameau accueille un concert du Philarmonique de Berlin, destiné à l’occupant, donné dans une salle clairsemée, remplie d’officiers allemands et très sécurisée. Deux jours plus tard, à l’initiative d’Irma Grignon-Faintrenie, Paul Paray dirige un concert de musique française qui se termine par une vibrante Marseillaise reprise en chœur.