AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

Le Grand-Théâtre

Dates et adresse

1831-2016.
Le Grand-Théâtre est construit place de la Comédie, à l’emplacement du Théâtre Soufflot (1756-1826).

Capacité approximative

En 1908, 1795 places officiellement, 2100 en pratique (parterre 497, 1ere galerie 358, 2eme galerie 233, 3eme 277, 4eme 500).

Genres musicaux représentés dans ce lieu

Selon le cahier des charge de 1905, le répertoire « se compose des opéras, drames lyriques, opéras comiques, traductions et ballets et, d’une manière générale des œuvres représentées à l’Opéra et à l’Opéra comique de Paris ». De manière générale, le répertoire du Grand-Théâtre évolue peu jusqu’en 1949, quand il se recentre sur le lyrique et la danse. Durant les années de guerre et épisodiquement à la fin des années 1920, des projections cinématographiques sont accompagnées par l’orchestre. De nombreux succès sont ainsi projetés entre 1926 et 1934 comme Ben Hur, Napoléon à Sainte-Hélène ou M le maudit.

Gaston Ravel, Madame Recamier, photographie parue dans La Petite illustration, 1928, BML. Le film réalisé en 1927 d’après la biographie d’Edouard Herriot a été projeté au Grand-Théâtre en clôture de la saison 1928.
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Histoire du lieu

En 1687, est créée à Lyon l’Académie royale de musique qui occupe, au fil des XVIIe et XVIIIe siècles, différentes salles. Elle a l’exclusivité de l’exploitation des opéras mais le public ne répond pas. En 1754, le consulat de Lyon (institution qui détient le pouvoir municipal à Lyon entre 1320 et 1790) confie à Soufflot, architecte de l’Hôtel-Dieu à Lyon et du Panthéon à Paris le projet de Grand-Théâtre permanent, à l’emplacement des jardins de l’Hôtel de Ville : c’est le théâtre du quartier Saint-Clair. Il est inspiré des théâtres de Parme et Milan et du théâtre de Vicence : soit un théâtre à l’italienne. Quelques innovations techniques : la scène est légèrement inclinée en direction des possibles 2000 spectateurs et la machinerie se tient en sous-sol. Le Théâtre Soufflot est inauguré en 1756. Le lieu devient rapidement à la mode, un quatrième rang de loges est ajouté en 1788.

Durant la Révolution française, le Grand-Théâtre et fermé puis occupé par le club des Jacobins. Il est vendu comme bien national en 1796. La ville décide, en 1825, de racheter le Grand Théâtre et prévoit de l’agrandir. Le théâtre Soufflot est détruit en 1826 par un incendie et reconstruit à grand coût entre 1927 et 1931 par les architectes Antoine-Marie Chenavard et Jean Pollet. La façade est néo-classique alors que la salle est décorée à l’antique. Le parterre comporte des sièges, contrairement à l’ancien théâtre où les spectateurs étaient debout. Sa capacité d’accueil est de mille huit cents places. De nombreux travaux d’agrandissement, de consolidation (notamment des plafonds et de la toiture) et d’embellissement ont lieu jusqu’en 1879.

Durant toute cette période, on constate une grande instabilité des directeurs auxquels la gestion du théâtre est concédée par contrat (pour une ou plusieurs saisons) – certains même ne finissant pas la saison. Ils ont cherché, pour la plupart, à remplir la salle par tous les moyens mais se sont heurtés à un public exigent. C’est l’époque de la règle des « 3 débuts ». Selon cette règle, un artiste choisit par le directeur ne pouvait être admis à figurer dans la troupe qu’après trois apparitions dans trois ouvrages successifs ; et le jour du troisième début c’est le public qui décide de son engagement en sifflant ou en applaudissant.

Qui l’utilisait (qui programmait) ?

Le Grand Théâtre a connu deux modes de gestion : la régie directe et la concession. Entre 1905 et 1957, les théâtres municipaux sont l’objet de deux tentatives de régie directe, la première entre 1902 et 1906 et la seconde entre 1942 et 1945. Ce sont deux périodes où Edouard Herriot n’était pas décisionnaire. Le Maire de Lyon a toujours privilégié la gestion par concession. L’exploitation est confiée par contrat à un impresario qui verse un cautionnement au Crédit Municipal en échange d’une subvention pour payer les musiciens, choristes, techniciens…. Il est responsable artistiquement et financièrement.

Les principaux directeurs

On remarque une même instabilité chez les directeurs que durant les siècles précédents. Douze directeurs différents se sont succédés en 50 ans :

Flon et Landouzy (1906-1909), Gaston Beyle (1912-1915), Charles Montcharmont (1920-1927), Henri Valcourt (1909-1912 et 1928-1932), Maurice Carrié (1932-1940 et 1944-1946), Roger Lalande (1942-1944), Camille Boucoiran (1940-1941 et 1947-1949), Paul Camerlo (1949-1969).

Orchestre, Fonds Poulin, BML.

Les directeurs concessionnaires successifs étant toujours intéressés, en premier, par une volonté de rentrer dans leur frais, privilégient des spectacles faisant « recette ». La programmation lyrique durant les mandats d’Edouard Herriot s’avère alors peu novatrice, ni audacieuse, ni originale. Ce sont essentiellement les classiques du XIXe qui sont remâchés : Wagner, Massenet, Gounod, Bizet (avec Carmen), Meyerbeer (Les Huguenots), Reyer… avec des décors et des costumes réutilisés à loisir. Les tentatives de modernisation du répertoire reçoivent un accueil mitigé.

La Chauve Souris, 1937, BML.

L’entre-deux-guerres voit toutefois une renaissance du ballet autour des maîtres Jean Soyer de Tondeur et Sacha Sarkoff mais surtout d’illustres troupes invitées : les ballets russes, Serge Lifar, Anna Pavlova… La troupe de Michel Fokine menée par Serge de Diaghilev et le couple Nijinski est alors en train de révolutionner le ballet. Elle se produit régulièrement à Lyon en 1913, 1921, 1923, 1927, 1931 et 1935.

L’Opéra est aussi le lieu de mondanité où sont organisés de grands bals comme le bal des étudiants ou diverses soirées organisées par des associations. Une tradition bien vivace jusqu’à la décision du Conseil Municipal d’interdire les bals dansants pour raison de sécurité en 1928.

Les Lyonnais à l’Opéra

Le public de l’Opéra est très divers : à la fois la bonne société lyonnaise (qui avait parfois tendance à fuir le lieu en dehors des soirées de gala) et les classes populaires. Cette diversité est reflétée par le large éventail de tarifs : pas moins de 13 en fonction de la place et allant de 1 à 10. ¼ des places sont en 4eme galerie c’est-à-dire parmi les moins onéreuses. Mais si différents publics coexistent ils ne se croisent pas. Des circulations distinctes sont prévues. Le Grand-Théâtre est un lieu de représentation où la bonne société va pour être vue.

Balcon & orchestre, Fonds Poulin, BML.

Le comportement de ces publics peut être diamétralement opposé. Les 4èmes galeries sont régulièrement l’objet de plaintes ; les spectateurs y sont turbulents, dans la tradition du public du XIXème siècle. Il viennent à l’opéra faire la fête, et n’hésitent pas à huer, se moquer, manger bruyamment… les incidents et protestations ne sont pas rares même si l’expulsion des plus récalcitrants permet de policer l’assemblée.

Album des Frères des Quatrièmes, 1923-1932, 91 II 16, AML.

A l’inverse les fauteuils sont réputés guindés et froids. Il n’en reste pas moins que ce public lyonnais spécialisé est un public exigent. Et s’il ne se manifeste pas le temps du spectacle, c’est par lettre au maire, pétitions voir affiches qu’il cherche à se faire entendre. Une presse critique souvent acerbe est encore le biais de leurs revendications.

Petition, 1911, AML, 88 WP 29.

Personnalités liées à ce lieu

Opéra : Marius Verdier (chanteur) et Louise Janssen (cantatrice), Ninon Vallin (cantatrice), Miguel Villabella (chanteur), François Delmas (chanteur), Pierre Deloger (chanteur, metteur en scène), Antoine Mariotte (compositeur), André Cluytens (chef d’orchestre), Samuel Bovy (chef d’orchestre), Otto Ackermann (chef d’orchestre). Danse : Soyer de Tondeur (maître de ballet), Sacha Sarkoff (maître de ballet).

Architecture : Giranne. Parmi les travaux effectués au début des années 1920, un intérêt particulier doit être fait à la scène tournante, imaginée par Giranne en 1905 et réalisé en 1922. Il s’agit d’une scène pivotante partagée en deux par une grande cloison ; pendant que les spectateurs suivent le spectacle sur la demi-scène, les machinistes préparent les décors suivants à l’abri des regards.

Quel rapport avec E. Herriot ?

Edouard Herriot s’engage dans une politique culturelle susceptible de revaloriser l’image de Lyon. Il souhaite en faire une ville attractive et moderne. Les institutions culturelles comme l’opéra servent ainsi à valoriser l’image de la ville à l’extérieur. Contrairement à ce que l’on pourrait croire ce type d’institution entre peu dans la politique d’éducation populaire d’Edouard Herriot.

Edouard Herriot devant le monument de Louise Janssen, Fonds Poulin, BML.

Ce dernier est souvent accusé de se désintéresser de l’opéra il soutient néanmoins la reconstruction coûteuse des années 1920 et augmente la subvention municipale. Il n’hésite pas non plus à dépenser plus qu’il ne le souhaite, dans les années 1930, pour renflouer les caisses. Edouard Herriot montre cependant une certaine lassitude liée aux coûts et aux problèmes de fonctionnement (nombreuses grèves du personnel) d’où la valse des directeurs. Le financement des grandes salles interrogeait d’ailleurs toutes les grandes villes, Marseille organise ainsi en 1927 un groupe de pression pour obtenir des moyens supplémentaires de la part de l’Etat.

Construction de la scène tournante, 1922, Fonds Sylvestre, BML.
Construction de la scène tournante, 1922, Fonds Sylvestre, BML.

Enfin, la mise en concession ne signifie pas qu’Edouard Herriot se désintéressait de la programmation, laissée à un directeur privé ; elle était étroitement surveillée par une Commission des théâtres municipaux directement rattachée au maire.

Comment a fonctionné ce lieu pendant la Seconde Guerre Mondiale

Le Grand-Théâtre est rouvert dès novembre 1939. La situation financière est difficile et le contexte peu propice à l’épanouissement du théâtre lyrique. Comme toutes les salles, le Grand Théâtre connaît des difficultés à se fournir en matériel (ampoules, chaussons), voit les artistes bloqués par le réseau ferré, des spectacles arrêtés par les alertes aériennes. Les lois sur les étrangers et les juifs entravent les orchestres et les corps de ballets… Le Grand-Théâtre passe dès 1942 en régie municipale, sous la coupe de l’adjoint aux Beaux-Arts, Proton de la Chapelle. Ce dernier met à la direction Roger Lalande, accompagné d’André Cluytens. Malgré les difficultés le duo donne des saisons de qualité.

  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
  • Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.
    Album des Frères des Quatrièmes, 91 II 16, AML.