AIRS DU TEMPS
Édouard Herriot et la vie musicale à Lyon (1905-1957)

La boutique Orgeret, éditeur lyonnais

Adresses et dates

De 1852 à 1864 : au 10, rue de Marignan, 69003 Lyon
De 1864 à 1935 : 72 passage de l’Argue, 69002 Lyon
DE 1935 à 2004 : 35 rue Palais-Grillet, 69002 Lyon

Genres musicaux

Les éditions Orgeret Lyon-Chansons étaient spécialisées dans la musique populaire (chansons comiques, d’amour, politiques, militaires, réalistes, de bal, de Noël, pour enfants, de variétés, folkloriques, latino-américaines, à boire, musique instrumentale, danses, ballets et opérettes).
Toutefois la librairie vendait des partitions de tous les genres (classique, opéra, jazz, rock, méthode de solfège, etc.).

Personnalités liées à ce lieu

Parmi les auteurs régulièrement édités par Orgeret et dont on trouve parfois des marques de sympathie via des dédicaces sur des photographies, citons Félix Antonini, César Geoffray, Camille Jacquemot, Léon Raiter, Charles Pléau, Alex Boccoz, Marcel Rozet, Eudore Rancurel, Françoise Genetier, Pierre Adornier, Mario Melfi, Gérard Nony, Fernand Warms, Jacques Cathy, Joannès Perret…
Plus généralement, les artistes nationaux de renom y dédicaçaient leurs œuvres et portraits photographiques lors de leur passage à Lyon.
Lieu musical populaire s’il en est, la boutique était largement fréquentée par des artistes amateurs venus chercher de quoi égayer les soirées de leur entourage.

Quel rapport avec Edouard Herriot

Orgeret a permis à la musique populaire de se diffuser durant toute la période où Edouard Herriot était maire. En commercialisant des méthodes d’apprentissage de musique (solfège et beaucoup de choses en direction des enfants), la librairie a participé à l’effort d’élévation des masses cher à Herriot.

Histoire du lieu

L’activité de la librairie musicale Orgeret s’étend du milieu du XIXe au début du XXIe siècle, plus précisément de 1852 à 2004, année de fermeture et de rachat du fonds par la Bibliothèque municipale de Lyon ; soit 5 générations de libraires !
A l’origine, la librairie se situait au 10, rue de Marignan, tenue par Jean-Pierre Gonet. En 1864 son fils André Gonet l’installe au 72 passage de l’Argue et ce déménagement marque le début de la spécialisation en vente de partitions musicales, sous le nom d’enseigne : Lyon-Chansons.

A la mort d’André Gonet, sa fille Marguerite Gonet hérite de la boutique. Elle épouse Jean-Marie Orgeret en 1897. C’est sous son impulsion que la boutique se lance dans l’édition de partitions musicales, spécialisée en chansons populaires.
La boutique Orgeret Lyon-Chansons devient une référence, voit défiler tous les artistes de variété de la Belle-époque en marge de leur passage sur la scène des différents cafés-concerts lyonnais.
Jean-Marie Orgeret meurt en 1931, mais depuis 1930, le fils unique Max Orgeret avait repris le flambeau.
En 1935 il transfère le magasin au 35 rue Palais-Grillet, qui sera la dernière adresse de la boutique.

Entre 1930 et 1950, Max Orgeret mène une intense activité d’éditeur. Chansons comiques, d’amour, politiques, militaires, réalistes, de bal, de Noël, pour enfants, de variétés, folkloriques, latino-américaines, à boire, musique instrumentale, danses, opéras, opéras comiques, ballets et opérettes. C’est durant ces 20 années que se constitue la richesse du catalogue Orgeret. Les auteurs désirant se faire éditer envoyaient leurs manuscrits par la Poste, ou venaient chanter directement au magasin. Peu sont professionnels, ils ont parallèlement un métier et font ça par passion. Presque la totalité des compositeurs édités par Orgeret étaient lyonnais ou de la région, on peut donc dire que la création populaire locale a été très fortement soutenue et même impulsée par Orgeret.

L’éditeur de musique est en effet à cette époque le principal soutien de l’artiste. Sans lui, l’œuvre ne vit pas. La propriété intellectuelle a depuis peu émergée avec le concept de droit d’auteur. A Paris, des chanteurs de rue sont payés par des éditeurs de musique pour faire vendre les partitions à des gens qui ensuite les joueront chez eux. Cette diffusion par papier de la musique va de pair avec l’essor des techniques d’impression, que les nombreux typons du fonds Orgeret illustrent bien.

Max Orgeret développa la vente de 78 tours et poursuivit l’édition dans une moindre mesure jusqu’aux années 1970. Il meurt en 1978 et la boutique tenue par sa veuve et enfants se concentrera sur la vente de partitions et de disques.

Comment a fonctionné ce lieu pendant la Seconde Guerre mondiale

Les activités de la librairie et de la maison d’édition ne se sont pas interrompues. On retrouve des chansons à la gloire de Pétain comme à celle des maquisards ou des Américains.
Jérôme Dorival, professeur d’histoire de la musique au Conservatoire national de région de Lyon, relève la controverse dans l’article La chanson française pendant la guerre (au CHRD. La collection de partitions. Lyon : Ville de Lyon, cop 2003, 34p) : « A la Libération, des éditeurs comme Max Orgeret délaissent l’évocation de l’infranchissable ligne Maginot et le culte du Maréchal pour se tourner vers les chants du maquis du Vercors ou des Corps Francs, sans oublier pour autant les plaisirs de la vie avec Au volant de ma jeep, de Claude Ginou (musique) et André Beralt (paroles) »

Source : Caroline Rogier. Elaboration d’un plan de valorisation d’un fonds musical : le fonds Orgeret à la Bibliothèque municipale de Lyon. ENSSIB, 2006.