Les berges du Rhône

Les berges de la rive gauche du Rhône semblent avoir retrouvé en 2007, avec la disparition des parkings, les usages qu’en faisaient les lyonnais en 1900, ceux d’une promenade sereine au bord de l’eau, et parfois d’activités nautiques sportives ou bien purement ludiques.

C’est entre 1859 et 1863 que les quais avec digues et bas ports ont été aménagés sous les ordres de l’ingénieur en chef Charles Kleitz (1808-1886), mettant fin à de terribles inondations. Le modèle est le même partout, avec l’utilisation de la pierre blanche de Villebois, acheminée par le fleuve.

Mais en face, au pied de l’Hôtel-Dieu sur la rive droite, quai Jules-Courmont, une installation singulière a disparu : une grille qui entourait une sorte de bassin de cinquante mètres de large par vingt, avec des rangées de planches métalliques, situées un peu au-dessus du niveau normal des eaux. Ce n’était pas une piscine mais un bain pour les chevaux.

C’est le maire Antoine Gailleton (1881-1900) qui propose au conseil municipal d’aménager sur les berges du quai Jules-Courmont une piscine spécialement conçue pour accueillir chevaux et ânes de la ville. D’une longueur de 125 mètres, elle comprend une plate-forme métallique et une clôture l’isolant du fleuve.

Le journaliste Pétrus Sambardier raconte ainsi comment les charretiers, les cochers de fiacres y amenaient leurs bêtes, les faisaient entrer dans l’eau : « Placés sur les planches de fer, les conducteurs tenaient par une longe leur baigneur, qui se mouillait suivant les prescriptions du vétérinaire. Ils le savonnaient à tour de bras, lui jetaient des seaux d’eau sur le dos. Ils en profitaient souvent pour faire, eux-mêmes, le torse nu, une vigoureuse toilette. Quelques-uns même, qui ne craignaient pas le goût du savon noir, piquaient une tête et faisaient peter leurs agotiaux dans cette piscine mixte. Un bon palefrenier ne craint pas son cheval, qui est un ami avec qui l’on peut partager l’eau du bain surtout lorsqu’elle est courante comme celle du Rhône. »*

Aussi, on assistait souvent à de belles scènes entre les charretiers, jaloux du monopole chevalin du bain, et des particuliers qui se permettaient de venir baigner leur chien en cet établissement normalement réservé au noble animal…

L’installation n’a cependant qu’une brève existence : sous la mandature Augagneur (1900-1905), un conseiller municipal de gauche soulève la question de cette piscine « occupée dès le matin par des chevaux de luxe dont les écuries sont proches et qui empêchent le bain de pauvres bêtes ayant trimé toute la journée sous un soleil de plomb ». Le problème est résolu par le remplacement progressif des quadrupèdes par l’automobile, et la disparition définitive de ce type d’aménagement.

* Pétrus Sambardier In : Le Salut Public, 25 août 1936.

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