Girrane et le Progrès illustré

Le Progrès de Lyon est fondé le 12 décembre 1859, par un maître imprimeur, Jean-François Chanoine (1808-1864). En 1880, Léon Delaroche (1837-1897) rachète le journal. Agent de change, homme d’affaire parisien, ce dernier se révèle un véritable patron de presse.

Convaincu que c’est l’actualité de leur commune qui intéresse les lecteurs, il multiplie les éditions locales. Misant sur la compétitivité, il acquiert au début des années 1880 quatre rotatives Marinoni, qui peuvent tirer jusqu’à 100.000 exemplaires à l’heure. En 1885, le grand quotidien d’information à tendance radical-socialiste se dote du télégraphe, ce qui lui permet de relayer efficacement et rapidement les toutes dernières nouvelles.

Le 14 décembre 1892, Le Progrès de Lyon annonce à ses lecteurs que son directeur, Léon Delaroche, vient de faire l’acquisition auprès d’Emile Guimet de l’ancien Théâtre-Bellecour, 85 rue de la République, et qu’il se propose d’y installer les bureaux du journal ainsi que ses ateliers d’imprimerie à l’arrière du bâtiment, avec un accès sur la rue Bellecordière. Bien qu’ouvert depuis plusieurs mois déjà, l’inauguration du nouvel hôtel a lieu le 4 avril 1895. La cérémonie provoque un vif mouvement de curiosité et de sympathie parmi la population lyonnaise. L’événement est doublement signalé, d’abord dans le quotidien, puis dans son supplément illustré. Ce dernier, dans son numéro du 21 avril, lui consacre d’ailleurs une double page, illustrée d’une série de gravures au trait montrant les rénovations apportées sur la façade par l’architecte Prosper Perrin (1834-1909) ainsi que les différentes étapes de fabrication du journal.

La principale attraction du bâtiment reste cependant, à cette époque, son magnifique hall ou « salle des dépêches ». Comme le reportage photographique n’existait pas encore, la direction passe un contrat avec le portraitiste parisien Reutlinger qui lui assure un service régulier des figures d’artistes et de personnages momentanément célèbres que le journal expose régulièrement dans son nouveau hall.

D’autres attractions y prennent également place. C’est ainsi que le 23 décembre 1894, le véritable phonographe Edison permit aux amateurs d’entendre pour dix centimes, Paulus, Yvette Guilbert ou Sulbac, et le 17 juin 1895, c’est au tour du Kinétoscope d’Edison, précurseur du cinéma des frères Lumière de faire son apparition dans la salle des dépêches...

Dès 1894, Léon Delaroche, fondateur-directeur du journal, sollicite pour sa salle des dépêches la création et la concession d’un réseau téléphonique. Sur le modèle de ce qui a été réalisé à Paris, plusieurs liaisons téléphoniques sont établies à Lyon entre le Grand-Théâtre, et le grand hall du quotidien. Le fonctionnement du théâtrophone de Clément Ader – terme qui apparait en 1889 – reste relativement simple : sur la scène des théâtres, plus particulièrement des théâtres lyriques, à droite et à gauche du trou du souffleur, sont disposés des microphones qui captent la voix des acteurs et la transporte, en la renforçant, par une canalisation téléphonique, jusqu’à un central téléphonique, puis chez les abonnés. À Lyon, le central téléphonique de la rue de la Barre, tout proche du siège du Progrès, sert de relais. Pour cinquante centimes les dix minutes, les mélomanes peuvent ainsi écouter la retransmission téléphonique des ouvrages du Grand-Théâtre, des revues et des opérettes de l’Eldorado... et le 14 mai 1895, pour un franc les dix minutes, c’est l’Opéra de Paris qui devient accessible à tous !

Cette installation permettant une retransmission sonore des spectacles donnés en représentation au Grand-Théâtre de Lyon va exister en l’état jusqu’en 1912, date à laquelle Léon Delaroche cède les droits à Paul Duvivier, directeur du journal Le Tout Lyon, dont le siège est installé à proximité, au 45 rue de la République. Suspendu en 1914 en raison des hostilités, une tentative de remise service du théâtrophone lyonnais est effectuée au lendemain de la guerre. Mais l’état des lignes, jugées défectueuses, et le manque d’abonnés ne le permettent pas. L’ingénieux système décline lentement au cours des années 1920. Il est définitivement remplacé en 1934 par une autre innovation : la T.S.F. (transmission sans fil) exploitée par l’émetteur de Lyon-La Doua.

Le Progrès illustré, supplément dominical, est quant à lui lancé le 21 décembre 1890. Alors que la plupart des quotidiens de province se fournissent en images auprès des agences, le Progrès propose des gravures originales et renforce la thématique locale. C’est donc un témoin essentiel de tous les aspects de la vie lyonnaise à travers ses chroniques.

Léon Delaroche disparait le 11 novembre 1897 et c’est son neveu, Léon II Delaroche (1887-1940), jeune diplômé de l’Ecole centrale, qui prend la tête du journal avec son frère Henri.

  • La retraite aux flambeaux, place de la Charité
    La retraite aux flambeaux, place de la Charité

    Gravure par G. Girrane.
    Publiée in : Le Progrès illustré, 17 juillet 1892, p.4

  • Le Progrès illustré, supplément illustré du Progrès de Lyon
    Le Progrès illustré, supplément illustré du Progrès de Lyon

    Affiche des ateliers Chéret, Paris, 1890

  • Le nouvel hôtel du Progrès
    Le nouvel hôtel du Progrès

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Un coin du théâtrophone, 31 octobre 1895
    Un coin du théâtrophone, 31 octobre 1895

    Gravure par G. Girrane.
    Publiée in : Le Progrès illustré, 17 novembre 1895

  • La salle des dépêches et la clicherie du journal
    La salle des dépêches et la clicherie du journal

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Un coin de l'imprimerie
    Un coin de l’imprimerie

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Composition du journal par l'équipe du Progrès illustré
    Composition du journal par l’équipe du Progrès illustré

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Contrôle de l'épreuve
    Contrôle de l’épreuve

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Les rotatives du Progrès
    Les rotatives du Progrès

    Gravure par G. Girrane.
    Publiées in : Le Progrès illustré, 21 avril 1895

  • Le Progrès illustré
    Le Progrès illustré