Girrane "faits-diversier"

De la morgue aux cours d’assises de la région, Girrane aborde la question des faits-divers et est amené à couvrir pour le Progrès illustré quelques unes des plus sordides affaires criminelles de cette fin de siècle.

La morgue de Lyon en 1892

Depuis 1853, Lyon possède une morgue installée sur une plate, bateau à fond plat amarré au quai de la rive droite du Rhône, à hauteur de l’Hôtel-Dieu. Il est avant tout destiné à recevoir les noyés retirés des fleuves et à accueillir les personnes en attente d’identification (accidentés, suicidés, assassinés...). On y pratique également les autopsies, faute de locaux plus adaptés… En janvier 1910, une crue du Rhône emporte le frêle esquif qui se fracasse contre l’une des piles du pont de la Guillotière avant de s’échouer à Saint-Fons. Un temps hébergée dans les bâtiments de la faculté de médecine du quai Claude-Bernard, la morgue rejoint vers 1933 – et sous le nom d’Institut médico-légal – le site Rockeffeler dans le nouveau quartier hospitalier de Grange-Blanche.

L’affaire Santo Caserio (1894)

Le 24 juin 1894, le président Sadi Carnot en visite à Lyon où il doit inaugurer l’Exposition internationale est mortellement blessé aux abords du Palais de la Bourse par le jeune anarchiste italien Santo Caserio. Transporté d’urgence à la préfecture, comme le prévoit le protocole, le président y décède dans la nuit.
Cet attentat suscite une vive émotion dans tout le pays. Après une instruction rapidement menée (22 jours) et un procès qui dépasse à peine une douzaine d’heure au cours duquel l’accusé revendique l’entière responsabilité de son acte, quelques minutes de délibérés suffisent pour le condamner à mort. Il monte sur la guillotine le 16 août 1894, à 5 heures du matin.

L’affaire Joseph Vacher (1897-1898)

En 1897, une série de crimes particulièrement horribles ensanglante le Rhône, la Drôme, la Savoie et l’Ardèche. On finit par arrêter, presque par hasard, un certain Joseph Vacher, ancien soldat devenu vagabond, qui avoue onze crimes dont il livre tous les détails sordides. La pugnacité d’Emile Fourquet, jeune magistrat de Bourg, et l’expertise psychiatrique menée par trois médecins lyonnais (Pierret, Lannois et Laccassagne), le conduisent devant la cour d’assises de l’Ain où il doit répondre de ses actes. Il est condamné à la peine de mort et monte sur l’échafaud le 31 décembre 1898.
La Une du Progrès illustré datée 30 octobre 1898 synthétise, par le dessin, les diverses étapes de l’affaire, de l’arrestation de Joseph Vacher à Champis (Ardèche) le 4 août 1897 à l’ouverture de son procès devant la cour d’assises de l’Ain le 26 octobre 1898 : Joseph Vacher, le chemineau du crime (1) ; l’arrestation à Champis (2) ; Monsieur Plantier, auteur de l’arrestation (3) ; portrait de Joseph Vacher (4) ; le puits à Tassin-la-Demi-Lune où fut retrouvé le jeune Claudius Beaupied (5) ; l’arrivée de Vacher à la gare de Lyon-Perrache (6) ; Emile Fourquet, juge d’instruction à Bourg-en-Bresse (7) ; Maitre Charbonnier, du barreau de Grenoble, défenseur de Vacher (8) ; aux assises, le tueur de bergers à côté de son défenseur (9).
De son arrestation à nos jours, cette affaire a suscité une abondante littérature… et un film : Le Juge et l’assassin de Bertrand Tavernier (1976), avec Michel Galabru dans le rôle de Vacher et Philippe Noiret dans celui du juge Fourquet.

L’affaire Luigi Richetto (1901)

À la fin du XIXe siècle, deux corps de femmes coupées en morceaux sont découverts dans une boutasse, sur les hauteurs du quartier Saint-Just. L’examen médico-légal d’Alexandre Lacassagne (1843-1924) ainsi que l’enquête permettent l’arrestation d’un homme d’origine italienne, Luigi Richetto, dont le procès s’ouvre le 25 juin 1901 devant la cour d’assises du Rhône.
Les débats durent cinq jours, marqués par le défilé habituel des témoins et surtout par l’intervention du médecin-légiste lyonnais qui, en tant qu’expert auprès des tribunaux, vient donner ses conclusions.
Au nombre des témoins qui déposent devant le juge Benoist (3), figurent également le professeur Florence (18) et le cortège de gens de toutes conditions ayant connus les victimes : bourgeois, artiste peintre, garde champêtre, domestiques, repris de justice, etc.
Le 29 juin, les jurés reconnaissent la culpabilité de l’accusé mais lui accordent cependant des circonstances atténuantes et le condamne, en conséquence, aux travaux forcés à perpétuité. Luigi Richetto meurt au bagne de Cayenne en 1903.

  • Tableaux lyonnais : la morgue
    Tableaux lyonnais : la morgue

    Gravure par G. Girrane.
    Publiée in : Le Progrès illustré, 10 avril 1892, p.8

  • La salle des assises où sera jugé Caserio
    La salle des assises où sera jugé Caserio

    Gravure par G. Girrane.
    Publiée in : Le Progrès illustré, 29 juillet 1894, p.5.

  • L'affaire Vacher devant la cour d'assise de l'Ain
    L’affaire Vacher devant la cour d’assise de l’Ain

    Tirage d’essai par G. Girrane, ca. 1898.
    Gravure publiée in : Le Progrès illustré, 30 octobre 1898, p.

  • L'affaire Richetto : croquis d'audience des témoins
    L’affaire Richetto : croquis d’audience des témoins

    Tirage d’essai d’après un dessin de G. Girrane
    Gravure publiée in : Le Progrès illustré, 7 juillet 1901, p.8.