Impressions premières
La page en révolution de Gutenberg à 1530

Commentaires encadrant le texte

57. Biblia latina, cum glosa ordinaria Walafridi Strabonis et interlineari Anselmi Laudunensis

Glose ordinaire attribuée (à tort) à Walafrid Strabon (vers 808-849) ; glose interlinéaire attribuée (à tort) à Anselme de Laon (vers 1050-1117)
[Strasbourg : Adolf Rusch pour Anton Koberger à Nuremberg, avant 1480]
In-folio en 4 volumes

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BML, Rés Inc 22, tome 3
(livre de Daniel, chapitre 1)

Cette imposante bible strasbourgeoise, en quatre volumes de grand format, reprend la mise en page des bibles glosées manuscrites.
Imprimé en grands caractères et sur deux colonnes, le texte biblique occupe le centre de la page. Il est encadré par un premier commentaire, la glose ordinaire, qui fut longtemps attribuée à l’écrivain et ecclésiastique franc Walafrid Strabon. Il s’agit en fait d’un travail collectif mené en partie par le théologien Anselme de Laon. En fonction du nombre et de la longueur des commentaires, cette glose entoure complètement le texte sacré (page de gauche) ou se déploie seulement dans les marges latérales (page de droite). Un second commentaire, plus court, est inséré entre les lignes du texte biblique : les annotations figurent au-dessus des termes qu’elles viennent expliquer.
Chacune des deux gloses possède son système de renvoi : les sections de la glose ordinaire sont introduites par les extraits bibliques auxquels elles se réfèrent. Des croix de trois formes différentes font le lien entre la glose interlinéaire et les mots qu’elle commente.
La glose, qui connut ses plus amples développements aux XIIe et XIIIe siècles resta exploitée jusqu’à la fin du Moyen Age. Elle fut remise en cause par les humanistes qui souhaitaient revenir aux sources du texte biblique en le dégageant de ses commentaires médiévaux.
Les belles initiales enluminées qui ornent cet exemplaire et les lignes de réglure tracées après l’impression renforcent la proximité avec le modèle manuscrit.

Pour aller plus loin : Portail Glossae.net - Gloses et commentaires de la Bible au Moyen Âge


58. Prima (-Septima) pars hujus operis : continens textum Biblie cum postilla domini Hugonis Cardinalis

Glose de Hugues de Saint-Cher (vers 1190-1263)
[Bâle : Anton Koberger pour Johann Amerbach, 1498-1502]
In-folio en 7 parties

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BML, Rés Inc 659, f. M6v-M7r
(premier Livre des Rois, chapitre 25)

Cette édition bâloise offre un autre exemple de bible glosée. Contrairement au précédent ouvrage (57), celui-ci ne possède qu’une glose encadrante, celle qui fut rédigée sous la conduite du dominicain Hugues de Saint-Cher vers 1230-1235. Des lettres minuscules assurent un renvoi efficace entre le texte biblique et la glose dont chaque section s’ouvre sur un rappel des termes commentés. Ceux-ci sont imprimés dans la même taille de police que le texte central. On notera également l’utilisation d’accolades pour ordonner certains développements.


59. La Bible qui est toute la Saincte escriture. En laquelle sont contenus le Vieil Testament et le Nouveau translatez en Françoys. Le Vieil de Lebrieu et le Nouveau du Grec…

Traduction par Pierre Robert Olivétan († 1538), préface par Jean Calvin (1509-1564), préface de l’index par Mathieu Malingre († 1572), vers et table des mots étrangers par Bonaventure Des Périers († 1543), Hugues Sureau Du Rosier (vers 1530-vers 1575) et Pierre de Vingle (vers 1495-1536)
Neuchâtel : Pierre de Vingle, 1535
In-folio de 8 feuillets non chiffrés, 186, 66, 60, 105 feuillets chiffrés et un feuillet non chiffré

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BML, Rés 23748, f. H5v-H6r
(début du Cantique des cantiques)

Cette édition constitue la première traduction de la Bible en langue française à partir des textes originaux en hébreu et en grec. Elle a été réalisée par Pierre Robert Olivétan, cousin de Calvin, qui s’est appuyé sur les travaux de Lefèvre d’Etaples (vers 1450-1536) et de Sante Pagnini (1470-1541). Contrairement aux deux bibles précédentes, la part des annotations est ici très réduite : la glose a laissé place à de courtes notes explicatives. Publiée à Neuchâtel en 1535, la Bible d’Olivétan manifeste la volonté des réformateurs de revenir aux sources du texte sacré tout en favorisant l’accès à celui-ci.


60. Faure, Jean († vers 1340)

Lectura Johannis Fabri in libri institutionum [Commentarius in Institutiones]
[Lyon : Guillaume Le Roy ?, vers 1485]
In-folio de 262 feuillets non chiffrés

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BML, Rés Inc 603, f. f3v-f4r

Le juriste français Jean Faure rédigea vers 1335-1340 un commentaire latin sur les Institutes. Ce manuel de droit romain, composé sur l’ordre de l’empereur Justinien au VIe siècle, fut redécouvert en Occident à la fin du XIe siècle et influença durablement le droit européen. Trois éditions du commentaire de Jean Faure sont ici présentées. La première contient uniquement le texte du juriste, disposé sur deux colonnes très denses et dépourvu de rubrication – les espaces réservés pour les initiales et les pieds de mouche constituent autant de vides. Il est entouré de larges marges dont le lecteur aurait pu s’emparer pour noter à la main ses propres commentaires. La page de droite correspond au début de la partie consacrée aux testaments.


61. Jean Faure († vers 1340)

Joannis Fabri pontificii casareique juris professoris clarissimi in quattuor libros institutionum domini Imperatoris Justiniani commentarii nouis iliustrati [sic] additionibus opera… [Commentarius in Institutiones]
Commentaire par Johannes de Gradibus
Milan : Leonhard Pachel, 1509
In-folio de 157 feuillets

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BML, Rés 21548, f. 35v-36r

Dans cette édition milanaise de 1509, le texte de Jean Faure fait lui-même l’objet de commentaires. Placés dans les marges latérales, ceux-ci sont imprimés avec les mêmes caractères typographiques que le corps de l’ouvrage mais, le plus souvent, avec un léger décalage vertical. Le texte principal présente une mise en page similaire à l’incunable publié 25 ans plus tôt (60). Les titres des parties sont mis en valeur de manière identique et les mêmes termes apparaissent en grands caractères pour signaler l’articulation du texte. La foliotation et les titres courants permettent cependant une navigation plus aisée dans l’ouvrage.


62. Jean Faure († vers 1340)

Jo. Fabri super Insti[tutiones]
Commentaires par Johannes Dominicus de Rebacinis, édition scientifique par Johannes de Gradibus
Lyon : Jean Houdouart et Benoît Bonyn pour Jacques Giunta, 1523
In-octavo de 36 feuillets non chiffrés et 308 feuillets chiffrés

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BML, Rés B 508755, 91v-92r

Cette édition lyonnaise offre le même contenu que le volume précédent (61) mais dans une version portative. Le passage à un petit format a d’importantes répercussions sur la mise en page. Pour dégager l’espace nécessaire à l’insertion des commentaires, l’imprimeur a fait le choix de réduire, en largeur et parfois en hauteur, l’une des deux colonnes dédiées au texte de Jean Faure. Si cette solution donne à la page un aspect moins régulier que dans l’édition précédente (61), elle présente l’avantage, du point de vue de l’imprimeur, de pouvoir conserver une largeur identique pour la colonne intérieure, qu’il y ait ou non des commentaires, ce qui facilite la composition de la page.


63. Avicenne (980-1037)

Primus canonis auicenne principis cum explanatione Jacobi de partibus medicine facultatis professoris excellentissimi [Canon de médecine]
Traduit par Gérard de Crémone (1114-1187), commenté par Jacques Despars (vers 1380-1458), édité par Jean Lascaris (vers 1445-1535) et Jacques Ponceau
Lyon : Jean Trechsel puis Jean Clein, 1498
In-folio de 452 feuillets non chiffrés

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BML, Rés Inc 837, f. x2v-x3r
(numérotés 162v-163r)

La glose prenait parfois de telles proportions qu’elle en arrivait à éclipser le texte auquel elle se référait. Dans cette édition du Canon de médecine d’Avicenne, le commentaire du médecin français Jacques Despars envahit la page. Sur celle de droite, il s’en est fallu de peu que le texte d’Avicenne disparaisse totalement (ce qui arrive effectivement à d’autres passages du livre) !


64. Boèce (vers 480-524), Quintilien (vers 30-vers 100)

Comme[n]tus duplex in Boetium de Consolatione philosophie… Item commentum in eundem de Disciplina scholarium : cum commento in Quintilianum de Officio discipulorum : diligenter annotata
Édité par Conradus Poseiaen, commenté par Thomas Waleys (1287-vers 1350) et Josse Bade (vers 1461-1535)
Lyon : Jean de Vingle, 1499
In-quarto en deux parties (168 et 48 feuillets non chiffrés)

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BML, Rés Inc 298, f. p3v-p4r

Philosophe et homme d’Etat, Boèce fit une brillante carrière politique à la cour de Théodoric (vers 454-526), roi des Ostrogoths, avant d’être injustement accusé de complot. Alors qu’il attendait son exécution en prison, il rédigea sa Consolation de philosophie. Alternant vers (ici, sur la page de gauche) et prose (page de droite), l’œuvre se présente sous la forme d’un dialogue entre la Philosophie et l’auteur. Disposé sur une colonne qui prend appui sur le bord intérieur de la page, le texte de Boèce est encadré par le commentaire du dominicain anglais Thomas Waleys, faussement attribué à Thomas d’Aquin comme l’indiquent les manchettes « Sanctus Thomas ». La mise en forme adoptée crée une symétrie à l’échelle des doubles pages. Des commentaires de Josse Bade sont également intercalés entre les différentes parties de l’œuvre de Boèce. Ils sont signalés par le nom ou surnom latin de cet humaniste : Ascensius. Les larges interlignes du texte principal, offerts à la plume des lecteurs, furent inégalement exploités au fil de l’ouvrage.


65. Ovide (43 av. J.-C.-17)

P. Ouidii Nasonis metamorphoseos libri moralizati : cum pulcherrimis fabular[um] principaliu[m] figuris…
Édité par Petrus Lavinius ; commentaires de Raffaele Maffei (1455-1522)
Lyon : Jacques Sacon pour Jacques Huguetan, 1512
In-quarto de 6 feuillets non chiffrés, 219 feuillets chiffrés et 9 feuillets non chiffrés

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BML, Rés 106115, 47v-48r

Les Métamorphoses du poète latin Ovide comptent parmi les œuvres les plus lues au Moyen Age et à la Renaissance. Elles furent abondamment copiées puis imprimées. Cette édition lyonnaise de 1512 est ouverte au livre III dont le début relate la légende de Cadmos, prince phénicien qui fonda la cité de Thèbes. L’imprimeur a adopté une mise en page similaire à celle de l’ouvrage précédent (64). Imprimé en grands caractères gothiques et doté d’importants interlignes, le texte d’Ovide est entouré des « enarrationes » (explications, commentaires) de l’humaniste italien Raffaele Maffei. La seule différence notable vient de la présence d’illustrations, placées en tête de chaque livre.


66. Prudence (348-vers 415)

Aurelii Prudentii Clementis, viri consularis, Psychomachia, Cathemerinon, Peristephanon, Apotheosis, Hamartigenia, Contra Symmachum, praefectu[m] urbis libri duo, Enchiridion Noui & Veteris testamenti
Édition scientifique et commentaires par Johann Sichard (1499-1552)
Bâle : Andreas Cratander, 1527
In-octavo de 16 pages non chiffrées, 454 pages chiffrées et 2 pages non chiffrées

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BML, SJ D 248/11, p. 26-27

Ce volume de petit format imprimé en italique – qui n’est pas sans rappeler les publications d’Alde Manuce – réunit les œuvres de Prudence, poète chrétien de la fin de l’Antiquité. L’édition en a été établie par l’humaniste allemand Johann Sichard qui a procédé à un examen philologique des textes de l’auteur. Les seules notes qu’il a ajoutées indiquent des variantes pour les mots signalés par une croix latine dans le corps de l’ouvrage. La double page exposée se situe dans la Psychomachie, l’œuvre la plus connue de Prudence, qui met en scène le combat des vices et des vertus.

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