JACQUELINE SALMON

Description du visible et de l’invisible

Egypte
1987

Egypte. 1987. © Jacqueline Salmon

Egypte. 1987.
© Jacqueline Salmon

L’Egypte était la première leçon d’histoire en 6e et c’est peut-être la raison de mes études d’Histoire. La Description de l’Egypte, ce livre mythique, emblématique d’un désir de savoir et d’embrasser un monde ; des animaux au végétal, de l’écriture à l’architecture m’avait émerveillée, puis plus tard, c’est lui qui en m’offrant une référence irréfutable m’a donné la liberté d’allier la botanique, l’architecture puis les écritures dans mon propre travail.
Je suis émue, presque troublée de le voir dans mon exposition, ouvert sur ces fruits impressionnants et sur ce paysage de pyramides ; une image inscrite dans notre patrimoine commun et que l’on peut pourtant regarder inlassablement.
C’est en 1987, que photographe débutante, avec mon premier Hasselblad, je suis allée en Egypte pour y réaliser mes propres photographies. J’avais considéré ce voyage comme le début d’une histoire personnelle que je désirais alors inscrire dans la vaste histoire de la photographie.
Là aussi, devant une tombe à Sakkarah j’ai compris quelque chose de la vie et de la mort dont le métier de photographe me rend redevable : cette phrase gravée qui m’a été traduite et qui m’habite depuis : « Toi qui passe, prononce mon nom afin de me donner la vie éternelle. »

Le livre des morts dans la pyramide d’Ounas
Le mur de l’architecte Imhotep à Sakkarah
Le naos à Edfou


La vallée de la Maulde ou l’envers de l’eau
1995

La vallée de la Maulde ou l'envers de l'eau. 1995, lac de Vassivière. © Jacqueline Salmon {JPEG}

La vallée de la Maulde ou l’envers de l’eau. 1995, lac de Vassivière.
© Jacqueline Salmon

Chemins, enclos, plantations, hameaux… des traces sont inscrites dans le fond du lac vide. On peut les recenser, les noter comme je l’ai fait avec l’appareil photographique.
L’important est ailleurs. Il est dans ce qui se pense, se réfléchit, se reconnaît au cours de la promenade difficile où le corps et le regard s’épuisent dans l’interrogation de l’être face au vide, à l’absence ; au sens symbolique du retrait des eaux.
Il y a là comme un effet de catastrophe, passée, apaisée, acceptée. De quelle nature est cette confiance assurée par peu d’effets, peu de couleurs ; mais des rythmes, des dessins, des structures délicates ?
Le regard se perd dans la mémoire et les lointains de la peinture renaissante : une rivière serpente, un petit pont raconte l’histoire des hommes dans le paysage, des collines modulent l’espace, l’adoucissent. On est face à un répertoire, à un vocabulaire dont on ne maîtrise pas le sens, face à l’évidence de l’adéquation du lieu à la figuration d’un monde mental.


La racine des légumes
1998-2000

La racine des légumes. 1998-2000. © Jacqueline Salmon

La racine des légumes. 1998-2000.
© Jacqueline Salmon

Hong Zicheng, philosophie de la dynastie Ming a donné pour titre à son recueil de pensées : Propos sur la racine des légumes .

C’est pour moi une série très importante, quasi autobiographique. On peut la regarder comme une métaphore des âges simultanés de la vie que l’on porte en soi : splendide maturité du potiron alors que l’ensemble de la plante est quasi desséchée et que malgré tout, au bout des tiges rampantes, on peut encore trouver un bourgeon, une fleur. C’est aussi un essai sur la représentation de la partie cachée et essentielle et chaque vie.

J’avais demandé à Robert F.Hammerstiel d’être mon assistant dans ce travail qu’il fallait faire à la chambre 4 x 5 inches, et que je ne pouvais pas réaliser seule, et il avait accepté. Les légumes sont cultivés par Gilles Béréziat à la ferme des Bioux à Buellas près de Bourg en Bresse. Ses légumes m’avaient époustouflée un jour sur un marché de l’Ain. Ce travail a duré plus de deux années. Robert avait construit un échafaudage de caisses de pommes de terre, la chambre était ainsi suspendue au dessus du sol soigneusement balayé sur lequel je disposais la plante. Il fallait alors lui redonner du volume avec tout un jeu de petites épingles, boules, cubes, branchettes, puis nettoyer les racines avec un pinceau. C’est alors que commençait le travail précis du cadrage puis celui de la mesure de lumière que nous faisions chacun à notre manière. Depuis le sol où j ‘étais accroupie j’imaginais l’image rectifiait la position d’une tige. perché au dessus de moi Robert rectifiait le cadre me faisait déplacer une feuille parfois toute la plante. A l ‘époque on ne pensait pas encore en terme de numérisation des images ou de retouche avec Photoshop, on a donc réalisé les photographies en couleur et en noir et blanc pour avoir le choix ultérieurement.