JACQUELINE SALMON

Invention des écritures

Quarantaines
Le temps qu’il fait / le temps qu’il est
2009-2010

Quarantaines. Le temps qu'il fait / le temps qu'il est. 2009-2010. © Jacqueline Salmon {JPEG}

Quarantaines. Le temps qu’il fait / le temps qu’il est. 2009-2010.
© Jacqueline Salmon

Sans doute, parce que j’apprenais le japonais, j’ai vu un jour des hiragana à déchiffrer dans les cartes météo du journal Le Monde représentant les déplacements de fronts froids et chauds sur l’Europe. J’ai choisi de dessiner des « quarantaines », durée de temps qui résonne de multiples manières : religieuse, médicale, politique, historique, La quarantaine, c’est le temps de l’isolement. Les pleins et déliés de la plume étaient trop esthétiques, l’encre de chine trop noire et le feutre assez pauvre, la mine de plomb trop discrète. J’ai choisi le fusain sur de grandes pages de 93 x 62 cm, et je les ai appelées « les écritures du temps ».


Géocalligraphies
Courants de marée
2008

Géocalligraphies. Courants de marée. 2008. © Jacqueline Salmon {JPEG}

Géocalligraphies. Courants de marée. 2008.
© Jacqueline Salmon

Lorsque je suis allée m’approcher des îles du Saint-Laurent pour en photographier les profils, j’ai appris combien il était difficile de naviguer sur le saint Laurent, car les courants de marée sont violents. Je pense alors que dans ma série géocalligraphies il me faut trouver comment représenter les flux. En 2008, je trouve enfin aux archives du parlement de Québec des cours de navigations des années 60 où sont dessinés les courants des marées montantes et descendantes de quart d’heure en quart d’heure à différents endroits du fleuve qui vont me permettre de réaliser la série des courants de marées. Je quitte le Québec en pensant « et le ciel » comment représenter les vents ?
Dans le fonds jésuite de la bibliothèque, il y a un exemplaire de The St. Lawrence Pilot. Guide de navigation du début du XIXe dans lequel Henry Wolsey Bayfield décrit les facteurs rendant la navigation si difficile sur le Saint Laurent. Après avoir eu son diplôme de capitaine au long cours il faut encore sept années d’études pour être autorisé à naviguer sur le fleuve.


Nuage rotatoire
2010 – 2016

Nuage rotatoire. 2010 – 2016. © Jacqueline Salmon

Nuage rotatoire. 2010 – 2016.
© Jacqueline Salmon

C’est à Myrtle Beach en Caroline du sud que j’ai photographié un étrange nuage rond. C’est en 2016 dans une exposition du quai Branly que j’ai compris de c’était un nuage rotatoire, en voyant les dessins du météorologue amateur Masanao Abe.


Carte des vents
2012

Carte des vents . 2012. © Jacqueline Salmon

Carte des vents . 2012.
© Jacqueline Salmon

En 2008 J’avais quitté le Québec en pensant « et le ciel » ? C’est un an plus tard à Evreux que je rencontre les météorologues qui vont m’apprendre à trouver et à lire les cartes des vents. Ils m’ont expliqué les codes de représentation, afin que je puisse les dessiner moi-même. Les vents se mesurent à 500 mètres, à 1000 mètres et à 1500 mètres. A ces différentes altitudes leur direction et leur force sont différentes, ils modèlent les nuages et c’est ainsi possible de dessiner la carte vraisemblable d’un ciel photographié.
Les premières réalisées en 2009 à la Maison des Arts Solange Baudoux sont des gravures à la pointe sèche. En 2013 Michèle Moutashar m’offre de grands murs dans son exposition Nuage au Musée Réattu les cartes des vents sont alors dessinées à l’encre de Chine sur des tirages sur plusieurs mètres de papier Japon. Celle - ci est dessinée sur un ciel des Alpes du sud à Boscodon. C’est la carte possible d’un ciel impossible, puisque constitué d’un grand nombre de photographies faites le même jour à la même heure.


Voyages de Cook
2016

Voyages de Cook. 2016. © Jacqueline Salmon

Voyages de Cook. 2016.
© Jacqueline Salmon

Chaque document, chaque objet appartenant à la collection du Musée de la Marine a été photographié puis répertorié dans des registres par dates et par sujets. En vu d’en monnayer des reproductions, chaque tirage photographique associé à sa côte a été collé dans des albums noirs non titrés dans l’ordre aléatoire des prises de vue. Ces registres sont appelés les livres noires par les conservateurs en raison de la couleur de leur couverture. Aujourd’hui où les images ont été numérisées ils n’ont plus d’usage.
Ils étaient encore là sur toute une lignée d’étagères dans bureaux, avant le déménagement et la modernisation du musée. Au hasard, j’ai eu la chance de tomber sur les voyages de Cook, avec profils, plantes, cartes, tout ce qui allait faire écho aux différents thèmes que j’étais ne train de développer.


Etudes de ciels
2016

Etudes de ciels. 2016. © Jacqueline Salmon {JPEG}

Etudes de ciels. 2016.
© Jacqueline Salmon

En 1785, Alexander Cozens publie une méthode permettant non pas d’imiter la nature mais de l’imaginer. Il détermine 23 ciels que Constable recopiera soigneusement avant de lire la publication de Luke Howard proposant une nomenclature des nuages et de se passionner pour une « histoire naturelle des cieux ».
Eugène boudin une génération plus tard va lui aussi réaliser un ensemble d’études de ciels qui sont au Musée André Malraux au Havre. C’est là que j’ai conçu l’exposition Du vent, du ciel, et de la mer, dans laquelle j’ai souhaité raconter et prolonger cette lignée. Jamais montrés, les copies dessinées de Constable à côté des gravures d’Alexander Cozens jouxtent des ciels de paysages de Pissarro ou de Sisley faisant parti de la collection. On remarque que ne s’intéressant qu’au ciel Cozens à exclu toute base paysagère de ses compositions. Ce vide est une part de l’image qui m’a beaucoup inspirée. Des diptyques de mes propres photographies en connivence avec John Constable et Eugène Boudin, prouvent à quel point ces peintres savaient étudier le ciel, jusqu’à penser pour Constable faire œuvre scientifique.