Marc Michel Rey
Un libraire au siècle des lumières

Editer des journaux

L’essor des journaux commence dans les années 1660 avec, notamment, avec la publication à Paris du Journal des savants (1665) et du Mercure galant (1672) et s’affirme dans toute l’Europe après la révocation de l’Édit de Nantes (1685) et la Révolution anglaise (1688).

En Hollande, les journaux permettent ainsi de faire le lien entre les protestants exilés et s’appuient sur la prospérité de la librairie. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les journaux se multiplient : ils répondent à une demande de plus en plus importante d’informations, mais aussi au goût du public pour les sciences et les découvertes, à l’intérêt pour les controverses religieuses et philosophiques.

Si la diffusion sous forme de feuilles séparées existe, le journal est surtout diffusé sous la forme de livre, en volumes ou en collections qui réunissent tous les volumes parus dans une année avec une pagination continue. Les libraires peuvent ainsi insérer les catalogues des ouvrages qu’ils vendent dans leurs boutiques. La périodicité est variable : hebdomadaire, mensuelle, ou annuelle pour les grandes revues culturelles.
La diffusion des journaux et des revues par abonnement et par collections est au fondement d’une nouvelle économie de la librairie qui inspire la diffusion des livres eux-mêmes : les huit volumes des Cérémonies et coutumes religieuses gravées par Picart, sont, par exemple, diffusés par abonnement, de même que l’Encyclopédie.

Marc Michel Rey diffuse plusieurs journaux au cours de sa carrière : Le Contrôleur du Parnasse (1745-1748), Le Mercure de France, dédié aux oisifs (1770-1780) ou encore le journal satirique Le Radoteur (1775-1776). Dès 1749, il imprime le Journal des Savants augmenté de divers articles qui ne se trouvent pas dans l’édition de Paris (septembre 1749-1753), ajoutant au texte du Journal parisien la liste des livres nouveaux ou reçus, des « Additions de l’Éditeur de Hollande » (publication de lettres, comptes rendus, nouvelles littéraires, tribunes polémiques…) et des extraits des Mémoires pour l’Histoire des sciences et des beaux-arts, plus connus sous le titre de Mémoires de Trévoux, du nom de leur premier lieu de publication. En 1754, le titre Journal des savants, combiné avec les Mémoires de Trévoux (1754-1763) officialise en quelque sorte les emprunts effectués ; on y trouve également des extraits du Mercure de France.

Marc-Michel Rey ne se contente donc pas de diffuser le Journal des savants mais opère un véritable travail de rédacteur, parfois critique, fondé sur son propre réseau de correspondants. C’est ce dont témoigne la lettre de Jacques de Loches, qui suggère des corrections et des ajouts. Jacques de Loches est aumônier de l’ambassadeur de Hollande en France, il entretient une correspondance assez régulière avec Rey entre 1757 et 1763. On voit que le libraire a tenu compte des propositions de son correspondant : il remplace le mot « commerce » par le mot « luxe » et ajoute les notes proposées. La première note s’en prend, ironiquement, à la « bonne foi » des Jésuites qui font mine d’ignorer les effets de la révocation de l’Édit de Nantes pour expliquer la dépopulation de la France.


11. Le Journal des sçavants pour l’année M. DCC. LIV. [M. DCC. LV.]

Paris, Agathe Cars, veuve de Gabriel-François Quillau, 1754-1755, 4°

Le Journal des savants a été fondé par le magistrat Denis de Sallo, proche de Colbert, en 1665. Il avait alors pour objectif de rendre compte de « ce qui se passe de nouveau dans la République des Lettres ». Il donne des extraits des livres nouveaux, des nécrologies de savants ou d’hommes célèbres, des comptes rendus des séances des Académies, des inventions ou découvertes scientifiques. Dès sa fondation, le Journal sollicite les savants d’Angleterre, d’Italie, de Hollande pour enrichir sa matière et se fonde sur un vaste réseau d’échanges épistolaires.

Bibliothèque municipale de Lyon
807153 année 1754-1755

Journal des savants pour l’année 1754-55
Journal des savants pour l’année 1754-55
Journal des savants pour l’année 1754-55

12. Mercure de France, dédié au roi, par une société de gens de lettres

Paris, Jacques Lacombe, (1772), 12°

En 1764, sous la direction d’Antoine de la Roque, le Mercure prend le nom de Mercure de France, dédié au Roi. En 1760, il s’intitule Mercure de France, dédié au Roi par une Société de gens de lettres, jusqu’en 1778, date de son rachat par Charles Panckoucke. Il se veut plus sérieux que le Mercure galant dont il est issu, sans renoncer aux pièces légères, et fait de plus en plus de place aux comptes rendus des Académies et aux nouvelles étrangères. À partir des années 1750, le journal s’ouvre aux écrits philosophiques et aux débats intellectuels, mais reste un périodique proche du pouvoir qui doit rester modéré. Sous la direction de La Place à partir de 1761, le journal se caractérise toujours par la diversité et le ton de conversation mondaine qui ont fait son succès dès l’origine.

Bibliothèque municipale de Lyon
SJ Z 494b année 1772
Document consultable dans Google

Mercure de France, dédié aux oisifs. Contrefaçon du journal parisien.

13. Mercure de France, dédié aux oisifs. Par une société de gens de lettres. Mai 1772

Amsterdam, Marc Michel Rey, 1772, 12°

Il s’agit d’une contrefaçon du journal parisien, diffusé par abonnement, avec des « Additions de Hollande » à la fin des livraisons.

Bibliothèque municipale de Lyon
SJ Z 494b année 1772

Mercure de France, dédié au roi, par une société de gens de lettres

14. Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux arts, recuëillis par l’Ordre de Son Altesse Serenissime Monseigneur Prince Souverain de Dombes. Novembre 1724

Trévoux, Lyon, frères Bruyset, 1724, 12°

Les Mémoires pour l’Histoire des Sciences et des Beaux Arts … ont été fondés en 1701 par les pères jésuites Lallemant et Le Tellier. Ils sont alors imprimés à Trévoux, capitale d’un état indépendant du royaume de France. Le journal s’intéresse à tous les domaines des lettres et de l’érudition, il est également volontiers polémique et critique, d’abord envers les protestants et les jansénistes, puis envers certains philosophes qu’il accuse de diffuser le matérialisme et l’incrédulité. À partir de 1768, le périodique se poursuit sous le titre Journal des Sciences et des Beaux-arts.

Bibliothèque municipale de Lyon
808217 année 1724
Document consultable dans Google

Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux arts. Novembre 1724

15. Journal des sçavans, combiné avec les mémoires de Trévoux. Mars 1759. Tome XLII

Journal des sçavans, combiné avec les mémoires de Trévoux. Mars 1759. Tome XLII

Amsterdam, Marc Michel Rey, 1759, 12°, p. 220-221

La contrefaçon du Journal des savants en Hollande commence dès 1665 à l’initiative de Daniel Elzevier et se poursuit jusqu’en 1782, elle donne une audience européenne au périodique et en élargit considérablement le public, notamment grâce à sa diffusion en petit format. Rey imprime le Journal des savants avec des additions dès 1749. À partir de 1764, le journal hollandais accueille également des extraits de journaux d’Angleterre et prend successivement le titre de Journal des savants avec des extraits des meilleurs journaux de France et d’Angleterre (1764-1775) et Journal des savants combiné avec les meilleurs journaux anglois (1776- août 1780).
Le compte rendu en question a été publié initialement dans les Mémoires de Trévoux (Févier 1759, La Noblesse telle qu’elle doit être [...]. - Amsterdam et Paris, Augustin-Martin Lottin l’aîné, 1758, 12°, 232 p., p. 513-534)

Special Collections, University of Amsterdam, UBM : XX 19 (reproduction)


16. Lettre de Jacques de Loches à Marc Michel Rey du 3 février 1759

Special Collections, University of Amsterdam, OTM : KVB Bre 2-82 (reproduction)

Lettre de Jacques de Loches à Marc Michel Rey du 3 février 1759

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