Marchand de livres

Les échanges entre libraires

La plupart des ouvrages du fonds de librairie de Marc Michel Rey sont issus d’une pratique d’échange : ce système de troc s’effectue sur des ouvrages de même valeur ou composés du même nombre de feuilles. C’est un moyen simple pour écouler une partie importante d’un tirage et, en contrepartie, obtenir un stock sans sortie de numéraire. Toutefois, ce système met souvent en difficulté les libraires qui peinent à obtenir le recouvrement de leurs créances.

La correspondance de Rey permet de se faire une idée de la teneur de ces échanges commerciaux : les libraires, ayant recueilli les commandes des clients, donnent une indication du volume d’ouvrages à fournir et, parfois, conseillent Rey pour une éventuelle réimpression. La question essentielle est de savoir ce qui va se vendre. Le livre de commissions de Rey avec le libraire de Leyde Samuel Luchtmans permet de constater le classement des livres et leur diversité : éditions originales, traductions, contrefaçons, journaux, livres « philosophiques ».


38. Livre de commissions de Marc Michel Rey avec le libraire de Leyde, Samuel Luchtmans

Special collections, University of Amsterdam, Luchtmans Boekverkopers register, vol. 8, ff. 8-305, année 1749-1750 (Amst. UB)

Livre de commissions de Marc Michel Rey avec le libraire de Leyde, Samuel Luchtmans

Le trajet du livre

Au XVIIIe siècle, le réseau routier, symbole des états centralisés, se développe considérablement. Les ouvrages voyagent ainsi par voitures qui peuvent contenir plus de marchandises que les carrosses. Ils sont expédiés en feuilles réparties en balles recouvertes de toile cirée. Les réclamations sont fréquentes car la pluie ou les cordes peuvent gâter les feuilles. Pour pouvoir entrer en France, les balles sont inspectées et scellées et les libraires étrangers doivent s’acquitter d’un impôt, puis les balles voyagent librement jusqu’à « la ville d’entrée », par exemple Paris ou Rouen. Là, inspectées à nouveau par la chambre syndicale hostile à l’arrivée de livres provenant de l’étranger, elles sont entreposées, puis remises à leur destinataire, libraire ou particulier.

Les ouvrages circulent également par la mer. Amsterdam bénéficie d’un débouché maritime, de la présence d’infrastructures portuaires et navales, d’une bourgeoisie commerçante organisée dont Rouen est un relais presque naturel. En effet, traversée par la Seine, à une centaine de kilomètres de Paris, Rouen est au XVIIIe siècle, la deuxième ville du royaume par sa population et le troisième centre éditorial de France, après Paris et Lyon ; la ville bénéficie de surcroît de la proximité d’un grand nombre de moulins à papier. Entre Amsterdam et Rouen, le commerce s’établit par le biais de commissionnaires (négociants, banquiers, colporteurs) que la guerre de Sept ans vient parfois perturber, la marine britannique s’appliquant à intercepter les navires en mer du Nord, comme en témoigne la lettre du libraire Duchesne.

Le trajet du livre est plus compliqué pour les ouvrages prohibés. Ces ouvrages sont plus chers en raison des risques encourus pour leur impression et pour leur transport. Voyageant par des routes détournées, grâce à un réseau de bateliers, voituriers, commissionnaires, bouquinistes, colporteurs, qui risquent en cas de saisie une peine de galère, ces ouvrages passent par un nombre incalculable de mains avant de parvenir à leur acheteur.


39. Lettre de Pierre Guy pour Nicolas-Bonaventure Duchesne adressée à MM Rey du 22 mars 1760

Lettre de Pierre Guy pour Nicolas-Bonaventure Duchesne adressée à MM Rey du 22 mars 1760
Lettre de Pierre Guy pour Nicolas-Bonaventure Duchesne adressée à MM Rey du 22 mars 1760

Dans cette lettre, le libraire parisien Duchesne, s’inquiète des « balles de Henriette ». Il s’agit de l’ouvrage de Charlotte Lennox, Henriette. Traduit de L’Anglois, par M..., A Londres, et se trouve à Paris, chez Duchesne (2 vol., 12° ; 356 p. ; 415 [4] p.). Le premier volume se termine par le « Catalogue des livres du fond[s] de M. M. Rey, libraire à Amsterdam. » Cette édition a été commandée par Duchesne à Rey pour un total de 1000 exemplaires. Cet ouvrage paraît également à l’adresse de Rey, la même année.

Special Collections, University of Amsterdam, OTM : KVB Bre 1-51 (reproduction)


40. Vue de Rouen

Gravure sur cuivre de J. Arrivet (17..-18.. ?)
Dans : Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772), Le petit atlas maritime […]. Cinquième Volume..., [Paris], [sans nom], 1764, 2°, tome V, planche 33

Bibliothèque municipale de Lyon
Rés 134142 (reproduction)
Document consultable dans Numelyo

Vue de Rouen

41. Carte d’Europe gravée en 1699

Carte d’Europe gravée en 1699

Gravure sur cuivre de Louis Cordier (16..-1711) d’après une carte dressée par Nicolas Sanson d’Abbeville (1600-1667)
Dans : Alexis-Hubert Jaillot (1632-1712)

Atlas François contenant les cartes géographiques dans lesquelles sont très exactement remarquez les empires, monarchies, royaumes et estats de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique avec les tables et cartes particulières de France, de Flandre, d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie ...[avec des tables géographiques par Guillaume Sanson (1633-1703)].
Paris, Alexis-Hubert Jaillot, 1700, 2°

Bibliothèque municipale de Lyon
7006 (tome I) (reproduction)

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