1955 / Les ragazzi

Le livre "les ragazzi" poursuivi pour caractère pornographique

Le 13 avril 1955, Pasolini fait parvenir à la maison d’édition Garzanti à Milan, son tapuscrit "Ragazzi di vita" ("Les Ragazzi" en français), qui le publie en mai 1955 dans une version fortement édulcorée par Pasolini lui-même à la demande de l’éditeur. Plus tard, lorsqu’il évoquera ces corrections forcées, il parlera d’avoir vécu des "jours atroces". Il est vrai que ce roman raconte l’histoire, dans l’Italie de l’après-guerre, d’un gamin des rues de Rome surnommé "Le Frisé", à la fois voleur et prostitué, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jean Genet. L’Italie, à cette époque, cornaquée par l’Église, écartelée entre une Démocratie chrétienne et un Parti communiste, aussi pudibonds l’un comme l’autre, n’est pas prête à accepter une telle littérature. Ainsi, la critique est féroce et le livre de Pasolini est écarté des principaux prix littéraires.

Bien que la constitution de la République italienne prévoit, dans son article 21, la liberté d’expression, ce droit était encore loin d’être pleinement acquis au quotidien dans la société. Il n’était pas inhabituel à l’époque que des œuvres artistiques soient jugées pour obscénité. C’est à ce titre, que le Tribunal de Milan enregistre une plainte contre le livre de Pasolini, pour caractère pornographique et apologie de la prostitution homosexuelle masculine. En juillet 1955, le procès contre "Les Ragazzi" se tient à Milan et se termine par un acquittement au motif que "le délit n’est pas constitué", en partie grâce au témoignage de Carlo Bo, historien de la littérature, qui déclare que le livre est riche de valeurs religieuses "car il pousse à la piété face aux pauvres et aux déshérités", et qu’il ne contient rien d’obscène parce que "les dialogues sont des dialogues de jeunes gens et que l’auteur a senti le besoin de les représenter comme ils sont en réalité...".

Michel Chomarat.