1961 / Accattone

Projection du film "Accattone" qui a scandalisé Rome, au tout-paris des intellectuels

Présenté au Tout-Paris des intellectuels (en réalité, le Comité directeur de la Communauté Européenne des Écrivains) qui avaient déserté les autres premières à dessein, "Accattone", le premier film de Pier Paolo Pasolini, qui avait scandalisé Rome lors de sa sortie, a remporté devant le public du cinéma Bonaparte un vif succès, tout en le départageant. La différence entre la polémique qui s’engage à Paris et celle qui s’était emparée de Rome est de taille : anecdotique chez les italiens puisqu’elle tourne autour du personnage, nimbé d’une réputation de Jean Genet italien, elle devient à Paris querelle d’esthétique et de critiques partisans. Quoiqu’il en soit, on peut d’ores et déjà affirmer, que Pasolini pouvait affronter le verdict de Paris sans être précédé d’une tapageuse publicité. Par sa beauté, par sa violence, par l’âpreté de ses images, "Accattone " n’avait aucun besoin d’émissaires aussi indiscrets. Voilà le plus poétique des films de ces dernières années. Et que l’on ne vienne pas y chercher une thèse et des résonances sociales.

Le choix du personnage d’"Accattone" se situe au-delà des idéologies et des satires sociales. Que la caméra s’arrête sur un faubourg ou sur des respectueuses, cela n’a aucune importance : ces lieux communs du néo-réalisme peuvent être transcendés et l’histoire pourrait bien se situer à Shanghaï. "Accattone", c’est la transposition à l’écran d’une très belle aventure intérieure, que le héros ait appartenu au milieu des souteneurs, ce n’est qu’un accident, tout au plus une coquetterie de poète...

Henry Chapier, "Combat", 11 Décembre 1961