1974 / Les mille et une nuits

Dans "les mille et une nuits" Pasolini chante la beauté et l’amour

Pasolini poursuit son propos, explorer un riche recueil de fables populaires, après "Le Décaméron", et les "Contes de Canterbury", voici "Les Mille et Une Nuits". La réalité, cette fois-ci, est orientale, et Pasolini est soulevé par l’extraordinaire beauté des lieux. La vérité populaire est d’abord géographique, ethnographique. Vérité physique des visages, inséparable de la vérité physique du paysage et de l’architecture. Vérité de la lumière : la nuit, la pénombre où tout se trame, le meurtre et l’étreinte, le crépuscule de l’aube ou le crépuscule du soir, car c’est vrai que midi calcine la vie, midi roi du sommeil, et que les villes s’agitent à l’heure où le soleil tremble, hésite avant de basculer dans l’incandescence du jour ou l’obscurité que la lune douche de clarté laiteuse.

Pasolini chante la beauté et l’amour. Beauté et amour nullement abstraits mais physiques : incarnés dans la chair des paysages et des architectures, des visages et des corps. Beauté et amour superbement ignorants, délivrés des canons occidentaux et de la morale chrétienne. L’amour que l’on éprouve, inséparable de l’amour que l’on fait, ne tient aucun compte des contraintes imposées par nos bigoteries.

Je ne peux pas me lasser de pareil hymne à la jeunesse rieuse, amoureuse, à la volupté délicate, à la sensualité sereine, au plaisir et à son paganisme radieux. Sans doute, Dieu est là, moteur d’un fatalisme hautain qui détermine les rencontres, les disparitions, toute cette mécanique de la quête et de la retrouvaille. Mais le vrai Dieu, c’est la vie.

Jean-Louis Bory, "Le Nouvel Observateur", 3 Juin 1974.