Prendre le temps ?

Du désir de ralentir à l’urgence d’agir


Du 01.04.23 au 17.06.23

Exposition de Mathieu Pernot "l’Atlas en mouvement"


Les Oliviers, camp de Mória, Lesbos (Grèce), 2020 ©Mathieu Pernot, ADAGP, 2023

Les Oliviers, camp de Mória, Lesbos (Grèce), 2020
©Mathieu Pernot, ADAGP, 2023

Avec L’Atlas en mouvement, Mathieu Pernot propose une réflexion par l’image sur la manière de représenter les populations migrantes dans leurs déplacements. Ce projet d’envergure, réalisé sur plus de dix années, se compose de photographies ainsi que d’un ensemble de documents qui répertorie les savoirs partagés par toutes et tous. Planches botaniques, anatomiques, cartes et plans deviennent autant de matériaux avec lesquels interagissent les migrantes et les migrants rencontré-es par le photographe. Retournant le rôle du porteur des connaissances traditionnellement accordé au voyageur-explorateur occidental, Mathieu Pernot met ici en avant une transmission des savoirs véhiculée par des femmes et des hommes dont le départ n’a pas été choisi.

A travers une connaissance universelle, celle qui traverse les siècles et s’affranchit des frontières, ce sont les expériences singulières que vient souligner l’auteur. Et tandis que l’Histoire se déploie dans un continuum temporel, Mathieu Pernot marque les points d’arrêts qui jalonnent le parcours d’individus ayant dû quitter leurs pays et leurs proches. Les photographies prises à Mossoul ou à Lesbos, dans le camp de Mória ou encore à Calais, des villes détruites et des zones transitoires toujours plus nombreuses, mettent aussi en lumière la précarité des conditions migratoires. Elles appellent à l’urgence d’agir et à repenser la question des déplacé-es.

Mettant en perspective deux formes de savoirs, la bibliothèque municipale de Lyon propose un dialogue entre l’Atlas en mouvement et ses propres collections. En écho aux périples des personnes en exil, ces résonances s’autorisent également des pas de côtés en allant puiser dans les récits de certaines traversées oniriques. Les ouvrages et les estampes patrimoniales présentées jouent sur l’allégorie, déplient les motifs présents dans le corpus du photographe, montrent des similitudes formelles ou encore thématiques. L’exposition s’organise de manière à parcourir l’expérience forgée par les migrant-es en passant d’une vision macroscopique qui nous est commune, celle du ciel ou de la nature, jusqu’à une approche plus intime avec des récits de vie et sur le corps éprouvé.
De ce dialogue entre deux ensembles en construction émergent, enfin, des parallèles entre des manières de construire les savoirs, des savoirs en mouvement qui placent l’origine de ceux qui les portent, les transmettent et les reçoivent à un niveau égal.

Thaïva Ouaki
Commissaire d’exposition

Du 1er avril au 1er juillet 2023 à la Bibliothèque de la Part-Dieu