SANS FIN LA FETE


1963-1983 les années pop de l’illustration

François Ruy Vidal et Harlin Quist

Les choses vont véritablement changer en France avec la parution des livres publiés sous le label d’Harlin Quist. Sa rencontre avec François Ruy-Vidal et l’avènement d’une toute nouvelle génération d’illustrateurs qu’ils vont accompagner pendant une quinzaine d’années vont considérablement marquer en profondeur le monde de l’édition - et les jeunes lecteurs.

François Ruy-Vidal souhaite une parole neuve à l’adresse des enfants, une parole riche et complexe et préfère se tourner vers des gens de lettres qui n’ont pas l’habitude d’écrire pour ce lectorat. Il se méfie d’une tentation terrible qui serait de trop protéger les enfants et par là les fragiliser, les mettre en danger.

« En donnant aux enfants des livres courageux, c’est à dire un peu agressifs, on prend le courage de leur parler de la mort, de la guerre, de choses vraies, réelles, de ce qui ne va pas. Mais seuls les artistes (graphistes, illustrateurs ou écrivains) peuvent parler de ces choses vraies par la transmutation de leur talent.* »

Cette approche vaut donc aussi pour les images.

« Je pense qu’il y a des choses qu’un artiste met derrière les choses représentées, qui ne sont pas forcément du domaine immédiatement visible. L’enfant les touche, comme il touche les couleurs ; il les touche, les appréhende, les voit : c’est le braille de l’âme. Et ces couleurs et ces choses et ces formes et ces climats et ces ambiances sont aussi formateurs, à mon avis, que les impacts du texte avec les dévoilements de la pensée de l’auteur et les choses qui sont exprimées malgré lui.* »

Il va ainsi amener à l’édition une génération de jeunes souvent tout juste sortis de leur école d’art ou qui, s’ils travaillent déjà, le font pour la presse ou la publicité.

*Entretien avec Marc Soriano, Guide de littérature pour la jeunesse, 1975, Flammarion, Paris.