Jaboulay, Mathieu

1860-1913

Saint-Genis-Laval, Melun

Le précurseur de la chirurgie vasculaire et de la greffe

Fils de menuisier, Matthieu Jaboulay, après des études au Petit Séminaire de Lyon s’oriente vers la médecine et commence son externat aux Hôpitaux de Lyon en 1879. Assistant en anatomie (prosecteur) puis chef de travaux d’anatomie, docteur puis agrégé, il est le dernier chirurgien-major de l’Hôtel Dieu nommé en 1892. Brillant chirurgien, il fait l’admiration de ses élèves et tente avec eux de nouvelles procédures. Les greffes d’organes sont impossibles avant de maîtriser la suture des vaisseaux sanguins qu’on ne savait jusqu’alors que ligaturer. Des publications étrangères exposant l’avancée des recherches en la matière, au début des années 1890, l’incitent à réaliser avec son interne Eugène Briau les premières expériences françaises de suture artérielle dont ils font état dans la revue Lyon médical en 1896. C’était le premier article de chirurgie vasculaire français.

Il effectue la première anastomose (connexion) artério-veineuse chez l’homme au début du XXe siècle et laisse ses étudiants publier, l’un une thèse (Alfred Lecercle), les autres des articles dans des revues médicales. Il espère de nombreuses applications à ses recherches, pour soigner l’artérite, les gangrènes, les accidents vasculaires cérébraux. Il greffe également des reins animaux (xénogreffes) au pli du coude de deux malades, avec succès au niveau chirurgical même si les organes sont rejetés (les découvertes immunologiques auront lieu presque cinquante ans plus tard). Sous la direction de Jaboulay, successeur d’Ollier à la chaire de clinique chirurgicale, et en travaillant en même temps dans le laboratoire de Soulier, Alexis Carrel réalise des expériences d’anastomose vasculaire et affine particulièrement la technique de suture des vaisseaux qui, après son départ aux Etats-Unis en 1904 pour travailler au Rockefeller Institute for Medical Research de New York, lui vaudront le Prix Nobel (1912) "en reconnaissance de son travail sur la suture vasculaire et la transplantation des vaisseaux sanguins et des organes". Les pontages veineux qui utilisent ses techniques d’anastomose n’ont lieu que quarante ans plus tard.

Inspiré par l’audace de Jaboulay, mort prématurément dans un accident de chemin de fer, et attentifs aux travaux américains de Carrel, une école lyonnaise de transplantation s’installe dès les années 1910 avec les travaux de Leriche, 3e innovateur de la chirurgie vasculaire.

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