Lumière, Père et Fils

Antoine, 1840-1911 (Ormoy, Haute-Saône ; Paris)
Auguste, 1862-1954 (Besançon, Paris)
Louis, 1864-1948 (Besançon, Bandol)

Inventivité, science et industrie : le trio gagnant de la Deuxième révolution industrielle

Peintre en lettres à Paris, Antoine Lumière revient vers sa Franche-Comté natale pour un apprentissage puis les débuts de sa vie professionnelle, en tant que photographe. La guerre de 1870 et l’occupation prussienne le poussent avec sa famille vers Lyon. Il se fait une clientèle grâce aux portraits imprimés au dos et utilisés comme cartes de visite, les photos-cartes.
D’abord photographe et récompensé comme tel pendant trois ans dans les Expositions lyonnaises, parisiennes, voire internationales, Antoine se tourne vers l’innovation technique. L’électricité dont il obtient l’exclusivité pour le département du Rhône éclaire son studio dès 1879. Il produit également le matériel photographique, plaques, bobines de pellicules, pochettes, flacons… qui remportent de nombreuses récompenses dans les salons industriels et commerciaux, pendant deux générations. Son sens de l’innovation et des affaires le lancent dans la fabrication des plaques sèches au gélatino-bromure d’argent qui vont démocratiser la photographie et assurent le succès de la Société Antoine Lumière et ses fils, créée en 1884.
Antoine Lumière conseille à ses fils de se lancer dans l’aventure de l’image animée et devient, le 28 décembre 1895 le premier exploitant d’une salle de cinématographe.

Aussi inventif que ses aînés, le cadet Edouard, né à Lyon et plutôt tourné vers les techniques publicitaires modernes, ne survit pas à la Grande Guerre.

Louis et Auguste, formés à la Martinière, deviennent inséparables dans la vie professionnelle et familiale. Tous deux chimistes, ils prolongent l’investissement de leur père dans le domaine de l’image.
Auguste y adjoint une passion pour la médecine à laquelle il se consacre exclusivement à la fin de sa vie.
Louis est l’inventeur aux 300 brevets. La plaque de verre photographique « Etiquette bleue », dont l’amélioration de l’émulsion au gélatino-bromure d’argent représente une grande avancée dans la chimie photographique, assure la prospérité à la maison Lumière.
Les frères inventent également l’autochrome, des plaques de verres colorées à l’aide de fécule de pomme de terre pigmentée, destinées à être projetées (l’ancêtre des diapositives).

Dans les années 1890, l’invention de la « photographie animée » est un enjeu commercial et industriel considérable : Edison a déposé en 1891 le brevet de son kinétoscope, en 1892 Emile Reynaud pour son praxinoscope. Les frères Lumière tentent de reproduire et d’améliorer leurs procédés, au niveau de la pellicule, de son entraînement. Ils s’adjoignent des collaborateurs pour la fabrication de la pellicule et de l’appareil lui-même et déposent enfin en 1895 le brevet du cinématographe, à la fois caméra et projecteur, pratique et léger. Après quelques séances de démonstration, le succès est immédiat et un an plus tard, une cinquantaine d’opérateurs en Europe projettent dans des salles fixes ou provisoires les films que les Lumière réalisent… au moins dans un premier temps, car les Lumière, s’ils ne passent pas à côté du succès, entendent rester des industriels sérieux et non des « forains ».

Pour aller plus loin

  • Source : Bernadette Anglereau, Catherine Pellissier, Les Dynasties lyonnaises : des Morin-Pons aux Mérieux : du XIXe siècle à nos jours, Paris : Perrin, 2003.
  • Lumière, Père et Fils
    Lumière, Père et Fils