Mattelon, Georges

1913-2004

Meyrin (Suisse), Lyon

Le dernier tisseur à bras de la Croix-Rousse

Haut-savoyard, Georges Mattelon perd son père à la Grande Guerre et arrive à Lyon à l’occasion du remariage de sa mère avec un tisseur. Apprenti, puis ouvrier à son compte, il rachète en 1938 la maison Millan, rue Richan, en déshérence depuis 1914. Il devient donc maître tisseur, l’équivalent d’un artisan, qui emploie des ouvriers et discute avec les fabricants le prix de la façon. Doté d’un ourdissoir et d’un rouet, l’atelier offre surtout, parmi ses quatre métiers, les trois métiers pour le tissage large (milieu XIXe siècle) qui lui permettent après la Seconde Guerre de travailler pour les plus grandes maisons soyeuses lyonnaises et pour de prestigieux particuliers. Le plus large, dépourvu de mécanique, permet d’installer deux fils de trame qui combinés au fil de chaîne produisent un tissu aux couleurs changeantes, dit taffetas « caméléon » dont l’atelier Mattelon est spécialiste. Le tisseur ajoute en 1950 un local sur cour pour faire travailler des métiers mécaniques.

Il concoure avec succès en 1955 pour être Meilleur Ouvrier de France, catégorie « Tissage et tapisserie », comme une dizaine de tisseuses et tisseurs du Rhône depuis 1924, année de la création de cette distinction. Mais la soierie lyonnaise est en déclin au XXe siècle et ne tire son épingle du jeu que grâce aux articles de luxe, restauration du patrimoine et haute-couture. Georges Mattelon, après sa retraite en 1975, met son savoir-faire et ses métiers au service de la mémoire des tisseurs de la Croix-Rousse et du tourisme culturel. Avec la Maison des Canuts, installée non loin, dans l’ancien siège du Syndicat des Ouvriers Tisseurs, l’atelier Mattelon reste un jalon indispensable du parcours de la soie à Lyon, avec l’association Soierie Vivante, pour perpétuer la mémoire de la soie lyonnaise et ses liens avec le textile en Rhône-Alpes aujourd’hui. Georges Mattelon a transmis jusqu’en 2004 la culture des ouvriers tisseurs des métiers à bras du XIXe siècle auprès de qui il s’est formé, ceux pour qui le terme « canut » était une insulte (désignant surtout de manière péjorative les ouvriers des manufactures), avant qu’il soit repris pour son pittoresque par les poètes et chansonniers et devienne aujourd’hui un synonyme de « fabricant en soie lyonnais ».

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  • Mattelon, Georges (1913-2004)
    Mattelon, Georges (1913-2004)