Rogeat, Joseph-Louis

1789-18..

(Ain), Lyon

La fonte au service de la soie

Installé en 1812 à Lyon en tant que ferblantier, Joseph-Louis Rogeat possède en 1835 avec ses fils une maison prospère de « poêles en fonte », bientôt réputée pour tous ses appareils de chauffage, calorifères, chaudières, fourneaux, autoclaves et autres cuves. C’est ce savoir-faire, ainsi que celui de l’émaillage de la fonte que la Maison Rogeat Frères présente à l’Exposition Universelle de 1855, qui lui permet d’être le fabricant et le dépositaire du brevet d’un nouveau dessiccateur pour le conditionnement des soies en 1853. L’appareil, conçu par Jules Persoz, professeur au CNAM, à partir de l’idée première de Léon Talabot, est construit par Rogeat et porte, par exception le nom des trois créateurs.

La soie ayant la propriété d’absorber l’humidité sans en paraître mouillée, dans des proportions de 8 à 15%, la variation des prix au kilo, des écheveaux comme des pièces de tissu, préoccupe les négociants dès le 18e siècle. Un peu partout en Europe des « Conditions des soies » sont créées, la première à Turin, pour veiller au conditionnement égal de toutes les soies sur le marché local, charge à l’institution de trouver et d’améliorer des systèmes d’assèchement, de dessiccation de la soie. En 1833, des Conditions des soies existent à Marseille, Aubenas, Avignon, Nîmes, Saint-Etienne, Saint-Chamond, Lyon… Les premiers systèmes, combinant chauffage et ventilation des salles où sont entreposées les soies, pliées ou dépliées, sont beaucoup améliorés au 19e siècle.

Le système Talabot est une sorte d’étuve à double paroi où la vapeur permet des températures élevées, asséchant la soie en quelques heures. Après de nombreux essais menés par la Chambre de Commerce de Lyon, sous le contrôle du Gouvernement, de 1833 à 1840, le projet de réforme du conditionnement des soies à la vapeur est entériné. Vingt ans plus tard, l’ingénieur Persoz propose, pour une dessiccation plus rapide, d’insuffler directement à la soie un courant d’air chaud. Ce sont ces appareils dont l’air chaud est obtenu par des calorifères indépendants, que fabrique, brevète et produit la maison Rogeat, qui en fournit trente-six à la seule Condition lyonnaise en 1853-54.

Pour aller plus loin

  • Source : Bernadette Anglereau, Catherine Pellissier, Les Dynasties lyonnaises : des Morin-Pons aux Mérieux : du XIXe siècle à nos jours, Paris : Perrin, 2003.
  • Rogeat, Joseph-Louis (1789-18..)
    Rogeat, Joseph-Louis (1789-18..)