: De babil à Babel

image d'illustration de De babil à Babel

Une performance musicale et une table ronde pour rendre compte de travaux de recherche-création portés par le Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes (CMTRA)

Comment l’environnement sonore influence-t-il le développement du langage chez les tout-petits ? Est-ce que les premières syllabes, les premiers mots des bébés entourés de personnes parlant plusieurs langues, sonnent différemment ? Un musicien et une chercheuse ont exploré ces questions ensemble à partir d’un protocole de recherche et des enregistrements dans plusieurs familles plurilingues.

Ils en font ressortir des réflexions sur la relation entre l’environnement sonore des enfants et les langages « préverbaux » et une exploration sensible des variantes mélodiques et rythmiques de ceux-ci. Cette soirée est ainsi conçue comme une invitation à penser la diversité linguistique comme une richesse et à ouvrir nos oreilles à la musicalité des babillages et de l’environnement quotidien des bébés. 

Performance musicale et table ronde avec la participation de

Romain Joubert (musicien et compositeur)

Sophie Kern (Chercheur en psycholinguistique développementale, Laboratoire Dynamique du Langage)

Jean-Luc Vidalenc (enseignant et formateur pour la reconnaissance des besoins spécifiques des enfants en contexte plurilingue)

Une approche translinguistique et transculturelle du babillage ?

La prise en compte, au sein des établissements éducatifs, des langues parlées et/ou entendues dans l’environnement familial des enfants a fait l’objet de nombreuses recherches (sciences de l’éducation, études interculturelles, linguistique). Depuis une dizaine d’années, des associations, des projets pilotes portés par une académie, des revues scientifiques et interprofessionnelles proposent des outils et des méthodes pour accompagner les acteurs éducatifs à faire entrer les mondes linguistiques des enfants dans l’enceinte de leurs équipements et à mobiliser ces langues comme des portes d’entrée vers le langage et l’apprentissage du français. Si ces initiatives en recherche pédagogique et en action culturelle et artistique connaissent une diffusion croissante, elles se concentrent cependant la plupart du temps sur des tranches d’âge spécifiques. La fameuse « entrée dans la littératie », que l’on a tendance à réduire aux premiers apprentissages de la lecture et de l’écriture, constitue souvent l’âge plancher des populations étudiées et/ou bénéficiaires de ces initiatives. Pourtant, dès 8 mois environ, les enfants parlent et interagissent avec les voix et paysages sonores qui les entourent puisque l’environnement sonore et linguistique des enfants influence directement leur expression. Mais à partir de quand les spécificités d'une langue se retrouvent-elles dans les productions sonores des tout-petits ? Ces spécificités sont-elles perceptibles à travers la musicalité de la langue ou plutôt à travers les formes sonores qui la composent ?

Plusieurs enquêtes ont été menées auprès d'enfants de différents pays filmés dans leurs pays d'origine, en partant de la problématique suivante : à la naissance, nous disposons tous des mêmes organes phonatoires et pourtant il existe plus de 7000 langues au monde. A quel moment sort-on de cet « universalisme » pour entrer dans des singularités linguistiques (et donc culturelles) ? Les recherches menées par Sophie Kern notamment, ont montré que les sons et associations de sons qui sont produits par les jeunes enfants avant la production des premiers mots sont « grosso modo » les mêmes d'un enfant à l'autre, quelle que soit son origine. En revanche, les rythmes ne sont pas les mêmes (mélodies, accentuations). Explorer cette spécificité et le rôle de l’environnement sur la musique de la langue en particulier a été le parti pris d’une recherche-création réunissant Romain Joubert (musicien et compositeur) et Sophie Kern (chercheur en psycholinguistique développementale).

Ce travail permet ainsi de sensibiliser les familles et les professionnels qui entourent les tout-petits sur ces questions translinguistiques dès l’âge préverbal. Proposer de se mettre à l’écoute de cette diversité permet ainsi de rappeler le rôle central des adultes dans le développement du langage chez l’enfant. Développer une sensibilité aux différentes langues qui entourent un enfant et ouvrir son oreille d’adulte aux spécificités des premières syllabes de ces tout-petits, peut leur faciliter l’apprentissage du langage. Ainsi, plutôt que de viser une uniformisation linguistique des espaces éducatifs, cette approche permet d’aborder l’apprentissage d’une langue comme une démarche inclusive, c’est-à-dire accueillant toutes les langues dont sont composés les mondes quotidiens des enfants.

Public 18
Date de début de l'animation :2022-12-01T18:00:00+01:00
Date de fin de l'animation :2022-12-01T20:30:00+01:00
Type de rendez vous :Conférence