FabLab

Le FabLab de Lacassagne, c’est la possibilité de découvrir toutes sortes d’outils pilotés par ordinateur pour la conception et la réalisation d’objets.

Peut-on parler d’informatique durable ?

Précédemment, nous avons entraperçu une petite histoire de l’informatique. Dans cette période où l’humanité commence à prendre conscience de son impact écologique catastrophique, comment cet « outil » est compatible avec l’environnement ?
L’informatique possède-t-il un avenir ? Est-il compatible avec notre environnement ? Quelles sont les analyses scientifiques sur ce sujet ?
Est-ce compatible avec le "développement durable" ? Peut-on développer un rapprochement avec la vision écologique tout en restant bénéfique à l’humain ?

Une consommation bien trop élevée

40 millions de tonnes de déchets électroniques par an !
C’est le chiffre astronomique qui ne fait que grimper avec la surproduction de matériel électronique, informatique. De plus, la population mondiale va passer de 7.3 à 9 milliards. Il est fortement possible que nous atteignions d’ici peu les 50 millions de tonnes de déchets par an. C’est considérable !
Ces déchets pourraient ne pas être considérés comme un problème écologique si nous avions la prétention d’en faire des outils recyclables. Seulement, ce n’est pas le cas.

En Suisse, en 1990, est né un mouvement de pensée qui préconise une consommation d’énergie ne dépassant pas les 2000 watts par an, soit 17520 kWh...
En France, en 2016, nous consommions environ 2.5 TEP (Tonne Équivalent Pétrole) par habitant. Puisque 11630 kWh sont équivalents à 1 TEP, cela fait environ 29 075 kWh par habitant. Cela fait presque le double de ce qui est préconisé : environ 11 555 kWh de plus.
Ces calculs nous montrent le développement excessif de la consommation du tout numérique. En effet, quand vous utilisez un ordinateur, un smartphone, une télévision, une console de jeu, non seulement vous participez à une chaîne industrielle qui va de l’extraction du produit brut (métaux précieux en sous sol, etc) à sa fabrication (utilisation de machines qui développent des besoins en TEP (très conséquents), mais vous participez aussi à l’entretien énergétique constant de ces matériaux par leur alimentation. Celle-ci demande une dépense d’énergie qui nous est a fortiori coûteuse (aussi bien pécuniairement parlant qu’écologiquement parlant).

The Digital Dump
by GOOD.

From Visually.

Saviez-vous que 60% des utilisateurs de matériel informatique n’éteignent jamais leurs ordinateurs ? Cela peut représenter jusqu’à 200€ de facture d’électricité par an et par utilisateur.

Imaginez que chaque citoyen se débarrasse d’environ 14 kg de déchets électroniques par an, dont 90% finissent incinérés ou enterrés sans traitement... que la conception des composants électroniques sont très toxiques et nécessitent une énergie considérable. Pour exemple, fabriquer une barrette mémoire de 32 Mo consomme 72 g de produits chimiques, 700g de gaz élémentaires, 32 litres d’eau et 1.2 litre de pétrole... tout cela pour un composant de 2 grammes.

A plus large échelle, 2% des émissions mondiales de CO2 est le chiffre attribué à l’industrie des technologies et de l’information et de la communication, ce qui équivaut à l’ensemble de la flotte aérienne mondiale. Des entreprises comme Twitter, Facebook ou autres, liées aux réseaux sociaux, engendrent chacune une tonne de CO2 par jour ! Les logiciels dit de Cloud sont en fait des lieux de stockage de données qui occupent des pièces entières. Elles sont composés de centaines de disque durs faisant office de serveurs informatiques qui ont toujours besoin d’être dans un lieu climatisé. Le Cloud a donc plutôt un profil de nuage acide que de cumulonimbus.

Une éducation au numérique est essentielle, car l’exemple de l’ordinateur que nous n’éteignons pas le soir, en plus du chiffre de la facture qui tombe à la fin du mois, c’est aussi un gaspillage d’énergie qui, multiplié par des millions de consommateurs, peut gravement nuire à notre environnement.

Ré-Éduquer les usagers à l’informatique, est-ce une priorité ?

Le fais d’avoir le réflexe d’éteindre son ordinateur chaque soir est un petit début...Mais le grand public doit être aidé sur le choix d’un outil numérique qui consommera le moins d’énergie possible. L’importance de l’achat d’un matériel qui est recyclable est, là aussi, une idée qui doit être pris en compte. Et pour cela, il faut faire attention aux faux labels verts qui sont adoptés par certaines "firmes" afin d’améliorer leur image. Puis, tout le monde le sait, il faut privilégier le mode veille plutôt que l’économiseur de batterie, penser lors de l’achat d’une imprimante à s’équiper d’une machine avec cartouches rechargeables, ne pas stocker des données en Cloud sauf extrême nécessité, privilégier les écrans de taille moyenne, etc.

Certes, informer les populations sur ces modes de fonctionnement est essentiel. Mais c’est surtout à l’industrie de repenser son fonctionnement lié à ces nouveaux médias qui sont en constante évolution.
Premièrement, le code informatique doit être allégé ! Car, oui, programmer pollue ! Le fait d’avoir un algorithme à rallonge qui calcul énormément de choses n’est plus envisageable actuellement. Le code est énergivore. Un code mal programmer demandera plus de ressource au microprocesseur et donc une consommation plus élevée d’énergie. Les entreprises ou autres institutions commencent à se préoccuper de leur service numérique. Tous essayent de développer le Green Code afin de réduire l’empreinte environnementale, mais, il faut le dire aussi, afin de réduire leur facture d’énergie qui tombe tous les mois.
La formation de la population aux nouvelles technologies est très importante dans ce sens, mais cela doit être fait main dans la main avec le secteur industriel et tertiaire qui doit repenser sa production en termes de matériel.
Pour les entreprises utilisant cet outil, il faut qu’elles prennent conscience de l’optimisation du Green Code et de la formation de leurs employés à l’idéologie du Green IT. En effet, les entreprises ne font pas passer les questions écologiques au premier plan : selon Thierry Leboucq (Président de GreenSpector - entreprise de solutions d’écoconception logicielle), "les entreprises préféreront laisser un code tel quel s’ils n’ont pas aussi un intérêt économique à l’optimiser". La prise de conscience reste malheureusement très minoritaire.

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L’informatique au service de l’écologie

Tous ces gestes sont à améliorer afin d’optimiser cette technologie. La prise de conscience doit être développée à tous les niveaux, grands publics comme entreprises. Et même si l’informatique reste un outil qui aura toujours un degré de dépense énergétique, il peut nous permettre de lutter pour une cause écologique.

Plusieurs points positifs sont à retenir :

- une aide technique qui peut améliorer le travail des chercheurs et scientifiques qui se préoccupent du réchauffement planétaire. En effet, grâce à l’informatique, on a pu développer un outil rapide qui permet de partager les connaissances à grandes échelles et rapidement (Internet). C’est un outil de collaboration planétaire.
- le développement de machines lié à la modélisation - qui développent le recyclage.

Saul Griffith (Entrepreneur et inventeur australien) nous explique que "...Pour y parvenir, nous devons avoir une production qui soit bien plus recyclable, il faut réduire la demande, mieux partager les ressources, réduire nos demandes individuelles…
Pour parvenir à relever ce changement systémique, le numérique est possible partout si on ne le considère pas seulement comme une façon de calculer et d’automatiser les processus. Mais d’abord comme un moyen de collaboration et de partage pour trouver des solutions concrètes."

Le M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) et la création de la dynamique FabLab sont proches de ce modèle de pensée : travailler ensemble en partageant les savoirs et les connaissances afin de développer des projets utiles à la société. Développer des technologies recyclables, apprendre à la population à refaire une pièce de matériel ménager, développer des projets de re-fabrication, ... telle est l’idéologie des Hackerspace et autres FabLabs qui participent activement à cette vision des choses.

Beaucoup de projets issus des FabLabs, liés à l’univers informatique et des nouvelles technologies, foisonnent. Nous pouvons parler du Million Waves Project qui propose de transformer les déchets plastiques en prothèses imprimées en 3D. Ces déchets proviennent particulièrement du nettoyage des océans. Acheter une prothèse revient à recycler près de 30 bouteilles plastiques et coûte 45$. Nous pourrions encore parler de la startup française Francofil, qui développe du filament d’impression 3D à base de coques de moules, de coquilles saint jaques ou d’huître. Et aussi de Print you City qui propose de recycler les déchets plastiques en mobilier urbain. Un projet lié à cette initiative européenne a été développé à Thessalonique par l’association The New Raw où les habitants peuvent se rendre directement dans un laboratoire dédié pour recycler leurs déchets et ainsi contribuer à cette dynamique d’économie circulaire.

En Chine commence à émerger le recyclage Open Source ! L’extraction des matériaux des déchets électroniques n’est pas un business très profitable ni très facile : les investissements sont difficiles. Pourtant, à Shanghai, il existe une vraie économie du tri, de la réutilisation des déchets électroniques. Les puces électronique sont remises en circulation. Plus de 30 000 entreprises se sont spécialisées dans le traitement et la reconfiguration de ce type de matériel qui alimente le marché de l’internet. La re-fabrication de composants est aussi très demandé dans la grande communauté des Makers.

Et c’est grâce à cette communauté que nous pouvons faire en sorte de rendre l’informatique beaucoup moins énergivore et polluant : recycler les composants électroniques, recycler le plastique qui nous submerge, tel que celui des ordinateurs vieux et poussiéreux, afin d’en refaire du matériaux durable, faire sortir de l’ombre la valeur de la réutilisation, développer un registre des appareils électroniques ouverts, pour permettre d’accéder simplement à leur documentation pour faciliter leur réparation...c’est un enjeu de société qui nécessite de changer l’état d’esprit des consommateurs afin qu’ils perçoivent mieux les enjeux de matériaux qui ne soient pas nécessairement dernier cri et d’amener les innovateurs à s’intéresser aux potentialités de ces produits recyclés.

[1Michael_Hiraeth, Pixabay