La collection jésuite des Fontaines

La Collection jésuite des Fontaines a été déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon pour 50 ans, suite à la décision de la Compagnie de Jésus de fermer le Centre Culturel des Fontaines situé à Gouvieux, près de Chantilly (nord de Paris). Elle compte 500000 documents.

Collections scientifiques

Les scientifica de la collection des Fontaines

Page de titre de l’édition de 1635 du Dialogus de systemate mundi de Galilée, Ph. Coll. Archives Larbor. Elle est reproduite en planche dans Eléments de bibliographie de l’histoire des sciences et des techniques de François Russo, édité en 1969, un exemplaire conservé par la Bibliothèque municipale de Lyon.

Constitué au début des années 1960 au sein de la bibliothèque jésuite des Fontaines à Chantilly, ce fonds spécialisé en livres de sciences se trouve désormais au Département Sciences et techniques de la Bibliothèque nationale de France.

Il fut entretemps conservé durant une trentaine d’années par la Bibliothèque des Sciences et de l’Industrie (1984-2018). Composée de quelque 10 000 ouvrages et revues scientifiques du XVIe au milieu du XXe, cette collection des scientifica, livres scientifiques, offre à l’historien des sciences des sources d’une ampleur intellectuelle que reflète bien le plan de classement.

Aussi sont représentés :

• L’épistémologie (théorie de la connaissance).
• Les mathématiques, la physique, la chimie.
• Les sciences du vivant (zoologie, paléontologie, la botanique).
• Les sciences de la terre (géologie).
• L’astronomie, au confluent de plusieurs disciplines.
• Les sciences appliquées (médecine, techniques agricoles, industrielles, économiques, génie militaire).
• Des ouvrages encyclopédiques.
• L’état de la recherche (documents et travaux universitaires, de sociétés savantes et académies) et le regard porté dessus par l’Église catholique.

De collections éparses vers la fusion à Chantilly

C’est en 1963 que, sous l’impulsion notamment de son artisan majeur François Russo, s.j. (1909-1998), débuta la fusion des collections scientifiques jésuites dans la bibliothèque de Chantilly. Ce polytechnicien formé dès 1944 aux études de sciences mettait alors en pratique la volonté de l’Église catholique d’investir le champ de la recherche scientifique de son époque, « important pour le bien des âmes » selon une circulaire curiale1 de 1947. La création d’un fonds scientifique cohérent et unifié à Chantilly répondait aussi aux projets de l’actif Paul Mech, s.j. (1911-1999), seul jésuite doté alors d’un diplôme de bibliothécaire et à la tête des bibliothèques de la Province de Lyon.

La collection scientifique issue de la fusion à Chantilly se composait de deux principales sources :
- le fonds scientifique de l’ancienne bibliothèque jésuite de l’île de Jersey, très riche en histoire des sciences et arrivé à Chantilly en 1957.
- une partie de la bibliothèque scientifique jésuite de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire), qui rejoignit Chantilly en 1962, comprenant des ouvrages plus récents, bien qu’antérieurs souvent à la Révolution française, et destinés à la formation scientifique des scolastiques.

De Chantilly à la Bibliothèque nationale de France

Devant le coût élevé de l’entretien et le déclin patent des vocations, mais aussi en raison d’un contenu intellectuel guère mobilisé par les études jésuites, la Compagnie de Jésus dut se résoudre à se séparer de son fonds scientifique de Chantilly, ne gardant que les écrits scientifiques des jésuites de « l’ancienne Compagnie »2, actuellement conservés par la bibliothèque du Centre Sèvres à Paris. Ainsi entre 1983 et 1984 :

- Quelques ouvrages précieux furent vendus aux enchères chez Sotheby’s (Londres) sous la responsabilité de Christian Bigaré, s.j.
- Environ 10 000 volumes furent cédés à ce qui était alors la Médiathèque du Musée national des sciences, techniques et industries du Parc de la Villette, future Bibliothèque des Sciences et de l’Industrie.

Entrés dans le domaine public en 1984, ces ouvrages et revues scientifiques formèrent une composante cardinale du fonds ancien de la Bibliothèque des Sciences et de l’Industrie pendant plus de trente ans, se voyant valorisés notamment plus tard au travers d’un signalement dans le catalogue en ligne de l’institution. Fut reprise la cotation initiale alphanumérique indiquée par le plan de classement de Chantilly tel qu’il était la veille de la vente. L’itinérance des scientifica ne s’acheva cependant pas là, car la Cité des sciences décida au cours des années 2010 de faire évoluer sa politique documentaire, donc ses missions, abandonnant le service aux chercheurs. L’important dégât des eaux qui l’affecta en 2015 précipita le calendrier de transfert de ce qui de son fonds ancien avait réchappé du sinistre, notamment la collection des jésuites. C’est ainsi que figurent parmi les 18 000 titres que la Cité des sciences remit à la Bibliothèque nationale de France en 2018, les 10 000 ouvrages et revues scientifiques ayant quitté Chantilly en 1984.

Des perspectives

Depuis leur intégration au Département des Sciences et techniques de la BnF en 2018, les scientifica ont fait l’objet, comme le reste du fonds ancien provenant de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie, d’un inventaire – dit « récolement » dans le jargon professionnel – préalable à l’attribution à chaque notice du catalogue informatique d’un code spécifique qui permettra, à l’avenir, d’identifier avec exactitude dans le catalogue général l’ensemble de la collection jésuite. Cet inventaire achevé, s’ouvre aujourd’hui le chantier du catalogage, principalement par récupération et enrichissement de notices. Toutefois le fonds ne peut pas être encore communiqué aux chercheurs : le catalogage réclame un certain temps et il sera ensuite nécessaire de procéder à la cotation et au conditionnement des ouvrages. Entretemps, afin de se faire une idée du contenu intellectuel de ce vaste ensemble documentaire, peuvent être consultés :

- Le travail bibliographique de François Russo s.j., datant de 1969, sur l’histoire des sciences et techniques. Dans son introduction, l’auteur le présente comme « un instrument de recherche générale au service des historiens des sciences ». Si l’on peut penser qu’un certain nombre des ouvrages mentionnés se trouvaient à Chantilly au moment de la rédaction, rien ne peut toutefois le confirmer, seules étant indiquées les cotes de ce qui était alors la Bibliothèque Nationale. Ce document se consulte sur place en salle du fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Lyon.
- Le plan de classement des scientifica.
- La présentation du fonds par le Département des Sciences et techniques de la BnF.
- La provenance des documents de la collection jésuite des Fontaines de Chantilly.

La leçon de botanique par Boissieu, Jean-Jacques de, 1736-1810

1. Curial : qui émane de la Curie romaine, soit l’ensemble des organismes chargés d’assister le pape dans le gouvernement de l’Église.

2. L’histoire de la Compagnie est souvent partagée en trois périodes : la première va de 1540 à la suppression par Clément XIV en 1773 ; la seconde correspond aux années de survie clandestine, de 1773 à 1814, date à laquelle Pie VII a rétabli l’ordre ; la dernière s’échelonne de 1814 à nos jours. L’ « ancienne Compagnie » désigne donc celle de la première période.