La collection jésuite des Fontaines

La Collection jésuite des Fontaines a été déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon pour 50 ans, suite à la décision de la Compagnie de Jésus de fermer le Centre Culturel des Fontaines situé à Gouvieux, près de Chantilly (nord de Paris). Elle compte 500000 documents.

La nouvelle fantastique

Voilà les beaux jours ! La littérature s’invite...

La collection jésuite des Fontaines abrite un important ensemble d’ouvrages littéraires, attestant de l’intérêt de la congrégation pour les courants littéraires à travers les siècles. Nous vous présentons ici une typologie littéraire particulière, la nouvelle fantastique.

Qui n’a pas frissonné en tournant les pages de Frankenstein, du Horla ou du portrait de Dorian Gray ?

Généalogie de la nouvelle fantastique

Masque aux joues pendantes et aux dents pointues / Frans Huys (1522 ?-1562 ?)

Si le fantastique nourrit l’art depuis l’Antiquité, le récit fantastique est, lui, plus contemporain.
Né au XIXe siècle, le conte fantastique est un genre littéraire qui trouve ses racines au milieu du XVIIIe siècle, avec le roman gothique et le roman frénétique. Ainsi, le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki impose cette dimension omniprésente du surnaturel. Dans son roman, Potocki fait référence à un best-seller du XVIIe siècle, les Histoires tragiques de nostre temps, recueil de nouvelles écrites par François de Rosset, dont la bibliothèque possède plusieurs éditions. La nouvelle intitulée D’un démon qui apparaissait en forme de damoiselle au lieutenant du chevalier du guet de la ville de Lyon. De leur accointance charnelle, et de la fin malheureuse qui en succéda inspire également Charles Naudier pour son récit Infernaliana.

Une forme littéraire en vogue au XIXe siècle

La forme-même du récit fantastique se distingue par le genre employé, la nouvelle. En effet, le code d’écriture de la nouvelle convient particulièrement bien au récit fantastique, en ceci qu’il se matérialise par un texte court, condensé, utilisant les ressorts efficaces de la tension née d’un événement unique, à la différence du roman qui comporte de multiples intrigues. Quelques personnages aux traits distinctifs, une action centrale, une fin elliptique ou sous forme de chute composent la trame de la nouvelle. Nombre de grands auteurs du XIXe siècle se sont essayés à la nouvelle, certains, comme Maupassant, ont été très prolifiques (plus de 300 nouvelles publiées de son vivant).

Un genre particulier

Au sein de ce genre littéraire, la nouvelle fantastique occupe une place particulière par le traitement apporté à l’atmosphère du récit et aux émotions suscitées chez le lecteur.
Château hanté, tombeau lugubre, chambre secrète : le récit fantastique prend place dans un lieu inquiétant, sinistre. Des phénomènes étranges se produisent (apparitions fantomatiques, hallucinations, sortilèges, pacte avec le diable, monstres, folie), suscitant l’effroi chez le personnage principal et le lecteur.
La frontière entre le réel et l’irréel devient floue, amenant les protagonistes à douter de ce qui se produit. Les éléments constitutifs du conte fantastique sont un savant mélange de réel et d’imaginaire, d’inquiétante étrangeté et d’énigmatique.

Même pas peur ?

L'enlèvement d'Amymone / Hieronymus Wierix (1553 ?-1619) et Albrecht Dürer (1471-1528)Au plaisir de se raconter une histoire, de suivre le fil du récit porté par Maupassant, Stevenson, Nerval ou Edgar Poe, le lecteur chemine dans un univers de faux-semblant où la raison n’a plus de place. Ambiguïté, réalité suspendue, fonction ludique sont les ingrédients de la fiction pure et du plaisir de la lecture.

Comme l’écrit Roger Caillois dans son anthologie du fantastique, « [la littérature fantastique] est d’abord un jeu avec la peur ».
À cet égard, un artifice paradoxal est essentiel à ce jeu : l’identification provisoire n’est possible que parce que le je du personnage principal n’est pas le moi du lecteur. À sa manière, le récit fantastique appelle à transgresser l’ordre réel du monde pour faire surgir cette part d’incompris, de surnaturel, d’en-deça.
Il dévoile par là-même la faille réelle ou imaginaire de la catégorisation du monde par la pensée rationnelle.

Les ouvrages présentés ici sont également disponibles en salle littérature ou au silo. Autant d’invitations au plaisir de la lecture !
Alors, prenez le temps de flâner dans les rayons de la bibliothèque à la recherche d’un livre d’été, pour faire place à l’imaginaire…


Bibliographie

• Guy de Maupassant, le Horla, SJ B 570/6
• Oscar Wilde, le portrait de Dorian Gray, SJ BE 927/3
• E. A. Poe, le chat noir, SJ BE 921/14
• H. de Balzac, la peau de chagrin, SJ B 540/1
• Mary Shelley, Frankenstein, SJ BE 925/41
• Gérard de Nerval, Aurélia, SJ B 506/1
• Théophile Gautier, contes fantastiques, SJ B 503/37
• Robert Louis Stevenson, le cas étrange du Dr Jekyll et Mr Hyde, SJ BE 925/20
• Henry James, le tour d’écrou, SJ BE 952/27
• Tzvetan Todorov, introduction à la littérature fantastique, SJ BC 680/6
• Roger Caillois, la puissance du rêve, SJ B 884/54

Emmanuelle GAYRAL
Bibliothécaire chargée de la collection jésuite des Fontaines
Juillet-Août 2022