La collection jésuite des Fontaines

La Collection jésuite des Fontaines a été déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon pour 50 ans, suite à la décision de la Compagnie de Jésus de fermer le Centre Culturel des Fontaines situé à Gouvieux, près de Chantilly (nord de Paris). Elle compte 500 000 documents.

En marge

Par tradition, les jésuites n’ont pas hésité à accueillir dans leur bibliothèque des ouvrages en marge de la doctrine officielle de l’Eglise.

D’un siècle à l’autre, nombre de livres témoignent de cette curiosité et de l’étendue de leurs champs de recherche, au-delà des sciences religieuses admises.

Des ouvrages aussi polémiques et contestés que ceux de Paracelse, mis à l’index, ou la fameuse histoire de la Papesse Jeanne le démontrent à l’envi.

De même, la magie, la sorcellerie, la démonologie côtoient l’occultisme et les superstitions populaires dans des volumes abondamment illustrés de pittoresques gravures, explicites ou plus ou moins fantasmées.

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Histoire critique de l’origine, et du progrès de l’usage de la baguette parmi toutes les nations in Superstitions anciennes et modernes, t. 1 Amsterdam, 1733 (R 43/30)

Invention de Satan pour certains théologiens, simple bout de bois aux réactions physiques naturelles pour les savants, la baguette divinatoire, dont on retrouve des allusions dans la mythologie et en Orient, apparaît vraiment en Occident au XIIème siècle.

L’art de la rabdomancie, qui consiste à découvrir l’emplacement des mines, trésors et sources cachées mais aussi à débusquer voleurs et assassins, devient très populaire à partir du XVIème siècle jusque dans les plus hautes sphères de la société.

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Les admirables secrets d’Albert le Grand Lyon, s.d. (AR 1/66)

A la fois Provincial de l’ordre des Frères Prêcheurs, évêque de Ratisbonne, maître de Saint Thomas d’Aquin, Albert le Grand est à la fois théologien, philosophe, kabbaliste et chimiste.

Né vers 1193, il enseigne à Paris sur la place Maubert qui a gardé son nom (Magister ou Magister Albertus) et publie de nombreux ouvrages sous divers pseudonymes.

C’est très probablement à l’un ou l’autre de ses disciples, Thomas de Catimpré ou Henri de Saxe, que l’on doit les deux célèbres traités de magie noire et de sorcellerie du Grand et du Petit Albert, livres cultes pour des générations d’amateurs d’ésotérisme.

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Histoire de la papesse Jeanne 2 t., La Haye, 1758 (H 166/47 et 48)

La truculente légende selon laquelle une femme aurait porté la tiare paraît être une amplification populaire de la domination exercée à Rome par Théodora et ses filles, tour à tour maîtresses et mères de pontifes. Située selon les versions entre le IXème et le XIIème siècle, l’affaire est régulièrement évoquée par de nombreux textes volontiers anti-religieux.

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Expositio vera harum imaginum … par Paracelse s.l., 1570 (AR 1/38)

Alchimiste fameux né en 1493 près de Zurich, de son vrai nom Philippe-Auréole-Théophraste Bombast de Hohenheim, Paracelse se fait remarquer tout jeune par ses prédictions dans lesquelles il invoque les esprits, inspecte les astres et réalise diverses opérations d’alchimie.

Plusieurs cures éclatantes opérées sur des personnalités lui donnent la célébrité : il enseigne la physique et la chirurgie à l’université de Bâle mais s’y voit reprocher son penchant marqué pour la bouteille. Au bout d’un an, il doit reprendre sa vie ambulante avant de mourir, en 1541, dans un état voisin de la pauvreté, alors que toute sa vie il avait prétendu posséder le double secret de transmuter les métaux et de prolonger la vie pendant plusieurs siècles.

Ce livre fut mis à l’index, comme indiqué sur la page de titre.

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Dissertations sur les apparitions des esprits, et sur les vampires ou les revenans de Hongrie, de Moravie, … (t.1) par Dom Augustin Calmet Einsidlen, 1749 (R 315/5)

Bénédictin né en Lorraine en 1672, Dom Augustin Calmet se consacre à l’enseignement des Saintes écritures après avoir appris l’hébreu et le grec. Pour le récompenser de ses travaux, le pape Benoit XIII lui offre un évêché qu’il refuse, préférant la retraite aux honneurs.

Il meurt en 1757 après avoir rédigé cet ouvrage qui le fait taxer d’excessive crédulité.

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Dictionnaire infernal (t. 1) de Collin De Plancy Paris, 1825 (R 307/4 et 7)

Littérateur français du XIXème siècle qui aime, jusqu’au retour des Bourbons en France, se faire passer pour le neveu de Danton, Jacques-Albien-Simon Collin dit de Plancy se fait plus remarquer par l’abondance que par la qualité de ses publications. Il fonde lui-même une librairie dont la faillite, en 1830, le pousse à passer en Belgique. De retour en France, vers 1837, il établit à Plancy une imprimerie-librairie d’où ne sortiront que des livres de piété revêtus d’approbations épiscopales.

Collin de Plancy, qui jusqu’alors avait âprement combattu la religion, l’attaquant dans ses superstitions, ses usages et ses dogmes, subitement converti, témoigne à partir de cette époque d’une foi catholique ardente et refait la plupart de ses ouvrages dans un sens conforme aux doctrines de l’Eglise, dont son Dictionnaire infernal, présent ici sous sa première mouture.