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Girrane forever

Plus qu’une semaine pour visiter l’exposition Croquis lyonnais : Girrane, un reporter au tournant du XXe siècle. Mais une exposition virtuelle, reprenant les gravures et les textes de l’exposition qui se terminera le 30 mai, est en préparation.

L’exposition Croquis lyonnais : Girrane, un reporter au tournant du XXe siècle a choisi de montrer les dessins que l’artiste a réalisés sur le Lyon de la rive gauche du Rhône, ce quartier de la Ville ordinaire dont Anne-Sophie Clémençon raconte la "généalogie" de 1781 à 1914.

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La place du Pont, Sylveste et Girrane,
autour de 1900

La Guillotière que Girrane dessine a inspiré Pétrus Sambardier, journaliste à la Vie lyonnaise. Pétrus Sambardier, par son style chaleureux, est le petit frère spirituel de Girrane, né et mort 10 années plus tard. Pour clore en beauté cette exposition, voici un double clin d’oeil, celui de Girrane et celui de Pétrus Sambardier, sur la place du Pont.

La place du Pont (avant le Clip, avant le Prisu’)

La place du Pont, par la démolition de cet îlot (celui de la Brasserie), va s’agrandir et, sans doute, perdra la physionomie qu’elle gardait depuis 1850, de carrefour animé, souvent grouillant, où se parlaient toutes les langues d’Europe, d’Afrique et du Dauphiné, où l’on a rencontré tous les costumes, qui avait l’air à la fois de quelque quartier populaire de Paris, d’un vieux faubourg lyonnais et d’un port méditerranéen.

Là, fut longtemps l’entrée de Lyon et la porte du Dauphiné. Là, était le bout du pont du Rhône par où passait tout le trafic entre la France et l’Italie. La grande rue de la Guillotière actuelle était le chemin du monde, avec son hôtel des Trois-Rois, disparu depuis longtemps, son hôtel de la Couronne, à la vaste cour, où un garage a remplacé les antiques écuries, et plus anciennement, son hôpital des Passants, qui était l’asile de nuit du temps, où les voyageurs pauvres trouvaient la soupe et le lit.

Nos grands-pères ont vu encore les cinq arches du pont, que les travaux effectués par Combalot, le siècle dernier, ont enfouies pour nous donner le cours Gambetta. Ils ont connu le vaste terrain qui était entre l’ancienne mairie et le quai. On avait nommé ce terrain le pré des Danses, puis le pré des Repentirs, à cause des réjouissances, puis des suites des réjouissances dont il était témoin il y a tantôt cent ans, lorsque la jeunesse lyonnaise allait faire le carnaval à Saint-Fons et la fête finie, stationnait souvent sur ce pré avant de rentrer à Lyon le matin, masques fanés, costumes fripés et fards décolorés. Ce n’étaient, en contre-bas du pont, à la place des rues Basse-Combalot et Passet, que tavernes et guinguettes, entourées de jardinets et de vergers. Le square Raspail était en saulaies. En amont du pont, était une île où l’on dansait quand le Rhône était bas.

Pétrus Sambardier, La Vie lyonnaise, 12 mars 1932.