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La Maison du Fleuve Rhône de Givors

Quatrième épisode

Une interview de Martial Passi, maire de Givors, vice-président de la Métropole de Lyon, réalisée le 21 septembre 2015 par Djamel Saadna, responsable de la communication de la ville de Givors.

D.S. : Le Rhône, c’est une longue et riche histoire pour la ville de Givors ?

Martial Passi : Historiquement, économiquement et socialement, Givors fait partie de ces villes rhodaniennes qui se sont construites en lien avec le fleuve Rhône.
Le Rhône a joué un rôle essentiel dans l’implantation des premières industries et il a marqué de son empreinte autant les activités des Givordins que leur culture et leur façon de vivre. Givors fut longtemps la ville des mariniers du Rhône et une place forte de la révolution industrielle commencée à la fin du XVIIIe siècle.
De tous temps les crues du Rhône furent redoutées, tant leurs débordements réguliers dévastaient les villes et les villages. Il y a quelques dizaines d’années encore, Givors détenait le triste record de la ville la plus inondée du département. Les crues qui régulièrement envahissaient les rues et les maisons de Givors ont fortement marqué la mémoire collective de notre ville.

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Givors, la place de la Liberté. La crue de 1957.

La plus vieille association de Givors, les Sauveteurs de Givors, est née de la mobilisation et de la solidarité déployées pour venir en aide aux victimes des inondations. Elle fait aujourd’hui partie du patrimoine historique et sportif de notre ville, à l’exemple du sport de joutes et d’une méthode nationale de joutes à laquelle Givors a donné son nom.
Dans les années 50, l’important travail réalisé par Camille Vallin, alors maire de Givors, pour aménager et réguler le fleuve, puis pour lutter à partir des années 70 contre les graves pollutions industrielles qui menaçaient le Rhône, a également marqué les Givordins.
Mais en même temps, la ville et ses habitants se sont peu à peu détournés de leur fleuve. Il a donc fallu retisser une nouvelle relation avec le Rhône et ouvrir une nouvelle page de cette histoire si forte entre Givors, les Givordins et le fleuve Dieu.

D.S. : La Maison du Fleuve Rhône s’est donc inscrite dans la volonté de renouveler ce lien profond des Givordins avec leur fleuve ?

Martial Passi : Pollutions, inondations, désaffection pour le transport fluvial, le fleuve Rhône faisait depuis longtemps l’objet de toutes sortes de peurs et d’a priori.
Dépasser ces peurs, aider les riverains à se réconcilier et à se réapproprier leur fleuve, ce fut tout l’objet de la Maison du Fleuve Rhône créée en 1989, après le rachat par la ville de l’ancienne chapellerie Blanc-Bruyas en 1988 avec son parc, sa maison bourgeoise et ses abords. Cette chapellerie très renommée avait été l’un des fleurons économiques de notre ville et constituait un patrimoine remarquable par son histoire, sa qualité et son emplacement.

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Les établissements Bruyas

C’est vraiment dans les années 90 que cet équipement original a commencé à prendre toute son envergure, avec la création de l’institut Art et ville, et du Centre pour une anthropologie du fleuve.

Avec les municipalités successives que j’ai eu l’honneur de conduire à partir de 1993, un plan de rénovation complète des bâtiments de la Maison du Fleuve Rhône a été décidé et réalisé :

  • Une première tranche inaugurée en 1997 après deux années de travaux, avec la création de trois salles d’exposition, des ateliers pédagogiques, des bureaux et l’installation d’une partie de la direction de l’action culturelle de la ville.
  • Une seconde tranche inaugurée en 2008 après trois ans de travaux, avec la création d’une salle d’exposition, une salle "panorama", un centre de documentation, une salle de conférence et la rénovation des salons.
  • Le parc de la Maison du Fleuve Rhône et ses abords furent également rénovés.
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Givors, la place de la Liberté

Située en bord de Rhône, la Maison du Fleuve Rhône et son insertion dans la ville ont d’autre part fait l’objet d’une réflexion beaucoup plus globale, dans le cadre du projet de ville 2000-2010, avec la volonté de créer un pôle touristique au centre-ville de Givors comprenant la réalisation d’une halte fluviale et l’ouverture d’un Office de tourisme implanté à la MDFR.

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La halte fluviale

Equipement phare du centre-ville de Givors, labellisé ethnopôle national par le Ministère de la Culture en 1996, la Maison du Fleuve Rhône a ainsi pleinement bénéficié de la rénovation urbaine profonde de la ville de Givors engagée dans les années 2000 :

  • La cité des Etoiles de Jean Renaudie, restaurée et mise en lumière avec le vieux château Saint-Gérald qui la surplombe, a été inscrite au patrimoine architectural du XXe siècle dans le cadre du réseau utopies réalisées.
  • Les places de la Liberté et du Port ont été entièrement rénovées en 2013 et inaugurées à l’occasion de l’accueil de l’étape du 14 juillet de la 100e édition du Tour de France en 2013.
  • L’ensemble des voiries et espaces publics adjacents à la Maison du fleuve Rhône ont fait l’objet d’un retraitement paysager d’ensemble, dans le cadre de la transformation du centre-ville de Givors, avec des cheminements piétons reliant les différents équipements municipaux, le théâtre du Vieux Givors, la médiathèque, la Mostra qui est un nouveau lieu d’exposition, les places de la mairie dont le bâtiment a été entièrement restauré, le conservatoire de musique et de danse, le parc Normandie-Niemen et les berges du Rhône.

Cet énorme travail a ainsi contribué à rouvrir la ville sur son fleuve, à permettre à de nombreux publics de redécouvrir le patrimoine fluvial rhodanien, et à renouveler l’image et le rayonnement de Givors.

D. S. : Comment la ville de Givors et la Maison du fleuve Rhône ont-elles travaillé ensemble ?

Martial Passi : La Maison du Fleuve Rhône a travaillé de façon intelligente et ambitieuse au développement de la connaissance, afin que ce patrimoine fluvial réintègre notre identité rhodanienne.
Sous la direction de Jacky Vieux, puis de Stéphanie Beauchêne, et des présidents successifs de l’association qui la géraient, la Maison du Fleuve Rhône est devenue au fil des années un équipement sans équivalent, situé stratégiquement à la confluence du Rhône et du Gier, et aux portes du Parc régional du Pilat, en développant un travail incessant pour recréer les conditions d’une familiarité retrouvée entre les hommes et le fleuve.

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Exposition en 2008

Une originalité qui a fait de cette structure un immense atout pour notre ville et une pièce maîtresse pour le département et la région.
En même temps, la MDFR a eu besoin d’un soutien permanent et très important de la ville de Givors, de son maire et des majorités successives, pour pouvoir vivre, se développer et s’affirmer. La municipalité a toujours veillé à respecter scrupuleusement l’indépendance de l’association de la MDFR.
Car la Maison du fleuve Rhône était loin de faire l’unanimité, beaucoup pensaient qu’un tel équipement coûtait beaucoup trop cher à la Ville, qu’il était réservé à un public d’initiés et qu’il y avait sans doute d’autres choix plus urgents à faire que d’investir dans la valorisation du patrimoine fluvial.
Il est vrai que le traumatisme de la désindustrialisation commencé à la fin des années 50 et la crise économique et sociale, qui s’est aggravée fortement à plusieurs reprises au cours des décennies qui ont suivi, ont brutalement et durablement percuté notre ville, ses habitants et ses finances locales.
Mais les élus que nous sommes avons tenu bon et au fil de toutes ces années la Maison du Fleuve Rhône a été entièrement rénovée, mise en valeur et soutenue d’une façon très importante. Des cofinancements ont pu être heureusement obtenus, mais ¼ du budget de la MDFR était assuré par la ville en comptant la subvention annuelle, le personnel mis à disposition et la prise en charge des fluides. Sans compter les millions d’euros qui ont été mobilisés pour sa rénovation complète.
Elle était gérée en toute indépendance par une association composée d’un conseil d’administration, d’un collège scientifique et d’un collège de partenaires impliqués dans la culture et le fluvial.
Elle a ainsi pu devenir un outil territorial dynamique, moderne et largement ouvert sur l’extérieur, en multipliant les expositions, les conférences, les ateliers pédagogiques et les colloques, afin d’aider le plus grand nombre à adopter une vision patrimoniale renouvelée du Rhône et redonner à ce fleuve la place centrale qu’il occupe.

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Ateliers pédagogiques

Elle a su également travailler avec de nombreux partenaires et gagner un rayonnement régional et national reconnu, mais aussi une importante action à l’international avec l’appui de l’UNESCO.
Grâce à ce travail, l’Europe, l’Etat, la Région Rhône-Alpes, le département du Rhône, le Grand Lyon et la ville de Givors ont ainsi pu mettre à profit l’expérience acquise par l’association qui était installée dans cette bâtisse depuis les années 80, pour en faire un lieu phare de partage des connaissances, de découverte pédagogique et de retrouvaille avec le patrimoine fluvial.
Honoré et craint par les hommes avant-hier, oublié par ses riverains hier, le Rhône industrialisé, fonctionnalisé, suscitait ainsi de nouveaux attachements. Il était naturel que ce fleuve dieu ait à Givors une maison à sa mesure, voire à sa démesure.

D. S. La Maison du fleuve Rhône est-elle l’une des nombreuses victimes de la diminution des financements publics ?

Martial Passi : Comme de nombreux équipements dans notre pays, le contexte de raréfaction de l’argent public a eu des effets dévastateurs sur les subventions et financements nécessaires aux activités de la Maison du Fleuve Rhône.
La situation a fini par devenir inextricable, et malgré le soutien jusqu’au bout de la ville de Givors, de son maire et des élus de la majorité. Une ville de Givors qui malgré ses propres difficultés budgétaires générées par le gel puis la baisse des dotations d’Etat commencé en 2014 a tenu à assumer ses participations jusqu’au moment où il n’a pas été possible d’empêcher la mise en redressement judiciaire fin 2013, puis la liquidation judiciaire en janvier 2014.
Si le patrimoine culturel de la Maison du Fleuve Rhône a été sauvegardé, notamment en liaison avec la Bibliothèque municipale de Lyon, il est extrêmement dommageable qu’un tel équipement soit contraint de disparaître et c’est révélateur de la situation très difficile que connaissent aujourd’hui les services publics et les collectivités locales, notamment les communes.
Il n’y a malheureusement pas un jour sans que soient annoncés dans notre pays des fermetures de services et d’équipements, des suppressions d’événements et de festivals culturels, des annulations de projets et d’investissement, des situations budgétaires alarmantes dans des communes et des départements, et des territoires en grande difficulté.

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Givors aujourd’hui

Aujourd’hui la ville de Givors est engagée dans de nouveaux projets pour la Maison du Fleuve Rhône, avec l’installation du Pôle métropolitain, de la nouvelle Maison des seniors, de la Sem de la ville et d’activités économiques. Nous continuons à avoir la ferme volonté de continuer à valoriser et développer ce magnifique patrimoine.