La documentation régionale

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Les chroniques du silo

Episode 2 : Tout savoir sur les chantiers à venir

Interview de Patrick Knepper, dans le cadre des travaux du silo.
Patrick Knepper est le responsable du service Bâtiment des Bibliothèques de Lyon. Il a en charge le bâtiment de la Bibliothèque de la Part-Dieu, ainsi que les médiathèques de Vaise (9e arrondissement) et du Bachut (8e arrondissement).

Comment le silo a-t’il été construit ?

Le silo en 1988. Marcos Quinones,
fonds Lyon Figaro

Ce bâtiment est très particulier. Il a été construit en trois phases pour des raisons budgétaires, qui se sont enchaînées. C’est un bâtiment dont la structure est légère, puisqu’il est construit sur un ancien marais. Les dalles sont fines, 10 cm, et toute la descente de charge du bâtiment est répartie sur les dizaines de piliers métalliques qui existent dans chaque étage. Le bâtiment a été fermé par des éléments préfabriqués carrelés, ce qui lui donne son aspect extérieur. Ces éléments préfabriqués sont semi-creux pour justement alléger le poids du bâtiment. Il existe des fenêtres fixes, très étroites, car la lumière du jour est néfaste pour la conservation.

Silo 17, piliers métalliques. Didier Nicole, 1998.

C’est un bâtiment de 17 étages avec un rez-de chaussée et un rez-de-jardin, donc 19 niveaux, plus la partie local technique des ascenseurs en terrasse, soit environ 57 m de hauteur.

Les murs ne seraient donc pas porteurs ?

Les deux extrémités sont en béton banché, sinon les murs ne sont pas porteurs. Ce qui est porteur, ce sont tous les piliers qui quadrillent au mètre carré environ, chaque niveau.

Comment se présente un étage, comment est-il organisé ? Tous les étages sont-ils semblables ?

Les étages sont quasiment semblables, la différence vient du fait que les 5 premiers étages ont des liaisons avec les espaces internes et les espaces publics. Une autre différence est la présence dans les 6 derniers étages de chambres-fortes, des locaux d’une quinzaine de mètres carrés, sécurisés par une porte blindée.

Silo 17, allée centrale. Didier Nicole, 2010.

Chaque étage a une hauteur de 2,10m, pour une surface d’environ 800 m², séparée en trois caissons, chaque caisson séparé en cas d’incendie par des portes coupe-feu. A l’entrée de chaque étage se trouve un palier, qui dessert l’escalier de secours et les ascenseurs, un second escalier de secours extérieur permet l’évacuation coté Est. La capacité des étages varie en fonction des formats des documents et donc de l’espacement des étagères, mais représente environ 3 à 4 km.

Est-ce que la température des magasins est surveillée, l’hygrométrie ?

Oui, l’idéal est de 18° plus ou moins 2° et l’hygrométrie de 50%, plus ou moins 5%.

Comment les documents, et le personnel qui travaille en silo, sont-ils protégés contre l’incendie ?

A l’origine, la protection contre l’incendie était « traditionnelle » avec de l’eau. Il existait donc des RIA (réseaux d’incendie armés), à l’extrémité desquels se trouvaient des tuyaux sur enrouleurs. Il y a une vingtaine d’année, il a été décidé d’installer un système d’extinction, pour éviter les ravages de l’eau, pires que ceux du feu sur les documents.
Ce système, en cas d’incendie, libère un gaz qui est sous-oxygéné, de l’Argonite : de l’argon, de l’azote et de l’oxygène ramené de 21% à 12%, ce qui étouffe le feu. Ce système permet d’éteindre un niveau complet en vidant en une seule fois la totalité de la réserve de gaz, soit 51 bouteilles de 50 litres à 200 bar. Le volume de gaz correspond à 80 000 à 100 000 euros de fourniture de gaz.
Le foyer d’incendie est isolé par les portes coupe-feu, qui se ferment, protégeant les étages d’une propagation.

Et le personnel ?

L’escalier de secours extérieur
. Didier Nicole, 2010.

En cas d’alerte, des alarmes lumineuses et sonores se déclenchent. Les portes coupe-feu se ferment, mais par gravité, et le personnel peut les rouvrir, afin de sortir par les issues de secours. L’Argonite est un gaz qui contient seulement 12% d’oxygène, ce qui correspond à ce qu’on peut respirer entre 3000 et 3500 m d’altitude, le personnel peut donc sortir calmement.

Comment circule-t’on à l’intérieur de ce bâtiment ?

Le silo a deux ascenseurs prévus aussi bien pour le personnel que pour la manutention, qui desservent les 17 étages. C’est peu, et pour plus courageux, il y a l’escalier.

Le nouveau paternoster
(l’ancien, à l’arrière-plan)
A.M. , 2018.

Pour les livres, il y a le paternoster (1). Le premier paternoster de 1972 a été remplacé par un nouveau autour de 2010. C’est un système important pour l’activité, fortement sollicité, relativement fragile, très particulier. Il permet d’acheminer d’un étage à l’autre les documents de petit format, sans que le personnel prenne l’ascenseur ou l’escalier. Il sert en particulier à répondre en 30 mn aux demandes des lecteurs, en envoyant aux banques de distribution du 2e, 4e et 5e étages les documents stockés dans les 17 étages.
Le principe est le suivant : il y a une gaine, avec des balancelles qui portent des bacs ; ces balancelles sont fixées à une chaine en boucle, d’une longueur de 120m (environ 500 à 600 kg !).

L’intérieur de l’ancien paternoster.S.d.

A chaque étage se trouve un tapis roulant qui descend les bacs vers la gaine ; chaque bac a un curseur qui permet d’indiquer l’étage de destination ; ce curseur est reconnu par une cellule quand il entre dans la gaine pour aller vers la balancelle ; quand il arrive à l’étage prévu, le bac est éjecté de la balancelle sur un tapis roulant descendant ; une cellule contrôle que le bac est bien arrivé à destination. Quand on est face au paternoster, le tapis roulant de gauche est celui d’entrée dans la gaine, le tapis de droite celui de la sortie de la gaine. Sur les 17 étages, on compte 51 balancelles. Les entrées sorties sont protégées par des volets coupe-feu, pour qu’il n’y ait pas d’accès direct à la gaine. Une balancelle peut porter jusqu’à 30 kg, mais le poids des livres dépasse rarement 15 kg.

Pourquoi doit-on faire des travaux dans le silo ?

Ce sont de très grands travaux qui représentent 12 à 13 millions d’euros, c’est donc un des plus importants chantiers de la Ville.
L’origine de ce chantier, c’est la présence d’amiante dans le calorifuge de la gaine de soufflage. Pour réguler le chauffage et l’hygrométrie, il existe à chaque étage une gaine de soufflage au nord, en chaud l’hiver et en froid l’été ; au sud, il existe une gaine de reprise d’air. La gaine de soufflage est isolée pour éviter des déperditions et en 1972, l’isolation était réalisée avec un matériau multicouche, qui contenait à l’intérieur de l’amiante. Pour éviter tout risque, ces gaines vont être enlevées, ce qui nécessite de vider temporairement chaque étage. Ce sera l’occasion de changer complètement le système de traitement d’air, température et hygrométrie, ainsi que l’éclairage qui date de la construction de la bibliothèque : les silos doivent rester éclairer quand le personne y travail car la lumière du jour y entre très peu.
La pose de plafonniers LED devrait générer un meilleur confort pour le personnel et une économie très importante : chaque étage compte aujourd’hui 330 tubes lumineux (à multiplier par 17 !), avec une forte consommation. Les tubes dégagent beaucoup de chaleur : l’été, il faut rafraîchir des étages alors que l’éclairage produit de la chaleur. Les portes de secours donnant sur l’extérieur, en très mauvais état, seront également changées.
La régularisation de la température et de l’hygrométrie sera améliorée. Comme le bâtiment n’est pas isolé, mais qu’il a de l’inertie, la météo joue beaucoup sur la température intérieure, qui peut descendre très bas ou monter très haut dans les étages supérieurs.
Dans l’ensemble, ces travaux vont améliorer de façon très significative les conditions de travail du personnel et la conservation des documents. La température, pilotée étage par étage, sera modulée en fonction de la présence ou non de personnel permanent.

Comment vont s’enchainer ces travaux ?

Restauration des ouvrages
avant leur déménagement.

C’est un chantier très complexe. Les travaux vont se faire en dehors de la présence des collections. Il va donc falloir déménager toutes les collections de tous les étages. Les étages seront traités trois par trois, les premiers à l’automne 2018.
Auparavant, une base-vie va prendre place sur le parking : bungalow de vie des ouvriers, salles de réunions, stockage des déchets, stockage de matériel…
Puis les travaux préparatoires vont commencer : la machinerie de l’ancien paternoster(1) va être démonté pour permettre l’installation d’un troisième ascenseur qui sera réservé aux travaux, puis sera restitué à l’activité de la bibliothèque.
Ce troisième ascenseur est indispensable, car pendant tous les travaux, le personnel continue à travailler, en interne et en distribution.
Toutes les installations de traitement d’air vont être reprises et il faudra retirer toutes les canalisations d’eau chaude et froide, branchées sur la centrale de traitement d’air actuellement en sous-sol, et mettre en place les nouveaux réseaux d’alimentation. Pour cela, il faudra percer toutes les dalles, de haut en bas du silo.
Le déménagement des collections pourra commencer. Trois étages seront libérés, les collections étant externalisées, stockées dans des conditions normales de conservation, accessibles pour le personnel et indirectement par le public. Les travaux seront réalisés dans ces trois étages (désamiantage, électricité…), puis les collections restantes seront déplacées d’un étage à l’autre pour la poursuite des travaux…

Conditionnement des affiches régionales.
Gabrielle Bisson, 2017.

Ce sera l’occasion d’améliorer l’organisation des collections en silo : réunir des collections dispersées sur plusieurs étages, optimiser l’espace en mettant fin au « mitage », rationaliser la distribution… Oui, ces travaux vont entrainer une grande amélioration de la « vie du silo » !
Ces travaux obligent à une réflexion sur ce que nous voulons conserver et donc sur notre politique documentaire. Depuis plusieurs mois, un grand travail est fait sur cet aspect, et je pilonne très régulièrement des collections qui n’ont pas de valeur patrimoniale ou bien qui sont en doublon, ou encore irrécupérables : je pense à certaines anciennes collections de la Bibliothèque de Saint-Jean, qui non seulement n’avaient pas valeur patrimoniale ou de rareté, mais de plus étaient contaminées.

Préparation des collections,
inventaire du dépôt légal.

Ce chantier va permettre un grand ménage, et ce qui va dégager de la place pour les collections qui arrivent régulièrement. Par exemple, nous avons encore reçu ces derniers jours 3 500 disques vinyles (2).

Combien de temps doivent-ils durer ?

Entre 5 et 6 ans. Je pense que les premiers étages vont prendre du temps et que la première année sera une année compliquée de réorganisation et d’adaptation de nos missions, une année difficile en raison des contraintes pour les agents de la Bibliothèque. C’est un gros bouleversement dans l’organisation. Puis les choses iront beaucoup mieux et les derniers étages vont pouvoir se traiter beaucoup plus rapidement que les premiers. C’est pour cela qu’on annonce entre 5 et 6 ans : si l’on prend le rythme des trois premiers étages, c’est 6 ans. Mais au fur et à mesure du chantier, nous gagnerons du temps.

Au terme des 5 ans, les documents envoyés à l’extérieur doivent-ils revenir ?

Oui, ils reviendront, puisque ce chantier n’intègre pas la construction d’un autre silo. Ces collections reviendront dans les trois derniers étages qui seront traités.

Autre chose ?

Oui, ce qui va complexifier ce chantier, c’est qu’il a lieu dans un contexte où tout le quartier Part-Dieu est en mutation : il y a beaucoup de travaux partout, de restriction de circulation, d’accès et ce sont des contraintes de plus par rapport à celles que nous aurons en interne. Donc 5 à 6 ans et un meilleur silo.

Y aura-t’il d’autres travaux pendant ces 5 à 6 ans ?

Oui, l’automatisation du prêt-retour l’été 2018. Tous ces travaux sont la première phase d’un programme pluriannuel, avec des interventions sur les bureaux, puis toutes les parties publiques et ce qui est espéré, c’est un possible agrandissement de la bibliothèque, sur les mandats successifs. C’est donc le début de 10 à 15 ans de travaux.

(1) Le paternoster est un système d’ascenseur continu, qui se compose de cabines ouvertes dans lesquelles les passagers montent ou descendent sans que l’ascenseur ne s’arrête. Ici, il s’agit de nacelles qui transportent des bacs à livres, selon un système de noria.
(2) Il s’agit d’un don du Conservatoire de Lyon, comprenant des disques et des programmes.

Interview réalisé par Anne Meyer, responsable de la Documentation régionale, le mardi 30 janvier 2018.