La documentation régionale

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Vieux journaux et nouvelles approches

Pour les bibliothécaires que nous sommes, qui lançons des projets de numérisation pour que nos vieux journaux soient accessibles au plus grand nombre mais aussi préservés, il est quasiment impossible de savoir l’usage intellectuel qu’en font les internautes à leur mise en ligne, sauf quand ils nous le disent, ce qui arrive heureusement de temps en temps...

Voici trois exemples récents d’exploitation des collections de journaux lyonnais en ligne dans Numelyo

Marc Jampy et l’âge d’or de la presse

Marc Jampy, dans sa thèse intitulée Expériences de presse, Lyon 1870-1914 soutenue en 2013, analyse les conditions favorables qui vont permettre cet essor et faire de Lyon à ce tournant du siècle « une véritable capitale par le nombre de journaux, par la vie fiévreuse que l’information et l’actualité imposent à leurs rédacteurs, par le rayonnement que ses organes politiques étendent ans tous les départements voisins. C’est une merveilleuse transformation qui s’est accomplie, et tout un monde de collaborateurs, ouvrier de la pensée ou de la main d’œuvre, s’agitent autour de nos grands journaux lyonnais que le télégraphe et le téléphone mettent maintenant au cœur même de Paris… » (1)

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L’Hydre anarchiste

Ce qui intéresse Marc Jampy, c’est moins de raconter l’histoire des titres que celle du monde journalistique lyonnais, dans les grands quotidiens mais aussi dans la petite presse, celle que la BML a choisie en priorité de numériser. Et Marc Jampy de conclure…

« Cette thèse porte donc sur la presse régionale mais la dépasse et sert d’appui solide pour d’autres recherches…Le prolongement des recherches sur la presse est à regarder du côté du contenu avec la numérisation des journaux… La bibliothèque numérique Gallica de la Bibliothèque nationale a été pionnière… La Bibliothèque de Lyon est d’ailleurs en pointe avec un programme ambitieux de numérisation des journaux lyonnais du XIXe. Cette numérisation avec reconnaissance de caractère qui permet de faire une recherche par mot va renforcer l’utilisation de la presse comme source de l’histoire mais aussi permettre d’approfondir l’histoire de la presse. Ainsi, la numérisation peut permettre de relier les acteurs de la presse que nous avons recensés avec leurs écrits. Cela permettrait de compléter l’histoire sociale des journalistes par les articles qu’ils ont rédigés, de faire peut-être tomber l’anonymat ou les pseudonymes en retrouvant un style, de repérer les copies et les productions originales d’articles… »

Valérie Croissant, William Spano et les lecteurs de la presse culturelle lyonnaise au XXe siècle

Dans cet article paru fin 2014 intitulé Le journalisme en miroir dans la presse culturelle lyonnaise au XIXe siècle (2), Valérie Croissant et William Spano suivent les conseils de Marc Jampy qui voit dans l’étude du lectorat un vaste champ vierge de recherches. Ces journaux du XIXe « entendent désormais incarner le public, l’intégrer à leur prise de parole, parler en son nom. Le public visé n’est alors plus celui des salons littéraires ou d’une élite économique et intellectuelle, mais un public élargi, celui de la presse commerciale, auquel de nouveaux journaux tentent de s’adresser. Pourtant nombreux, tous ces journaux n’ont pas forcément été retenus par les manuels d’histoire de la presse. En étudiant les journaux lyonnais marginaux, nous avons souhaité explorer l’apparition du journalisme. Notre propos est de dessiner les contours d’un double mouvement : d’une part, la professionnalisation des rédacteurs de presse et, d’autre part, la définition de leur relation aux lecteurs… Comment justifient-ils le rôle d’auxiliaire éclairé qu’ils entendent jouer auprès du public ? Comment répondent-ils aux attaques dont ils peuvent faire l’objet ? Quels arguments les rédacteurs mobilisent-ils pour affirmer leurs positionnements ? »

Les auteurs ont analysé quatre petits titres :

Olivier Gros-Chevalier et le canard sanglant

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Autrefois

Olivier Gros-Chevallier vient de publier le 4e numéro d’Autrefois : l’actualité de votre histoire, un gratuit qui renoue avec la diversité de ton de ces journaux lyonnais de la fin du XIXe siècle, comme Le Progrès illustré . Entre fac-similé et compilation des actualités locales, il éditorialise aussi bien des affaires criminelles comme celle de Vacher, qui avoua 11 meurtres sur la cinquantaine dont il était suspecté dans la région lyonnaise, et fut guillotiné en 1898, que l’actualité des villages de la périphérie lyonnaise en 1900, dans des chroniques intitulées « Chroniques des campagnes » et « Chroniques des faubourgs ». Si proche et si loin de la presse d’aujourd’hui, ce gratuit nouveau genre a de l’avenir devant lui, au regard de la masse de contenus déjà disponibles en ligne et libres de droits.

(1) La Vie française , n°6, Lyon, 16 avril 1894, p.92.
(2) Cet article est accessible intégralement dans la base CAIRN, que l’on peut consulter depuis le réseau des bibliothèques de Lyon.