La documentation régionale

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Graphisme et Lutte des Glaces

« Les affiches, c’est le salon du peuple »

Le duc de Windsor

« Du reste, l’image de toute affiche n’est-elle pas conçue pour capter l’attention du spectateur, la voler pour mieux la soumettre à l’achat ? Le seul recours pour moi n’est-il pas de râler contre cette situation ? »

Matta

Peut-on encore parler aujourd’hui de résistance graphique ? Cette formule a-t-elle un sens ? Ne devrait-on pas plutôt parler de résistance des matériaux graphiques ? L’art social engagé a-t’il encore un poids ? Une force ? Comme pouvaient l’avoir les collages de Gee Vaucher ou les gravures d’Otto Dix ? Pas évident tant il est maintenant aisé de détourner tous messages, toutes images...

Car l’imprimé n’échappe pas à la pénible remise en question de tout, par tous, du remix, du « cut up ». Et nous sommes usés par ce flot informatif et visuel. Les autoroutes de l’information graphique sont donc parcourues en tous sens par des souris recouvertes de la molle patte de graphistes contemplatifs. Les bestioles sont coupantes et collantes. Parfois inspirées du surréalisme tardif, période la paupière molle...

La pratique du détournement, encore efficace et hilarante du temps d’Hara-kiri, s’est effilochée avec le temps et le cynisme des médias. La com’ est donc partout et se nourrit goulûment de la contre-culture. Allant jusqu’à gober l’imagerie « révolutionnaire » ou les expressions de révoltes sociales les plus récentes. La médaille du cynisme allant à une marque de vêtements branchés recyclant une photo du pillage d’un de leur magasin pendant les émeutes de l’été 2011 à Londres.

Enfin, si la récupération de l’imagerie soviétique était ringarde avant même de commencer, l’indigeste production graphique du bloc capitaliste reste un puits sans fond pour les graphistes peu courageux. Il existe aussi un graphisme de bon goût, qui, comme l’intelligence, se doit d’être subtil et diaphane...

Le graphisme local, dans l’espace public (hors publicité et politique) peut faire cas d’école, avec par exemple un collectif qui veut « impacter » nos rétines en décorant joyeusement le triste réseau routier périphérique, jusqu’à la vente d’affiches artisanales rappelant des résistances immobilières passées dans un des quartiers les plus violemment gentrifié du centre-ville de Lyon.

Je ne suis pas cynique, loin de là, mais l’intérêt croissant à Lyon d’ateliers d’impressions me semble étrange au vu de la quasi disparition du message underground sur nos murs. Tentative rapide d’exemplarité d’éléments graphiques lambda : le papier peint kitch, la marguerite, une bouche, l’éternel design 50 américain, Che Guevara (fiesta espagnole), les années 80, le fluo, le lettrage- découpage, l’effet carton usé, l’effet motif, le fractal du pauvre, le design maoïste, la trame avec effet loupe, le manga, etc. Tentative rapide d’exemplarité d’éléments graphique "underground" lambda : le catch mexicain, les années 80, les dauphins, les pandas, le dessin "gauche", les activités graphiques de maternelles, la trame sans effet loupe, la police "courrier new", le photo montage, l’expressionnisme allemand, etc.

JM.Bertoyas, 11.11.2015

1. L’affiche. Que sais-je ? N° 153. Editions P.U.F. Que sais-je ? 1963.
2. Matta : Agiter l’œil avant de voir : errances, souvenirs et autres divagations. Paul Haim, 2001.

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