Le centre de ressources sur le Genre : le Point G

Le Centre de ressources sur le Genre de la Bibliothèque municipale de Lyon a pour objectif de rassembler un ensemble documentaire ciblé sur les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle.

Trois grands corpus sont concernés : les livres dores et déjà présents dans les différents départements et sites de la BmL, de nouvelles acquisitions, ainsi que des archives.

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Il s’agit à la fois de réunir des connaissances et de restituer la parole et l’expérience de personnes ou communautés stigmatisées. Le catalogue général de la BmL est en cours d’inventaire afin d’y repérer la problématique de genre et de sexualité : il sera prochainement possible d’interroger le catalogue en ligne pour en extraire les documents pertinents. Leur répartition dans différents départements témoigne de la transversalité de notre objet. Parallèlement, de nouvelles acquisitions constitueront un fonds « Genre et sexualités » localisé en salle Civilisation de la bibliothèque de la Part-Dieu. Quant aux archives, elles sont en cours d’indexation et partiellement consultables. Leur corpus a vocation à s’enrichir notamment de dons et dépôts individuels, associatifs ou institutionnels permettant de constituer et préserver une mémoire lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexe…

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L’inscription de ce centre dans un lieu public aussi largement fréquenté procède de deux nécessités : celle de faire reculer l’exclusion et celle d’inviter chacun à une réflexion sur les implications personnelles et collectives de nos représentations concernant le genre et la sexualité.

Histoire du centre

En 1992, le collectionneur Michel Chomarat déposait à la Bibliothèque municipale de Lyon un important fonds constitué d’affiches, estampes, imprimés, archives… anciens et modernes. Bien que couvrant différents domaines, ce fonds dispose d’une importante documentation concernant l’homosexualité.

En 2002, eurent lieu à la BmL les premières Assises de la Mémoire Gay, à l’initiative de Michel Chomarat. Ces rencontres, devenues gay et lesbiennes, ont désormais lieu chaque année au printemps au sein de la Bibliothèque et abordent plus largement les questions dites « LGBT » : lesbiennes, gay, bi, trans… La liste de celles et ceux qui, pour diverses raisons, ne satisfont pas aux normes actuelles de genre ou de sexualité reste ouverte : on pourrait dores et déjà ajouter un Q pour queer, et un I pour intersexe. En mai 2005, la première journée internationale de lutte contre l’homophobie fut l’occasion d’annoncer le projet municipal de création d’un centre de ressources documentaires gay et lesbiennes. En 2006, le conseil municipal votait à cet effet le financement d’un nouveau poste de bibliothécaire au sein de la BmL, pourvu depuis décembre de cette même année. Entre temps, durant l’hiver 2005, l’exposition Follement gay avait donné un premier éclairage à ce patrimoine refoulé.

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Archivage, constitution d’un fonds contemporain « Genre et sexualités » et manifestations publiques s’inscrivent dans une même dynamique visant comme le souligne P. Bazin, directeur de la Bibliothèque, à donner « une visibilité historique à tout un continent d’existences et de comportements » (TOPO n° 74, nov.-dec. 2005), existences tout à la fois singularisées par la médecine, réprimées par la loi et effacées de l’histoire officielle. En d’autres termes, il s’agit de restituer aux personnes exclues leur pleine citoyenneté et, ce faisant, d’élargir notre perception du champ social : il est donc bien plus question de déploiement que de repli.

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L’approche en terme de « genre » marque une nouvelle étape décisive pour le Centre de ressources. Elle témoigne de notre volonté de conjuguer souci de mémoire et attention aux évolutions, à la diversité. De la même manière que désir et affects ne se résument pas à leurs expressions hétérosexuelles, le vécu gay ou lesbien ne rend pas compte de l’expérience des personnes bisexuelles, transgenres (opérant une transition aboutie ou non entre masculin et féminin) ou intersexuées (de sexe biologique ni mâle ni femelle). Les origines de la discrimination sont néanmoins les mêmes dans chaque cas. Sans perdre de vue les repères identitaires appropriés à force de luttes, nous envisageons également l’hybride et le mouvant chers à la pensée queer, et auxquels les contours de la norme hétérosexuelle n’échappent pas.

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Porteuse de ce double enjeu, d’une part la nécessité vitale de mémoire et de visibilité et d’autre part, la réflexion sur les frontières identitaires, la BmL ne prétend pas se substituer aux agents sociaux que sont les individus et collectifs oeuvrant sur le terrain, qu’ils soient médiatiques ou « underground ». L’invention sociale ne s’accomode guère de l’atmosphère confinée des silos de conservation. Toutefois, si l’institution tend à figer, le service public garantit représentativité et transmission. D’un côté, un potentiel infini d’expérimentations au risque de l’isolement et de la précarité, de l’autre les moyens de la pérennité et de la reconnaissance au risque d’une nouvelle histoire « officielle » normative. Ces deux sphères d’activité sont donc irréductibles et complémentaires. Il est sain qu’elles entretiennent une coexistence libre et féconde. Au-delà de sa mission de conservation, la Bibliothèque municipale de Lyon, notamment via le Centre de ressources sur le genre, est un espace particulièrement accessible au cœur d’un réseau de sociabilité urbain : un espace commun et donc de communication.